Bali. Ras le bol des Australiens buveurs de bière, des touristes des Clubs Meds et consorts, des Italiens encore plus braillards que d’habitude lorsqu’ils sont privés de pizzas et que les spaghettis ne sont pas « al dente » ! Nous avons passé quelques jours à plonger au Nord de l’île et j’en ai marre de cette ambiance qui n’a plus rien à voir avec celle que j’ai connu au début des années 1980. Il est temps de changer d’air et d’aller grenouiller dans un coin plus tranquille.
Chez notre loueur de voitures préféré depuis quelques années, nous troquons le petit 4x4 Suzuki contre un gros BJ 40 Toyota à
l’ancienne… Six cylindres essence, boite 2X3, un couple de camion et un pare-buffle qui tient davantage d’un rail de chemin de fer que du pare-choc de la voiture à mémé ! Compte tenu de ma
connaissance du pays et de la langue, le gérant de la société accepte que je quitte Bali pour Java au volant d’une de ses voitures. Il y a très peu d’étrangers
qui se lancent dans une telle aventure et au moment d’embarquer sur le ferry qui fait la navette entre Gilimanuk et Java, les policiers marquent un instant
d’hésitation que quelques mots d’Indonésien ont très vite fait de dissiper.
Selamat Jalan ! (Bon voyage…). Nous voilà lâchés dans la cohue Javanaise. La petite route qui conduit à
Surabaya n’est qu’un gigantesque embouteillage mais nous avons prévu de sortir des grands axes et d’emprunter le réseau secondaire. Le but de notre balade n’est autre que le
fameux volcan Kawah Ijen qui à cette époque là ne recevait pas encore ces hordes de visiteurs qui veulent tous prendre un cliché de ces incroyables « forçats du
soufre ». A Sitobondo, nous quittons le tintamarre de la grand-route et nous engageons le 4X4 sur une piste asphaltée mais complètement défoncée. Ce chemin qui doit
être difficilement carrossable à la saison des pluies semble divaguer au milieu des plantations de canne à sucre et de tabac. A chaque carrefour nous hésitons un moment sur
l’itinéraire à suivre. Les coupeurs de canne que nous rencontrons sont tous très étonnés de voir un « orang bule », un « blanc...» au volant d’une
voiture dans ce coin perdu. Ils sont tous très serviables mais il y a un truc auquel je n’avais pas pensé… Certes, je m’exprime correctement en Bahasa Indonesia, mais ils parlent
essentiellement dans un dialecte local et à chaque fois, il faut trouver celui, en principe un jeune, qui comprend l’indonésien.
La balade prend un tour très amusant et c’est souvent à la boussole que je décide de la piste, (en général la bonne… !) que nous devons emprunter.
Plus loin nous croisons un étrange petit train qui dessert les exploitations. On le dirait tout droit sorti de « Tintin au Congo »… Il transporte la canne à sucre et
fonctionne en brulant une partie de son chargement qui sert décidemment à tout. Alors que la nuit tombe, le volcan est enfin en vue et il est temps de trouver un endroit où
passer la nuit. A cette époque là, il n’y avait pas encore de « guest-houses », encore moins d’hôtels et nous sommes accueillis de manière très sympathique chez des paysans pour une
somme plus que modique.
Ce jour-là, le soufre liquide s’écoule en abondance du solfatare dans lequel sont enfoncés des tuyaux de 10m de long par 50cm
de diamètre. Ils canalisent astucieusement le précieux liquide orangé qui sort à plus de 100°c avant de se cristalliser en blocs jaune citron. Les gaz nous arrivent directement dans la
gueule et parfois, il semble même que le débit augmente… Rapidement, les hommes débitent à la barre à mine près de 70kg de minerai qu’ils équilibrent dans des paniers qu’ils transporteront de
part et d’autre d’un simple bâton porté sur l’épaule. C’est quasiment en apnée que je photographie l’extraction du soufre et le conditionnement des charges. En quelques minutes, je suis au bord
de l’asphyxie et je cherche à respirer des goulées d’air pur chaque fois que le vent change de sens, éloignant temporairement le nuage de vapeurs toxiques… Lentement, ils entament la remontée du
sentier dont ils connaissent le moindre caillou. Seulement chargé de mon sac photo, je les suis sans difficulté et j’admire leur aisance malgré la charge qui les écrase. A la descente vers
Paltuding, ils sont encore plus impressionnants. Leur démarche est chaloupée et je me demande dans quel état doit être leur squelette après quelques années de ce traitement
inhumain… Une fois la pesée effectuée, ils encaissent les quelques roupies qui leur permettront d’acheter du riz et nourrir leur famille...
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Cette fois là, nous sommes partis en deux équipes. La première a pénétré dans « Gua Liah », une grotte bien connue par les chasseurs
de nids d’hirondelles et les terrassiers à la recherche de phosphates. Avec Marc Duhamel, nous suivons un des villageois qui nous guide à travers les broussailles qui recouvrent tout. Une
demi-heure plus tard, nous arrivons effectivement devant « Gua Siluman », (la grotte du démon) qu’il aurait été très difficile de trouver par
nous-mêmes. Un plan incliné très raide (photo) plonge sur un puits que nous équipons sans difficulté avant de prendre pieds 30m plus bas dans une vaste galerie. De vieux
échafaudages en bambous encore en place montrent que les autochtones avaient l’habitude de descendre jusqu’ici et nous découvrons qu’ils ont creusé des trous un peu partout, de véritables
chausse-trappes de plusieurs mètres de profondeurs qu’il serait très facile de transformer en autant de pièges mortels (photo). Il faut vraiment que ces phosphates aient une
grande valeur. La suite ne présente aucune difficulté particulière et nous arrivons bientôt au sommet d’un vaste puits qui semble barrer la galerie. Nous ne sommes pas équipés pour tenter une
escalade en traversée et notre exploration s’arrêtera là pour aujourd’hui….
Au moment même où nous allions rebrousser chemin, nous entendons un brouhaha monter du fond de la grande crevasse ébouleuse. Il y a même la lumière
caractéristique des éclairages à l’acétylène… Les copains sont là et nous pouvons même nous parler à 25m de distance. La jonction entre les deux cavités est faite. Sur le chemin du retour,
nous prenons le temps de topographier les lieux, ce qui demande pas mal de temps. Lorsque nous ressortons, la nuit tombe et le paysan ne nous a pas attendu. Si l’axe de la vallée est bien
visible, le vague sentier que nous avons emprunté à l’aller est indécelable au milieu d’une végétation particulièrement touffue. Tant bien que mal, nous parvenons à descendre en contournant
parfois des bouquets d’épineux quasi impénétrables. Pris par la nuit, nous marchons vers une petite mosquée que nous avions repérée et qui brille comme un phare au milieu des rizières. Avant de
déboucher enfin sur un véritable chemin, nous traversons un vieux cimetière à moitié en ruines. Des tombes sont cassées, des dalles sont renversées, un peu comme dans un film
d’épouvante…
Je suis revenu souvent à Java depuis cette date et je suis toujours étonné de constater que cette histoire perdure et que je suis régulièrement présenté comme
l’homme qui a vu
Profitant de la spécificité du site, Enzo a imaginé des itinéraires de niveaux différents ou se mélangent harmonieusement des « ponts Népalais », des
tyroliennes, des passages en « via ferrata », le tout parfaitement sécurisé pour le plaisir des petits et des grands…
Sur le chemin du retour, traquenard policier à un carrefour…. « Opération ceinture » pour les automobilistes distraits et trois
points de moins sur le permis pour ces fous dangereux à la conduite qui peut être exemplaire et qui ne mettent en danger qu’eux-mêmes… Courage, le port du casque obligatoire au
volant est pour bientôt !
Lors de la traversée de ces montagnes isolées en pleine jungle, nous avions eu la surprise de découvrir à Gua Kao les premiers dessins
pariétaux de la partie indonésienne de Bornéo. Sans le savoir, cette découverte allait être à l’origine de beaucoup d’autres quelques années plus tard. Après
avoir franchi les Monts Muller qui étaient encore couverts d’une forêt dense, nous avions plongé vers la Haute-Mahakam en plein territoire
Dayak. Nous étions en amont des gros rapides, loin de toute piste carrossable et les gens continuaient à vivre comme ils l’avaient toujours fait, même si quelques pasteurs
protestants tentaient de les évangéliser… J’ai toujours pensé que ces religieux étaient des « parasites » et il m’est arrivé parfois de me dire que leurs têtes auraient été des trophées
de choix !
Depuis cette époque, je retourne souvent à Bornéo et j’assiste avec une certaine tristesse à la destruction désormais quasi-inéluctable de ce
qui fût une des jungles les plus étendues de la planète. La surexploitation des bois précieux et du charbon de bois, les grands incendies de forêts et les plantations de palmiers à huile auront
raison d’un écosystème qui vit sans doute ses dernières années.
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