présentation

  

Voilà un drôle d'exercice que de se présenter en quelques lignes! Alors, qui suis-je ? Georges Robert, un curieux de nature, railleur, frondeur et avant tout sportif depuis le plus jeune âge. J'ai commencé par pratiquer le judo et la natation à Marseille où j'ai découvert la spéléologie qui est devenue très vite une passion dévorante. C'est ainsi que j'ai commencé à participer à des explorations en Autriche dans des gouffres très profonds, avant d'être atteint par le virus des expéditions lointaines et du voyage, très souvent en Indonésie où j'ai multiplié les découvertes. 

L'hexagone était devenu bien trop petit pour moi, un peu "rastègue" comme on dit à Marseille...

Toujours intéressé par ce qui est nouveau et présente un certain danger, j'ai pratiqué d'autres activités comme la moto Tout-terrain, l'escalade, le parapente, la plongée sous-marine, la voile et autres activités ouvertes sur le plein-air et les voyages. Depuis quelques années, je suis devenu photojournaliste indépendant (carte de presse N°105 709) et je continue à m'intéresser au sport, à tout ce qui est insolite, aux combats pour la sauvegarde de la planète avec de plus en plus une conscience politique.

J'aime Marseille, cette ville cosmopolite et ensoleillée où je prépare mes prochaines escapades en allant courir, grimper dans les calanques ou encore en allant retrouver des amis sur le tatamis de mon club de judo.

Professionnellement, je suis libre de partir en reportage sur commande ou pourquoi pas, de rejoindre la rédaction d'un journal ou d'un magazine... Avis aux amateurs!

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Lorsque je me suis lancé dans l'aventure ce ce blog de photojournaliste bourlingueur, sportif et curieux invétéré, je n'avais aucune idée de l'accueil qui lui serait réservé. Neuf mois plus tard, je tiens à remercier les milliers de visiteurs qui sont venus sur mes pages... Je continuerai donc à vous faire partager ces tranches de vie, au gré de mon humeur du moment... Merci encore !

Jeudi 13 décembre 2007

Cette semaine, le sulfureux Colonel Mouammar Kadhafi est reçu en France par le Président Nicolas Sarkozy avec tous les honneurs dus à un Chef d’état. Cette visite qui fait suite à la libération des infirmières Bulgares soulève bien des questions dans notre pays qui a toujours été le symbole des droits de l’homme.

Après le déplacement présidentiel en Chine, après les félicitations adressées à Wladimir Poutine pour son succès aux élections Russes, après avoir reçu Hugo Chavez à Paris, suite au message adressé au chef des FARC de Colombie dans l’affaire Ingrid Betancourt, beaucoup, à gauche comme à droite s’interrogent sur la politique internationale de Nicolas Sarkozy.  

Malgré un lever de boucliers, le dictateur Libyen est bien là et il reçoit sous sa tente montée sur la pelouse de l’hôtel Marigny. Pourquoi pas, mais alors, pourquoi ne pas sacrifier aux us et coutumes de TOUS les hôtes de la république ? Faudrait-il installer le chef des esquimaux sous un igloo construit à la hâte sur la patinoire d’  « Holiday on Ice », à Bercy ou carrément dans les jardins de l’Elysée ? Faudrait-il permettre au dernier des Mohicans de dresser son tipi et d’aller chasser dans un bois avec son arc et ses flèches ? En 1989, c’est Raoni, le chef Indien d’Amazonie qui était venu en tournée en France dans sa tenue traditionnelle, accompagné du chanteur Sting qui avait pris fait et cause pour ces tribus menacées de disparition.
 
Si le fait d’adopter le mode de vie de ses invités devient une marque de respect, cela risque de donner lieu à de bien curieux spectacles. Je verrais bien Rachida Dati transformée en « femme girafe » recevoir une délégation de femmes Padaungs de Birmanie, ou Rama Yade accueillir des femmes Mursi du sud de l’Ethiopie en portant dans la bouche ces plateaux si impressionnants…
 
Et pourquoi le Président Sarkozy et ses ministres n’accueilleraient-il pas le big boss des papous d’Irian Jaya affublés de magnifiques étuis péniens ? Au terme de la réception, ils pourraient même tirer à courte (ou à longue) « paille », (restons polis…) pour décider non pas de celui qui finirait dans la marmite, (cela ne se fait plus…)  mais du montant d’éventuels contrats… !
 
Pour en revenir au Colonel Kadhafi, le moins que l’on puisse dire, c’est que son voyage en France ne sera pas passé inaperçu. Dans une France endettée, la sortie d’un carnet de « gros » chèques, fussent-ils « en bois » autorise tous les manquements à la morale. Quand les gouvernants acceptent de baisser leur pantalon, quand les jupes se relèvent pour « raison d’état », la République devrait s’écrire en deux mots…
 
Après son départ, pourquoi ne pas accueillir le Président Iranien Mahmoud Ahmadinejad et lui vendre quelques « Rafales » ? Il ne resterait plus ensuite au Président Sarkozy qu’à recevoir Manuel Marulanda à Paris pour le remercier d’avoir libéré Ingrid Betancourt
 
Enfin, il se murmure même que pris dans un délire mégalomaniaque, le Président Sarkozy rêverait de devancer les journalistes dans leur quête du "scoop ultime", rencontrer Oussamah Ben Laden en personne…. !
par Jojomigrateur publié dans : Petits délires...
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Lundi 10 décembre 2007

Si le titre commence comme celui d’une vieille chanson paillarde, Henri-Marie Mottin, le Curé de la paroisse St Giniez à Marseille n’a rien à voir avec son légendaire homologue de Camaret. Moins célèbre et moins volubile que Don Camillo, il mériterait pourtant d’être tout aussi connu, tant son parcours est exceptionnel.

Quand je l’ai rencontré pour la première fois, c’était dans les années 1970. Nous étions lycéens dans le même établissement des quartiers Sud de Marseille et c’est la spéléologie qui nous avait rapprochés. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’à notre manière, nous avons fait les 400 coups, animés par un esprit tourné vers l’aventure et la découverte. Pendant plusieurs années, nous nous retrouvions le jeudi soir pour préparer notre escapade du week-end au fond de gouffres de plus en plus difficiles et souvent très loin de Marseille. Très souvent, Nos expéditions dominicales se terminaient souvent très tard dans la nuit de dimanche à lundi alors même que nous avions cours quelques heures plus tard. Parfois, les profs nous trouvaient une mine bizarre et ils se demandaient pourquoi nous avions l’air si fatigués après deux jours de repos… Vu que nous étions très loin d’avoir de mauvaises notes et que nous n’étions pas vraiment des élèves « à problèmes », ils n’avaient pas cherché à en savoir plus… Avec du recul, il vaut peut-être mieux qu’ils n’aient jamais rien su de nos explorations !

 
souvenirhenriblog.jpg
Henri préparait un baccalauréat de série « E », une section réputée très difficile et qui demandait beaucoup de boulot à des élèves doués pour les mathématiques et la technique. Il était armé pour mener parfaitement des études exigeantes et à cette époque là, même si sa mère donnait des cours de catéchisme, nous étions loin d’imaginer qu’il deviendrait prêtre quelques années plus tard… C’était le « sage » du groupe, le moralisateur toujours là pour empêcher les plus farfelus de faire des bêtises. Certes, il n’aimait pas le côté anticlérical primaire de certains mais il n’avait jamais fait de prosélytisme pour la religion catholique.
 
Au cours de l’été 1980, nous sommes partis en expédition spéléologique en Autriche. L’exploration d’un gouffre que nous avons baptisé « Batman-Hohle » a dépassé tous nos rêves les plus fous et en 1983, nous avons atteint la côte extraordinaire pour l’époque de -1219m, ce qui faisait de notre découverte le cinquième gouffre du monde ! Henri était infatigable et sa taille de près de deux mètres lui permettait d’aller planter des chevilles à expansion (des « spits ») à des endroits totalement inaccessibles pour les « nains » que nous étions. Le gouffre étant très exposé aux crues subites, il fallait « soigner » les équipements, en sachant que les orages se répercutaient très vite sous terre. A plus de 900m de profondeur, après avoir descendu un éboulis, nous étions arrivés devant une petite vasque d’eau de trois mètres de longueur à peine qui semblait infranchissable sans un bon bain dans de la flotte à une température voisine de 0°C... Comment la traverser à pieds secs ? Equiper une vire sur de spits… ? Trop long et fastidieux… alors, que faire ? Et c’est là que j’avais eu une idée… « On va faire comme Jésus, on va marcher sur l’eau… ! » Regards interloqués… « On va faire comme lui, on va marcher sur les blocs de pierre qu’on va jeter dans le bassin… ! » « Il ne faut pas dire des choses comme çà… » Peut-être bien, mais l’idée était bonne… Pendant près d’une heure, nous avons jeté des parpaings dans la vasque qui devait faire 1M50 de profondeur jusqu’à quasiment la remplir !
 
Je venais d’expliquer un miracle mais le futur prêtre n’avait pas eu l’air d’apprécier la plaisanterie. Cela aurait pu me mettre la puce à l’oreille…
 
Après ce Baccalauréat réussi brillamment, l’homme qui se levait toujours « de bon mottin » est entré à l’école nationale de la marine marchande d’où il est sorti avec un diplôme d’officier mécanicien. Dans sa longue marche qui l’a emmené à entrer au séminaire et à devenir Curé, Henri-Marie Mottin a exercé plusieurs métiers. Il a navigué sur des cargos, vendu des légumes sur des marchés, autant d’expériences professionnelles qui lui auront permis de mieux comprendre la nature humaine. Pendant quelques années, je l’ai moins vu, sans pour autant qu’il disparaisse totalement. J’ai su qu’il avait passé du temps à Rome, qu’il a transité par Jérusalem et la Jordanie et qu’il était souvent auprès de sa famille du côté de Lyon. Puis il est revenu à Marseille, « Père » dans un premier temps, avant d’être nommé Curé de la paroisse Saint Giniez.
 
prierehenri.jpgMalgré les responsabilités qui sont les siennes, l’intérêt pour la spéléologie ne l’a jamais quitté. Il aime toujours autant aller sous terre, entrainant parfois avec lui quelques jeunes de sa paroisse et j’ai toujours plaisir à l’accompagner lorsqu’il me le demande. Il m’a avoué un jour en souriant que l’archevêque voyait d’un mauvais œil ce genre d’aventures et qu’il "péchait par omission" en ne l’avertissant pas de ses explorations organisées ses jours de repos. Si 23 ans séparent les deux photos côte à côte, Henri n’a pas perdu son sourire. Ce jour là, nous sommes redescendus au fond du magnifique aven de « la solitude » que nous avions parcouru tant de fois par le passé… Mais cette fois là, il y avait quelque chose de nouveau. Arrivés au fond, Henri a sorti son bréviaire et il a prié pour le malheureux J.P.Claustre qui avait fait une chute mortelle dans le dernier puits à l’époque de la découverte du gouffre.
 
Par cet acte simple, il venait de donner une dimension spirituelle à notre exploration, une occasion de penser à ceux qui sont malades ou nous ont quittés.
par Jojomigrateur publié dans : Pas lu dans "La Provence"
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Mercredi 5 décembre 2007

Petit coup de gueule du soir. L’abus d’images et de sujets identiques publiés dans les médias nuit gravement à leur survie. L’originalité, l’imagination et à créativité des rédactions disparaissent lentement au profit d’une information aseptisée qui semble de plus en plus ne s’adresser qu’à des légumes ou à des grenouilles décérébrées… Ras le bol de tous ces « marronniers », de ces sujets « rose bonbon sucé trois fois » qui inondent la presse sans apporter quoi que ce soit de nouveau. A l’approche de Noel, il y a déjà longtemps que les santons ne sont plus dans la crèche mais dans les rédactions des magazines qui préfèrent voir leurs journalistes au bureau ou au pire pas très loin.

Exit (ou presque) le journalisme d’investigation, bye-bye les reportages de fond… La culture se limite aux magazines « people », à la téléréalité et à tous les sujets faciles. La mauvaise santé économique de la presse a bon dos et elle a surtout l’avantage de justifier l’absence de prise de risques financiers. L’innovation devient presque un « gros mot », une hérésie qui conduit de plus en plus les journalistes à se fondre dans le moule et à produire ce qu’ils peuvent avec le peu de moyens désormais mis à leur disposition.
 
Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner que les ventes de la presse quotidienne soient en chute libre. A quoi bon acheter un journal à un euro ou presque alors qu’il n’offre guère plus d’informations qu’un vulgaire « gratuit » ? Dans les régions, les quotidiens pourraient retrouver une deuxième jeunesse s’ils étaient très bons sur l’actualité de proximité, mais c’est loin d’être le cas. A Marseille, je trouve toujours très amusant de voir comment sont traités les différents événements de la cité. L’OM a lui tout seul génère une grande partie des ventes de « La Provence » et la part belle lui est faite dans les colonnes du journal, même si c’est pour distiller et relayer une sélection affligeante d’âneries émises par de bien curieux « spécialistes ». Il est également toujours très amusant de constater que bon nombre d’articles sur la ville ne sont que de la réécriture de communiqués du service de presse de la mairie qui s’exprime en permanence sur tout et sur n’importe quoi… C’est sans doute ce que l’on appelle « faire du buzz » !
 
Avant l'été et avant chaque période de vacances, les destinations lointaines et les sujets « tourisme » envahissent hebdomadaires et mensuels… Malheureusement, il y a peu de place pour la nouveauté et ce sont quasi systématiquement les mêmes lieux qui s’étalent dans les magazines alors qu’il y a encore tant de « perles » qui mériteraient d’être connues. Ceci dit, quand on voit comment évoluent les lieux qui deviennent subitement à la mode, comment ils sont investis par des hordes de « tous tristes » qui ne respectent rien et dénaturent de véritables merveilles en quelques années, on peut se dire que c’est une véritable bénédiction que certains sites leurs échappent encore…
 
Pris dans ce cercle vicieux dicté par la loi de l’offre et de la demande, journalistes et photographes tentent de s’adapter pour essayer de survivre. La concurrence est rude et je suis toujours frappé de voir certaines mêlées dont il ne sortira qu’une foultitude d’images du même tonneau. A ce stade, trouver une information « décalée », une autre manière de voir devient un véritable parcours du combattant. Quoi de plus ridicule que ces meutes d’olibrius photographicus qui se bousculent sur les marches du festival de Cannes pour capter le sourire ou le petit geste éphémère d’une vedette reconnue ou d’une starlette en devenir et de préférence court-vêtue. Personnellement, j’ai toujours rêvé qu’un puissant soporifique les fasse s’effondrer temporairement tous en cœur et les uns sur les autres, juste le temps de faire une belle image digne d’un peintre farfelu…

« Dès qu’on est plus de quatre on est une bande de cons » chantait Brassens qui résumait assez bien ma manière d’envisager les choses…Personnellement, j’ai choisi d’emprunter les chemins de traverse et j’espère pouvoir le faire encore longtemps même si celà devient de plus en plus difficile...
par Jojomigrateur publié dans : Pas lu dans "La Provence"
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Samedi 1 décembre 2007

Je suis arrivé à Java pour la première fois un soir de mai 1982. Notre hôte, le Docteur Ko nous attendait à l’aéroport et nous avons filé directement en minibus vers « Buena Vista », sa propriété nichée sous le col de « Puncak » entre Bogor et Bandung. Je me souviens d’une nuit d’encre, d’une opacité que les phares des voitures arrivaient difficilement à percer. Un véritable déluge s’abattait sur la région et  les routes boueuses étaient particulièrement glissantes. Trois heures plus tard, nous étions enfin à bon port dans une villa confortable. Après un copieux « nasi goreng », nous nous étions endormis très vite, fatigués par le long voyage et le décalage horaire…

gede39blog.jpgEn fait, un événement totalement extraordinaire nous avait totalement échappé et ce n’est qu’au matin que nous avons compris que cette obscurité dérangeante même pour des spéléologues était inhabituelle. Le volcan Galunggung venait de rentrer en éruption et il avait craché un immense panache de cendres dans l’atmosphère… Ce phénomène naturel qui était loin d’être une « première » en Indonésie avait failli causer une catastrophe aérienne sans précédent, un Boeing 747 ayant été piégé par un nuage de scories pulvérulentes… Les quatre réacteurs de l’appareil étant tombés en panne quasi simultanément, le gros porteur avait fait une chute vertigineuse de plus de 8000m avant que les moteurs ne se décident à repartir et que le pilote ne réussisse un atterrissage de fortune sur l’aéroport de Semarang !
 
Ce matin là, il régnait une ambiance bizarre et une certaine inquiétude était palpable. Une colonne de véhicules à plateau évacuait des familles emmitouflées dans leurs « sarongs », une protection plus que symbolique contre cette poussière qui s’insinue partout. A dix heures, le soleil ne s’était toujours pas levé et le paysage disparaissait sous une épaisse couche de poudre blanche qui n’avait rien à voir avec de la cocaïne. Le ciel lui-même était blanc et la chaine de volcans qui domine Bogor était totalement invisible.
 
Depuis, je suis retourné souvent dans le coin et les deux magnifiques volcans que sont les « gunungs » Gede et Pangrango m’ont longtemps nargué avant que je trouve le temps de les gravir. Quelques années plus tard, c’est en compagnie de Babeth et de deux routardes teutonnes rencontrées du côté de Jakarta que j’ai pu faire l’ascension du gunung Gede. La grimpette commence à partir du magnifique jardin botanique de Cibodas qui s’efforce de protéger une végétation luxuriante et endémique qui justifie qu’elle soit protégée par un parc national. Il suffit d’un peu moins de trois heures de route au départ de Jakarta pour franchir le col de Puncak (1450m) et de profiter de la fraicheur de cette région montagneuse qui devient un lieu de villégiature très prisé des indonésiens les plus fortunés.
 
gede29blog.jpgComme c’est très souvent le cas en milieu naturel, les touristes sont très peu nombreux à s’aventurer très loin dans le parc et ce jour là, nous sommes les seuls à entreprendre l’ascension de ce volcan qui culmine à 2958m d’altitude. Contrairement aux rares randonneurs qui partent de nuit pour assister au lever du soleil depuis le sommet, c’est en fin de matinée que nous commençons notre marche. Nous avons décidé de prendre le temps de profiter du paysage tout au long de l’ascension et nous avons prévu de camper à plus de 2800m d’altitude dans une caldeira proche du sommet. Cette idée de bivouac en montagne n’était pas du gout des rangers et il a fallu toute la persuasion du Docteur Ko pour qu’ils acceptent de nous laisser partir. « Il fait très froid la nuit et il y a même de la glace… ». Bof… ! L’argument massue, le « vrai » est inévitable à Java. Le cratère et ses environs sont le domaine des dieux et des démons et les fantômes y sont légion… Comme d’habitude, j’explique que je voudrais bien les voir, que je trinquerais volontiers avec eux… Ils me prennent sans doute pour un malade mental mais ils nous laissent partir non sans nous avoir donné une dernière information… Au sommet, il n’y a pas de chemin mais pourtant, vous verrez les traces laissées par le passage du char d’une déesse qui passe par là toutes les nuits… J’ai failli leur demander si la tenancière du bordel était sexy mais je n’étais pas sur de l’accueil qui aurait été réservé à cette dernière vanne !
 
La forêt est effectivement très belle, parfaitement conservée, ce qui est de plus en plus rare à Java. Sur le sentier, il y a de l’eau partout et les mousses envahissent tout. De la vapeur s’élève des nombreuses sources d’eaux chaudes, parfois quasiment bouillantes qui témoignent de l’activité du volcan. Par endroits, de véritables cascades dévalent le sentier qui emprunte carrément le lit de ruisseaux et des mains courantes ont été installées dans les passages un peu trop glissants. Au-dessus de 2400m, la végétation se raréfie et change totalement. Un vent fort souffle sur l’arête sommitale qui contourne le cratère fumant et nous sommes contents d’avoir emporté nos vestes en goretex. En définitive, nous sommes montés beaucoup plus vite que ce qui nous avait été indiqué et comme Sir Thomas Stamford Raffles en 1815, nous avons le temps de contempler le paysage. Il ne nous reste plus qu’à chercher un emplacement pour nos tentes avant de profiter des derniers rayons du soleil qui descend lentement sur l’horizon.

gede42blog.jpgEn quelques minutes, le camp est dressé au fond de la fameuse caldeira qui devrait nous abriter un minimum du vent glacial. Celui-ci est là pour nous rappeler que nous sommes à plus de 2800m d’altitude et que la nuit pourrait bien être très froide, même sous cette latitude… Nos petits duvets en fourrure polaire sont très insuffisants mais nous avons eu la bonne idée d’emporter des anoraks et des sous vêtements en rhovyl. Après avoir mangé, nous passons un moment à contempler le ciel étoilé et les lumières que l’on voit scintiller un peu partout dans la plaine. A 21h, nous sommes déjà couchés sous nos abris de toile et il ne nous reste plus qu’à profiter du silence… Ou plutôt non… Le vent continue à souffler en rafales et son intensité n’a pas l’air de vouloir diminuer. En jungle, j’aime écouter les bruits de la nuit, mais ici il ne semble y avoir que le sifflement de ce blizzard local qui secoue les rares arbustes qui réussissent l’exploit de pousser ici.
 
Vers minuit, nous sommes réveillés en sursaut… Le sol a bougé sous nos sacs de couchage et il nous semble avoir entendu une sorte de grondement sourd ! Voilà que çà recommence et cela est sans doute du à notre ami le volcan qui n’est peut-être pas content de nous compter parmi ses invités. « C’était quoi ? »… « Tais toi et dors !»… Ce n’est pas une vulgaire secousse tellurique qui va me faire prendre mes jambes à mon cou et en plus, j’ai sommeil ! Un peu plus tard, c’est un cliquetis étrange qui nous réveille… « Tu entends ? »… « Quoi donc ? »… « Ecoutes ! »… Effectivement, on entend distinctement une sorte de bruit de chaines et on dirait que quelque chose grince… Je commence à plaisanter… « Ce doit-être la déesse et son escorte qui rentre du bal… ». Dans la tente d’à côté, les allemandes se sont elles aussi réveillées et elles n’ont pas l’air d’être rassurées…  « Je vais voir ! ». Muni de ma frontale, je sors de la tente, bien décidé à trouver la cause de ce tintamarre qui prend des allures de bruits de casseroles. Rien, Nada, Nothing, « Que dalle »… Je n’ai rien vu d’autre que ces espèces de sillons parallèles qui peuvent effectivement faire penser aux traces de roues de charrettes dont nous ont parlé les rangers… Un coup d’œil à ma montre « alti-thermo » m’indique que la température est tombée à 3°C et que tout ce que je risque de « gagner » en me promenant en caleçon dans la pampa, c’est une bonne pneumonie ! 

Dodo… Si la déesse ou un fantôme quelconque ont quelque chose à dire… Qu’ils s’expriment de manière claire et intelligible…!
 
gede48blog.jpgTôt le matin, le ciel est parfaitement dégagé et le lever de soleil est un véritable régal. Par chance, il ne pleut pas et la vue s’étend jusqu’à la mer pourtant distante de plus de 60km. A la nuit tombée, nous ne nous sommes pas aperçu que nous avons monté nos tentes au milieu d’une prairie couverte de ces fameux « edelweiss » Javanais  qui ont été baptisés « Anaphalis Javanica » par les botanistes. De retour sur la crête, nous passons un bon moment à observer le cratère qui « tousse » de temps à autre, relâchant à chaque fois des panaches de vapeurs toxiques… De gros nuages chargés de pluie pointent déjà leur nez. Il est temps de partir, d’autant plus que la descente par l’autre versant est parait-il beaucoup plus longue…
 
Je n’ai pas vu le chariot des Dieux mais il continue peut-être à errer toutes les nuits sur les cimes du Gunung Gede…
par Jojomigrateur publié dans : tranches de vie...
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Jeudi 22 novembre 2007

N’étant pas en France cet été, une info m’avait échappée… L’ourse Slovène Franska qui avait été relâchée dans les Pyrénées a perdu la vie dans un tragique accident de la route. Je n’ai aucune information sur les circonstances exactes de ce drame qui a du réjouir les opposants à la réintroduction de la faune sauvage sur le territoire national. C’est étonnant comme le hasard fait parfois bien les choses !

Qui ne connait pas a légende de « l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours » ? Elle est bien connue dans nos contrées peuplées de courageux chasseurs qui n’oublient pas de « flinguer » un de leurs congénères quelquefois par an, quand ce n’est pas un ramasseur de champignons ou un modeste randonneur qui a commis la terrible erreur d’aller se promener dans la nature un mercredi après midi avec ses enfants… Si le méchant loup avait « bouffé » Mère-grand parce qu’il avait une petite faim, l’ourse Cannelle a été victime du tir d’un des participants à une battue au sanglier qui aurait eu peur du gros animal qui s’enfuyait, apeuré par les chiens et sans doute terrorisé par les coups de feu qui résonnaient dans la montagne… Lorsqu’un gros nounours est tué par une voiture, cela arrange tout le monde… Une cartouche est économisée et un simple constat à l’amiable suffit alors que dans l’affaire de Cannelle il y avait eu un procès médiatique et une reconstitution couteuse de l’accident sur les lieux mêmes du drame !
 
ours02blog.jpgDans nos contrées, les grosses bébêtes sauvages ne sont plus les bienvenues, même si elles étaient là avant nous. Par contre, ce sont les mêmes qui s’offusquent et crient au scandale lorsque des Africains chassent le lion qui s’approche trop près d’un village ou font fuir les éléphants qui dévastent des plantations… « Faites ce que je dis, mais ne faites surtout pas ce que je fais… ». Dans le même temps, nos « cons » citoyens tolèrent de gros chiens qui deviennent de véritables armes, même si de temps à autre ils grignotent une mémé qui passait par là ou arrachent la tête d’un petit enfant bien tendre et appétissant.
 
Comme je n’aime pas faire les choses par personne interposée, j’ai déjà vu des ours dans leur habitat naturel, notamment dans le parc national du Yosemite en Californie. Quelle différence de culture... Il y a des ours partout et c’est l’homme qui fait l’effort de s’adapter à eux. Il n’est pas rare de les voir roder autour des voitures garées sur les parkings en quête d’un truc à se mettre sous la dent et ils n’hésitent pas à ouvrir n’importe quel véhicule à leur manière plutôt expéditive si par hasard une odeur alléchante s’en dégage. La nuit, ils visitent les campings et gare aux tentes des malheureux qui ont oublié de placer tout ce qui est comestible dans les coffres métalliques mis à la disposition des campeurs. Les rangers qui sont présents partout expliquent volontiers qu’à la différence des grizzlys, les ours bruns ne sont pas agressifs s’ils ne se sentent pas menacés.  Et c’est ainsi qu’au cours d’une randonnée en montagne, je suis tombé nez à nez avec un ours qui traversait un torrent à gué au seul endroit franchissable… Instant d’inquiétude ! Je me suis serré contre un arbre et l’animal m’a regardé, pas inquiet du tout avant de continuer son chemin en éclaireur. Nous l’avons suivi à distance et nous l’avons vu déboucher un peu plus loin sur un belvédère ou se bousculaient une nuée de touristes transpirants et à bout de souffle. Sans le vouloir, le débonnaire plantigrade a provoqué une débandade mémorable et parfaitement cocasse. Les fuyards terrorisés ont abandonné sur place les sandwiches et autres amuse-gueules qu’ils étaient en train de dévorer comme s’ils n’avaient plus mangé depuis six mois. Le brave ours sans doute rompu à cet exercice n’avait plus qu’à se délecter de ces mets certainement très mauvais pour lui sur un plan purement diététique… !
 
ours01blog.jpgA Bornéo, il y a aussi des ours. Une espèce au faciès antipathique capable de grimper au sommet d’un arbre pour aller chercher du miel, ou encore de s’aventurer assez loin sous terre. C’est ainsi qu’un jour, nous avions exploré une splendide rivière souterraine avant de trouver un passage supérieur qui nous avait conduit dans de superbes galeries sèches… Comme c’est souvent le cas, nous avions fini par déboucher dans un vaste porche masqué par de la végétation. Nous avions continué dans un conduit de plus petite taille jusqu’au moment ou le copain avait commencé à s’inquiéter… « Tu ne sens rien ? » Avec ma cloison nasale déviée, je n’ai jamais eu beaucoup d’odorat et rien de spécial n’avait attiré mon attention. « Cà sent le fauve ! ». Vu l’assurance de mon pote, je commence à me tordre le tarin dans tous les sens… Il y a bien une odeur forte qui se mélange à celle du guano… Bientôt nous arrivons dans un cul de sac et nous comprenons immédiatement où nous avons mis les pieds. Il y a des bauges d’ours partout et de profondes griffures à hauteur d’homme sont bien visibles sur les parois… En France, il s’agirait d’une découverte paléontologique mais ici nous sommes en présence de traces tout ce qu’il y a de plus contemporaines ! Un coup d’œil à la montre nous rappelle que la nuit ne va pas tarder à tomber et que la famille de nounours à collier s’apprête peut-être à rentrer au bercail. Le proprio des lieux risque de ne pas apprécier les intrus que nous sommes et il est grand temps de filer au plus vite. Notre bivouac étant installé dans l’autre entrée de la caverne, nous n’avons pas le souci de risquer de nous perdre de nuit en pleine jungle et de retour dans le grand porche, j’en profite pour déplier mon trépied photo et faire quelques images. Soudain, nous entendons des craquements de branches et des grognements… Sanglier ? Félin ? Que nenni, il s’agit bel et bien d’un de ces petits ours que je n’avais jamais vu ailleurs que dans un zoo… Il était temps de déguerpir !
 
bivouacblog.jpgCourageux mais pas téméraires nous avons observé l’animal de loin, prêts à détaler au plus vite dans la rivière souterraine ! Au campement, les discussions étaient allées bon train… Que faire en cas de mauvaise rencontre avec un ours ? Il y avait les partisans de « faire le mort » et Arnoult qui s’imaginait en plein corps à corps avec l’animal… « Avec un sac sur le dos, il ne peut pas te planter ses griffes dans le dos ! »… Une théorie tout aussi crédible que celle de la marmotte qui emballe le chocolat dans du papier en aluminium…
 
Quoi que nous l’ayons déjà vu tenter d’attraper un crocodile en le tirant par la queue !
 
La morale de cette épouvantable histoire d’ours des Pyrénées se résume en un conseil totalement immoral… Si vous voulez vous débarrasser de votre pire ennemi en ne risquant qu’une condamnation à une modeste peine, oubliez la violence et les armes… Comme vous n’êtes pas des sauvages, écrasez le plutôt à la sortie de son bureau !
 
Et si vous vous débrouillez bien, vous pourrez peut-être même faire condamner sa veuve à prendre en charge la réparation de votre gros 4x4 qui ne pollue pas plus qu’un monospace!
par Jojomigrateur publié dans : Humeur du jour...
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