présentation

  

Voilà un drôle d'exercice que de se présenter en quelques lignes! Alors, qui suis-je ? Georges Robert, un curieux de nature, railleur, frondeur et avant tout sportif depuis le plus jeune âge. J'ai commencé par pratiquer le judo et la natation à Marseille où j'ai découvert la spéléologie qui est devenue très vite une passion dévorante. C'est ainsi que j'ai commencé à participer à des explorations en Autriche dans des gouffres très profonds, avant d'être atteint par le virus des expéditions lointaines et du voyage, très souvent en Indonésie où j'ai multiplié les découvertes. 

L'hexagone était devenu bien trop petit pour moi, un peu "rastègue" comme on dit à Marseille...

Toujours intéressé par ce qui est nouveau et présente un certain danger, j'ai pratiqué d'autres activités comme la moto Tout-terrain, l'escalade, le parapente, la plongée sous-marine, la voile et autres activités ouvertes sur le plein-air et les voyages. Depuis quelques années, je suis devenu photojournaliste indépendant (carte de presse N°105 709) et je continue à m'intéresser au sport, à tout ce qui est insolite, aux combats pour la sauvegarde de la planète avec de plus en plus une conscience politique.

J'aime Marseille, cette ville cosmopolite et ensoleillée où je prépare mes prochaines escapades en allant courir, grimper dans les calanques ou encore en allant retrouver des amis sur le tatamis de mon club de judo.

Professionnellement, je suis libre de partir en reportage sur commande ou pourquoi pas, de rejoindre la rédaction d'un journal ou d'un magazine... Avis aux amateurs!

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Lorsque je me suis lancé dans l'aventure ce ce blog de photojournaliste bourlingueur, sportif et curieux invétéré, je n'avais aucune idée de l'accueil qui lui serait réservé. Neuf mois plus tard, je tiens à remercier les milliers de visiteurs qui sont venus sur mes pages... Je continuerai donc à vous faire partager ces tranches de vie, au gré de mon humeur du moment... Merci encore !

Lundi 15 octobre 2007

Ce jour là, nous avons traversé l’espèce de savane caractéristique qui repousse après les incendies de forêts, trop souvent volontaires qui dévastent la jungle de Bornéo. Nous avons pu voir les falaises de calcaire blanc qui n’étaient qu’à deux kilomètres à vol d’oiseau. Une fois encore, nous avons pu constater que le feu n’avait pas atteint les zones difficiles d’accès et nous nous sommes enfoncés sous le couvert de grands arbres encore intacts. Moins d’une heure plus tard, nous sommes arrivés devant un petit porche qui crève le plafond d’une vaste galerie souterraine.

serpentblog.jpgLe temps de nous équiper et nous sommes partis en deux équipes pour explorer cette grotte baptisée « Sedepan Bou » par les ramasseurs de nids d’hirondelles du village de Merabu. Effectivement, elle valait le déplacement, notamment par la présence d’une faune cavernicole très importante qui fait le bonheur de la biologiste Josiane Lips. Comme d’habitude, des tonnes de guano chauve-souris rendent le terrain particulièrement glissant et il faut veiller à chaque instant à ne pas mettre la main sur une grosse araignée ou sur l’un de ces énormes scutigères réputés pour leur venin…
 
Tenir debout tient parfois du miracle et la descente de chaque talus glaiseux relève du patinage pas du tout artistique… « Putain, je vais me vautrer… ! » Je sens que mes talons glissent sur leurs appuis et je cherche une bonne prise salvatrice pendant qu’il en est encore temps… Ouf ! Voilà un joli mamelon à moins d’un mètre de ma main gauche. Je me laisse volontairement glisser dans sa direction et à l’instant même où j’allais m’en saisir, je vois un serpent particulièrement vivace sortir d’une anfractuosité de rocher ! Dans un dernier réflexe, j’ai retiré ma main et je « m’éclate » lamentablement dans la mare de boue qui semblait attendre ma chute. Médusé, je regarde le reptile disparaître sous des blocs.
 
Il m’a fait peur, « ce con » !
 
batblog.jpgPlus loin, nous trouvons une sortie au creux d’un ravin, quelque part dans la jungle. Un chasseur qui bivouaquait seul dans ce coin perdu nous indique qu’il y a un autre trou à une demi heure de marche et qu’il veut bien nous y emmener…Une fois encore, nous grimpons au sommet d’un piton en nous disant qu’il y a bien peu de chances de trouver un truc important là haut. Surprise ! Il y a bien une grotte mais le plus étonnant c’est qu’elle semble vouloir descendre aussi raide que ce que nous sommes montés. Un violent courant d’air provient d’un couloir en forte pente et nous nous y engageons avant de comprendre que ce « vent » est causé par les battements d’ailes d’une colonie de plusieurs milliers de chauves-souris affolées. Comme si leurs sonars ne fonctionnaient plus, elles nous percutent dans leur fuite, une scène qui n’est pas sans rappeler certains films d’épouvante à deux balles ! 

Encore un instant fugitif…
 
rayonblog.jpgL’heure tourne et si nous voulons profiter des dernières heures de jour pour sortir de la jungle, il est temps de rebrousser chemin au plus vite. L’autre équipe doit nous attendre à Sedepan Bou et nous pressons le pas « lentement » car ce serait contre-productif d’avoir un accident dans un tel endroit. 

« Vision » prémonitoire... ?
 
L’arrivée dans la grande salle d’entrée est un instant magique… Un rayon de soleil sans doute tamisé par un nuage passe à travers le petit porche comme s’il s’agissait du chat d’une aiguille. Cette lumière dansante, presque vivante semble poursuivre Filou qui ne doit pas se rendre compte de la majesté de l’instant. Ce qui est certain, c’est que ce « spot » est un don du ciel et qu’il peut s’éteindre d’un instant à l’autre… je me précipite sur mon appareil photo… Monter la sensibilité, quitte à avoir du « bruit »…, trouver un appui, arrêter de respirer… et surtout faire vite !

« Clap » de fin ! Le « Monsieur » d'en haut a du en avoir marre et la caverne se retrouve plongée dans l’obscurité… 

De cet instant fugace, il ne me restera
que le souvenir…  et six photos toutes différentes !
par Jojomigrateur publié dans : tranches de vie...
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Dimanche 7 octobre 2007

Le web est un extraordinaire moyen de communication qui accélère la circulation et la diffusion des informations mais qui permets également à n’importe qui de raconter n’importe quoi. Des « as » de la poudre aux yeux et du ramdam médiatique s’en servent allègrement à des fins purement mercantiles et c’est ainsi que de véritables âneries peuvent faire le tour de la planète avant que quelqu’un ne réagisse…

« Monster cockroaches found… », « Giant Cockroach among jungle find », « Découverte à Bornéo du plus gros cafard du monde », « Un cafard géant découvert à Bornéo »… Ce matin de 2005, les dépêches d’agences se sont répandues comme un trainée de poudre et pas que sur le web… Et voilà que d’un simple « clic », je suis tombé sur la photo d’une bestiole que j’ai reconnu immédiatement pour l’avoir photographiée dès 1982… En cherchant davantage d’informations, je me suis rapidement aperçu que les américains de « The Nature Conservancy » s’étaient contentés de faire de l’écotourisme, mon rapport d’expédition entre les mains, alors qu’il reste tant de choses à découvrir sur cette partie de Bornéo.
blatteblog.jpg En lisant les articles publiés par cette ONG, j’ai eu la surprise de lire que ces grands aventuriers incapables de mettre un pied devant l’autre s’étaient contentés de marcher sur mes traces et de prélever des cavernicoles dans les grottes les plus accessibles au départ de Pengadan. J’ai appris un peu plus tard que ces explorateurs n’avaient pas rajouté un mètre de plus aux topographies que j’avais fourni gracieusement au biologiste Vénézuélien Léo Salas qui m’avait contacté quelque temps plus tôt.
 
Je n’ai aucune compétence particulière en matière de cavernicoles, mais je me suis souvenu qu’à l’époque, nous avions prélevé tout ce qui était « gros » et que nous avions ramené un colis au muséum d’histoire naturelle de Paris… Après quelques recherches, Louis Deharveng, un scientifique Français qui a fait partie de la mission de l’ONG américaine a effectivement retrouvé le « monstre » dans un carton qui n’avait toujours pas été ouvert depuis tant d’années... ! C’est à se demander pourquoi ils avaient tant insisté pour qu’on prélève des bestioles..., mais bon… ! Toujours est-il qu’à y regarder de plus près, « The Nature Conservancy » n’a pas fait de découvertes faramineuses mais elle a le talent d’enjoliver les choses pour solliciter les dons de généreux donateurs…
 
Au cours de l’été 2007, j’ai eu l’occasion de retourner sur place avec un groupe de spéléologues Franco-Indonésiens. Une fois encore, nous avons multiplié les kilomètres de première, mettant l’accent sur l’inefficacité de la grosse équipe internationale en matière d’exploration pure. La « Miroblatta baai », c’est ainsi que les américains l’ont appelée, continue à grouiller dans les grottes des alentours de la sungai baai, y compris dans celles que nous venons de découvrir récemment. La bio-spéléologue Josiane Lips a d’ailleurs ramené une quantité incroyable de cavernicoles et peut-être des espèces nouvelles qui seront étudiées en France par des spécialistes.
 
Loin de toute querelle de scientifiques, que peut-on dire de ce cafard dopé à la testostérone ? Qu’il est aussi sympa que celui qui grouille dans le film « La momie » réalisé par Stephen Sommers… ? Qu’il aurait sa place dans « Fort-Boyard »… ? Qu’il est plein de vitamines et ferait le régal des hurluberlus de « Koh Lanta »… ?
 
Après les archéologues, voilà que les biologistes ont marché sur mes talons. Je commence même à me dire que je dois fleurer particulièrement bon et qu’il va falloir que je dépose un brevet pour cette fragance inimitable…Malheureusement, cette « filature » n’a pas porté chance au couple américain qui est allé à Merabu au printemps dernier dans le but d’aller « visiter » les dernières grottes ornées… Le véhicule qui transportait Amanda King et Nathaniel Gerhart s’est retourné sur la piste boueuse quelque part du côté de Merapun et le New Yorkais est mort sur le coup…
 
Je vais finir par me demander si je ne suis pas un chat noir… !

Les intéressés peuvent retrouver toutes ces bestioles à l'adresse :
http://pagesperso-orange.fr/salangane/speleo.html
par Jojomigrateur publié dans : Bornéo
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Vendredi 5 octobre 2007
Après l’histoire dramatique que je viens de vous raconter, place à un sujet beaucoup plus léger…
 
En 1982, j’ai fait partie de la première expédition de reconnaissance spéléologique sur la partie indonésienne de l’île de Bornéo. A l’époque, il n’y avait aucune carte digne de ce nom et l’aventure commençait dès la descente de l’avion à l’aéroport de Balikpapan. Il n’y avait quasiment pas de routes goudronnées et les rares pistes étaient très rapidement impraticables. La « civilisation » s’arrêtait à Samarinda où il n’y avait pas encore de pont qui permette de traverser la Mahakam. La suite relevait du système D… Bateaux côtiers, « taxis-boats », pirogues sur les rivières, 4x4 et camions sur les pistes défoncées et surtout… des dizaines de kilomètres « pédibus jambus » ! Il n’y avait aucune carte précise et nous étions partis plusieurs mois en pure spéculation mais convaincus qu’il y avait autant de grottes à découvrir que sur la partie Malaisienne de Bornéo  

visageblog02.jpgChaque nouvelle expédition a profité des résultats de la précédente et ces dernières années d’un développement économique exponentiel et totalement anarchique qui génère une véritable catastrophe écologique. Malgré leur importance, les premières explorations ont été assez peu médiatisées, jusqu’à « l’invention » des premières grottes ornées qui ont été faites par Luc Henri Fage et Jean Michel Chazine qui marchaient sur mes traces avec la vision archéologique que je n’avais pas. Leur travail a été tout à fait remarquable et ils ont mis en évidence que l’art rupestre était l’une des spécificités de cette région de Bornéo qui été occupée par l’homme il y a déjà plusieurs milliers d’années.
 
Les chasseurs de nids d’hirondelles ont joué un grand rôle dans ces découvertes. Ces coureurs de jungles qui sont de véritables kamikazes connaissaient de nombreuses grottes mais ils avaient peur que ces étrangers qui revenaient de plus en plus souvent soient des espions chargés par le gouvernement indonésien de localiser les lieux de collectes de ces nids blancs qui valent de véritables fortunes. Luc Henri a été le premier à se rendre compte que certains vieux avaient déjà vu des mains en négatif et des dessins dans certaines grottes et qu’il semblait y en avoir beaucoup.

grafsexblog.jpg

Il aura fallu beaucoup de temps et de palabres pour que ces véritables spéléologues qui s’ignorent comprennent enfin que leurs secrets n’avaient rien à craindre et qu’ils acceptent de collaborer aux recherches.
 
Effectivement, il y en avait à profusion et il est plus que probable qu’il y en a encore davantage à découvrir. Toujours est-il que désormais, le message semble être passé dans les villages. Partout où nous passons, les gens sont fiers de venir nous annoncer qu’ils connaissent des grottes et qu’il y a des dessins… qui ne sont souvent que des graffitis contemporains, des cousins des vulgaires « tags » de chez nous ! Après en avoir vu beaucoup, une conclusion s’impose… Si les hommes préhistoriques avaient un véritable sens artistique et considéraient les grottes comme des lieux de culte, leurs lointains descendants, qu’ils sévissent en ville ou au fond des jungles ne sont que des barbouilleurs sans le moindre talent.
 
De la chapelle Sixtine à un barbouillage pornographique il n’y avait qu’un pas qui a été franchi allègrement... C’est sans doute ce que l’on appelle passer sans vergogne de l’art au « cochon » !
par Jojomigrateur publié dans : Bornéo
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Mercredi 3 octobre 2007

Pasym était un Dayak « Teboh » qui était né à proximité du « kampung » Merabu sur les berges de la sungai Lesan à l’Est de Bornéo. Il n’avait jamais quitté son village natal plus de quelques jours et il n’envisageait pas de le faire, même si la vie quotidienne est loin d’être facile dans cette région en pleine transformation. C’était un coureur de jungle, chasseur, ramasseur de nids d’hirondelles, un homme capable de vivre en autonomie totale dans un environnement hostile. C’était un de ces Dayaks christianisés, qui avaient abandonné, du moins officiellement leurs vieilles croyances animistes, encouragés par le gouvernement indonésien, en application du premier précepte de la « Pancasila », « ketuhanan », croire en UN Dieu, quel qu’il soit. Il est mort le 22 août 2007 au terme d’une aventure étrange…

 J’ai rencontré Pasym pour la première fois en septembre 2006, lors d’une reconnaissance spéléologique dans ce coin de Bornéo encore vierge de toute exploration. Pasym et ses amis nous ont montré quelques grottes très intéressantes et trois semaines plus tard, je suis revenu sur place avec Francis Le Guen et toute l’équipe de tournage de l’émission de France 5, « Carnets d’Expédition ». Il semblait heureux d’être encore là, montrant beaucoup d’intérêt et de curiosité pour la montagne de matériel que nous avions transporté jusqu’ici…
pasym01blog.jpg Je ne pensais pas revenir si vite, mais compte tenu de l’énorme potentiel de découvertes, nous avons organisé une nouvelle expédition au cours de l’été 2007. Après un premier séjour sur une autre zone, nous avons rejoint Merabu où l’accueil a été une fois encore excellent. Ayant parfaitement compris ce que nous recherchions, les ramasseurs de nids d’hirondelles nous ont montré d’autres grottes qui se sont révélées toutes aussi intéressantes les unes que les autres… Pasym qui était toujours aussi volontaire nous a dit avoir repéré de nouvelles cavernes accessibles à pieds depuis le campement d’octobre. C’est ainsi que nous sommes partis nous installer au pied du massif, près d’une magnifique grotte ornée déjà fréquentée par l’homme quelques milliers d’années plus tôt…
 
Comme d’habitude sous ces latitudes, la nuit tombe très tôt, à 18h et après le repas, chacun se réfugie dans son hamac-moustiquaire. C’est un moment privilégié. Certains lisent, d’autres rêvent à demi-éveillés, d’autres laissent défiler mentalement le film de la journée. Les porteurs fument autour du feu de bois, ils jouent aux cartes, parfois jusqu’à une heure tardive. Ces derniers jours, ils discutent beaucoup et certains ont l’air grave… Depuis le mois d’octobre dernier, Pasym est revenu par ici, à la recherche de nouvelles grottes où pourraient nicher les salanganes, ces hirondelles dont les nids blancs sont si prisés par les Chinois. Lors d’une prospection, il a découvert sous terre une urne petite urne, (peut-être un vase funéraire) que nous n’avons pas vu, mais qu’il a pris l’initiative de ramener au village. Il pensait sans doute en tirer un bon prix auprès d’un antiquaire, un de ces véritables pilleurs qui écument les villages Dayaks à la recherche de statuettes et d’objets traditionnels qu’ils revendent fort cher et qui finiront chez des particuliers ou dans une collection privée.
 
Cet acte n’a pas été interprété comme le simple vol d’un objet de culte ancien, mais comme un véritable sacrilège qui ne pouvait que porter malheur à son auteur. Il règne une curieuse ambiance parmi les porteurs et les chasseurs. Pasym parait soucieux mais il est toujours aussi efficace, sachant deviner les pièges de la forêt comme ce serpent venimeux, quasi-invisible sur une branche à hauteur d’homme et en travers du chemin… Ce jour là, il nous a conduit à un véritable labyrinthe qui traverse un piton rocheux et il nous a attendu à un carrefour de galeries, fumant cigarette sur cigarette, masquant mal une certaine inquiétude. Il avait déjà exploré la cavité et il savait exactement quel passage emprunter pour trouver l’autre issue. En fin d’après midi, nous avons retrouvé la lumière du jour par un autre porche. Le chemin était balisé par des cailloux suspendus à des lianes et Pasym nous a montré le départ d’un vague sentier qui conduirait à une autre grotte. Le jour déclinait, la pluie commençait à tomber et nous avons pensé qu’il était prudent de regagner le campement, ce qui fut fait au pas de course, comme si notre guide avait peur de se retrouver dans l’obscurité au plus fort d’un orage.
pasym02blog.jpg Le lendemain, comme d’habitude, nous avons modifié la composition des équipes. Cette méthode permet à chacun d’explorer plusieurs cavités et de pouvoir reconnaître les lieux lors d’une prochaine expédition. Avec Xavier et Ophus, nous découvrons de nouvelles galeries dans une grotte que j’avais reconnu rapidement en solitaire en septembre 2006. De retour au camp, le jeune dayak qui entretenait le feu de bois nous tendit un bien curieux message griffonné à la hâte sur une feuille de papier arrachée dans un cahier… « Accident…. Loin et grave, grave, préparer beaucoup d’eau chaude… » ! Que faire ? Nous ne savons pas où s’est produit l’accident, quelle est sa gravité et qui est la victime… Aller à la rencontre du groupe ? La nuit ne va pas tarder à tomber et nous risquons tout simplement de nous perdre dans la jungle…. Nous en sommes là, lorsque nous voyons arriver Filou en courant, le visage livide…
 
« Un énorme arbre perché en falaise est tombé sur Pasym qui souffre de nombreuses fractures…  Nous le ramenons sur une civière de fortune mais nous avons besoin d’aide… Préparez vous et venez… ! » Après avoir pris des frontales, des gourdes et quelques paquets de gâteaux, nous repartons au pas de course sur les talons de Filou, accompagnés de deux Indonésiens qui ont compris qu’un drame était en train de se jouer… Pendant ce temps, Ophus et un chasseur partent chercher de l’aide au village où ils espèrent trouver un médecin.
 
Après une demi-heure de course à travers la jungle, nous retrouvons enfin Bernard, Josiane, Ridho et un porteur qui sont épuisés et ont déposé la civière à terre… Le spectacle est abominable. Pasym a le visage ensanglanté et visiblement, Il a craché ses dents dans la chute. Ridho qui a été formé aux premiers secours par notre ami le Docteur Ko a fait ce qu’il a pu et il faut reconnaitre qu’il n’a pas perdu son sang froid. Avec une bâche, de la cordelette et deux petits troncs d’arbres taillés à la machette, l’équipe a fabriqué un brancard de fortune qui s’avère plutôt bien fait. Notre arrivée tombe à pic et nous relayons nos amis qui sont exténués. La marche reprend lentement, souvent pas à pas lors du franchissement d’obstacles. Il fait nuit depuis longtemps lorsque nous arrivons enfin au camp de base. La situation n’est pas brillante. Les blessures de Pasym sont visiblement très graves. Il souffre mais il est lucide et arrive encore à parler…  « Je vais mourir ! C’est la malédiction…» Ses amis tentent de le rassurer, ils lui disent que toutes ces histoires sont des bêtises, qu’il n’est pas mort et qu’il ne mourra pas cette fois. Plus tard, les dayaks nous demandent de les laisser seuls autour du brancard. Ils ont disposé des bougies autour de Pasym et ils se mettent à prier pour lui. Ils en appellent aux dieux mais auxquels… ? Il ne nous reste plus qu’à attendre l’arrivée des villageois et du Docteur qui doit être déjà sur le chemin.
 
Nous pouvons enfin discuter entre-nous et j’apprends ce qui s’est réellement passé. Bernard, Josiane, Filou et Ridho, guidés par Pasym sont allés directement à la grotte par où nous étions ressortis la veille. De là, ils sont partis sur le chemin qui permet d’escalader une tourelle calcaire et ils ont atteint le vaste porche dont Pasym nous avait parlé lé veille. Ils ont passé plusieurs heures dans ce nouveau trou, Josiane prélevant des cavernicoles pendant que les spéléos mesurent la grotte dans ses moindres détails. En début d’après-midi, ils sont ressortis et ont rejoint Pasym qui les attendait patiemment à l’entrée. Il paraissait soucieux et il a fait bruler une espèce de torche destinée à enfumer des abeilles, le temps de faire main basse sur des litres de miel. Puis le groupe à entrepris de redescendre de ce belvédère qui offre une belle vue sur la jungle environnante. Et c’est alors qu’ils étaient presque au pied de la falaise que le drame est arrivé… Un « CRAAAAC » a retenti, juste le temps pour Filou et Bernard de voir un énorme arbre mort  basculer depuis le sommet du piton après s’être brisé comme une vulgaire allumette… Filou a eu le réflexe de se plaquer contre la roche, alors que Pasym regardait en l’air, cherchant à comprendre ce qui se passait….Percuté de plein fouet par le tronc, il a été projeté trois mètres plus bas, roulant dans des blocs acérés comme des rasoirs qui lui ont infligé de nombreuses blessures…
pasym03blog.jpg Dans sa douleur, Pasym a immédiatement pensé à cette malédiction qu’il a acceptée comme une fatalité… Ensuite, tout s’est enchaîné… la construction d’un brancard, le conditionnement du blessé et une course effrénée à travers la jungle jusqu’au campement où nous attendons l’arrivée de la colonne de secours. Bizarrement, la jungle s’est tue, comme si tous les animaux nocturnes étaient respectueux du drame qui est en train de se jouer. Pasym profite de ses dernières forces pour raconter à ses amis ce qui s’est passé et il insiste pour dire que nous ne sommes pour rien dans cet accident… Filou reprend ses esprits et il nous raconte qu’alors qu’il s’est égaré seul dans la forêt, il a été suivi par une espèce de gros félin au pelage rayé, un animal en voie de disparition qu’il est rarissime de pouvoir observer dans son habitat naturel. Le plus étonnant, nous l’apprendrons un peu plus tard, c’est qu’Ophus a fait la même rencontre sur le chemin du village… Simple coïncidence ? Peut-être, mais pour les dayaks avec qui j’en ai parlé, l’explication est toute autre. Ces félins seraient habités par les esprits des ancêtres !
 
Vers minuit, le chef du village de Merabu arrive, accompagné du médecin et de 16 hommes tous volontaires. Le Docteur examine le blessé et il ne peut que constater la gravité des blessures. Il faut évacuer Pasym au plus vite vers Berau ce qui ne sera pas une tâche facile. Le brancard est reconditionné et vers deux heures du matin, la colonne peut se mettre en route à marche forcée. Vers six heures, alors que les premières lueurs de l’aube apparaissent, la civière est chargée sur une pirogue qui redescend vers Merapun. La suite se fera en 4x4. L’hôpital de Berau dispose d’un équipement de radiologie mais n’est absolument pas en mesure de procéder à l’opération d’une colonne vertébrale touchée en deux endroits.
 
Au petit matin, nous repartons vers Merabu. Il n’y a pas de téléphone mais Ridho qui est parti à Berau avec le blessé peut nous donner des nouvelles par radio. Il faut rapatrier Pasym au plus vite vers l’hôpital de Samarinda, ce qui n’est possible qu’en 18h en ambulance sur les routes souvent défoncées.
 
Il y avait peu de chances qu’un blessé aussi grave résiste à un tel traitement et Pasym est mort le 22 août 2007 au matin en arrivant enfin à l’hôpital de Samarinda. L’expédition est terminée et nous partons rapidement pour Samarinda en compagnie du chef de village, de l’officier radio et du frère de Pasym qui ne manifeste aucune tristesse apparente. Nous voyageons toute la nuit, entassés comme des sardines sur le plateau d’un pick-up. A 10h du matin, nous arrivons enfin à la morgue de l’hôpital ou nous sommes attendus. Toute la famille de Pasym est là, réunie autour de la dépouille recouverte d’un drap. Dans le couloir, le cercueil est là, prêt à recevoir la dépouille du malheureux Pasym. Le corps sera rapatrié à Merabu dans la foulée mais les Indonésiens ont tenu à ce que nous soyons là au moment de la mise en bière. Pasym était un Dayak converti au christianisme et nous sommes conviés à une brève cérémonie religieuse orchestrée par le chef de village autour du cercueil. Nous avons pris en charge tous les frais engendrés par cet accident,  et l’épouse de Pasym ne cesse de nous remercier pour tout ce que nous avons fait pour son époux…
 
Au moment du départ, le chef du village tient à nous dire que malgré ce qu’il s’est passé, nous sommes toujours les bienvenus à Merabu et qu’il espère nous revoir bientôt…
 
Triste fin…
par Jojomigrateur publié dans : Bornéo
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Vendredi 28 septembre 2007
Rien ne va plus à Londres… !
 
« Incredible » ! « Big Ben », l’une des horloges les plus fiables au monde et qui fonctionne depuis 147 ans est en panne, une situation qui dure parait-il depuis quelques mois. Sur les différentes faces, (voir la photo), les aiguilles se sont figées à des heures différentes qui laissent perplexes les observateurs. C’est d’autant plus incroyable que pendant des décennies, rien n’avait su arrêter Big Ben, même pas une dizaine d’attaques de bombardiers allemands pendant la seconde guerre mondiale…

bigbenblog.jpg

La reine d’Angleterre en personne serait toute déboussolée par ce silence et il se murmure même qu’elle aurait-été surprise à manger UN de ses chapeaux par jour, ce qui laisse un peu de marge aux horlogers qui tentent de redonner vie au symbole de toute une nation…
 
Dans l’abbaye de Westminster toute proche, les fantômes des souverains défunts seraient perturbés depuis que la grosse cloche qui rythmait le temps dans un mouvement perpétuel ne résonne plus... Ils erreraient comme des âmes en peine toutes les nuits, terrorisant au passage les gardiens pendant leur ronde et mettant en fuite quelques ombres furtives et barbues qui prépareraient parait-il, un bien mauvais coup !
 
Mais, le pire, (car il y a pire) est masqué par une chape de plomb qui se lézarde comme la calotte qui est sensée protéger la centrale de Tchernobyl… Depuis l’arrêt de la cloche, le bourdon ne résonnerait plus non plus sous les robes des Princes et des Lords… Plus hilarant encore, les grelots des prêtres anglicans seraient désormais inertes sous leurs soutanes et leurs voix auraient commencé une bien étrange mue qui transformerait le moindre chant liturgique en chansonnette digne du répertoire de ces petits chanteurs pré-pubères qui sont tant adulés dans les lieux de culte…
 
C’est bien connu, le journalisme d’investigation consiste à toujours aller au fond des choses et faire surgir la vérité. Tiens… Un de ces jours, je vous raconterai le « délit de faciès » à la Britannique… !
 
par Jojomigrateur publié dans : Petits délires...
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