anti_bug_fckL’Indonésie recèle une quantité de volcans en activité tout à fait exceptionnelle. A deux pas de Bali, l’ile de Lombok est dominée par le Rinjani, une montagne qui recèle une magnifique caldeira de 8km sur 6km, occupée par un lac le « Segara Anak », (l’enfant de la mer). Le sommet qui s’élève 3726m au-dessus de la mer est assez peu gravi, le but des randonneurs se limitant en général à aller camper à 2030m d’altitude sur la rive de l’écrin liquide niché au fond d’un cratère de 600m de profondeur.

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Il y a assez peu de touristes sur les pentes du volcan et encore moins de volontaires pour tenter le sommet qui est réputé comme une redoutable « bavante ». C’est une ascension peu « technique », rendue très éprouvante par des interminables pierriers qui semblent vouloir grimper jusqu’au cieux... Souhaitant avoir le temps de prendre des photos, nous avons opté pour deux, voire trois bivouacs le long de l’itinéraire si nécessaire.
 
Sur le sentier, nous ne cessons de rencontrer des « Sasaks » qui fréquentent depuis des temps immémoriaux cette montagne sacrée. Les Sasaks sont nombreux à venir se soigner dans les sources d'eau chaude de "Kokoh Putih » qui auraient des vertus curatives et magiques. Tout au long de notre ascension, nous doublons des groupes souvent composés de personnes âgées et malades pour lesquelles les deux mille mètres de dénivelé sont un véritable calvaire. La descente vers le lac par des corniches souvent étroites et instables a été le théâtre de bien des accidents mortels. A plusieurs reprises, nous cédons le passage à des Sasaks complètement exténués. Ils sont drapés dans leurs sarongs, chaussés de vieilles claquettes et ils portent un ballot en équilibre sur leur traditionnel bambou.
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A Kokoh putih, sous le déversoir des eaux fraîches du lac, nous découvrons une sorte de campement de fortune fait d’une multitude de bâches plastiques qui constituent autant d'abris de fortune le long des vasques d’une eau verte-fluo. En cette fin d’après-midi, un étrange rituel se déroule au bord de marmites d’eau quasiment bouillante. De vieux Sasaks drapés de blanc font brûler des offrandes avant de se plonger complètement dans un bassin où il nous est impossible de tremper plus qu’un orteil tellement c'est chaud. Il y a là plus d’une centaine de personnes venues jusqu’ici pour profiter des vertus curatives de ces eaux sulfureuses d’un étrange aspect laiteux.
 
La nuit est courte. A minuit, nous quittons la tente que nous avons montée sur un petit promontoire au dessus du lac. Il ne faut pas trainer en route car un éboulis de 1700m de dénivelé nous attend. 600m plus haut, nous sortons enfin du cratère et nous retrouvons quelques Sasaks frigorifiés qui se serrent autour d’un feu de bois. Plus haut, le vent augmente et devient même carrément violent. Nous gelons sur place, le souffle de plus en plus court alors que la pente s’accentue et que le terrain devient de plus en plus difficile. Parfois, il faut franchir quelques courts passages d’escalade sur une arête qui se développe au-dessus d’un précipice impressionnant. A 5h30mn, nous atteignons enfin le « Puncak Rinjani » (3726m) qui n’est qu’un minuscule promontoire friable balayé par les vents. Il ne nous reste plus qu’à nous blottir dans une anfractuosité rocheuse à l’abri de la bourrasque et d’attendre le lever du jour qui ne devrait plus tarder. Tout va très vite… le soleil monte dans le ciel et éclaire le « Gunung Agung », cet autre volcan qui n’est autre que la demeure des dieux Balinais. Le temps de faire des photos et nous pouvons redescendre en profitant d’un paysage extraordinaire. Le vent forcit encore et de véritables nuages de cendre pulvérulente s’élèvent au-dessus des pierriers.
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En début d’après-midi, nous sommes de retour aux sources chaudes et nous nous mettons en quête d’un bassin qui offre une température acceptable. Des vieillards barbotent dans des marmites qui feraient la joie d’une tribu de cannibales… Comment est-il possible de se plonger dans une eau aussi chaude sans se mettre à cuire comme une vulgaire victuaille plongée dans une cocotte minute ? Une chose est sure, cette baignade inattendue est revigorante et très appréciable après une rude journée de lutte contre les éléments.
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Dans la soirée, des Indonésiens nous invitent à partager le produit de leur pêche dans le lac… D’énormes carpes grillées qui seraient la progéniture d’alevins qui auraient été introduits dans le lac il y a déjà plusieurs dizaines d’années. Alors que la nuit tombe, il est temps d’aller dormir alors qu’une petite secousse sismique a mis un peu d’animation parmi les campeurs. Cet avertissement sans frais est tombé à pic pour nous rappeler que cette montagne est vivante et que ce n’est qu’en 1942 que le petit cône volcanique encore fumant a commencé à sortir des flots. Aujourd’hui, ce flan renversé s’élève à 45m au-dessus des eaux et il continue à grandir sans que l’on sache vraiment ce qu’il deviendra… Cette incertitude alimente les légendes et les croyances animistes et hindouistes se perpétuent malgré la pression des musulmans qui ne parviennent toujours pas à imposer leur religion ici.
 
La journée a été longue et je m’endors tranquillement, la porte de la tente ouverte, histoire de profiter des murmures de la nuit, du souffle du vent dans les arbres et de tout un tas de bruits indéfinissables qui me font l’effet d’une berceuse.
 

Demain est un autre jour…

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