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Le volcan Krakatau se situe dans le détroit de la Sonde qui sépare Java de Sumatra. A la fin du XIXe siècle, les îles de Krakatau (du Sanskrit « karkata » (crabe)) étaient des îles sympathiques  dominées par des petits volcans dont Rakata qui s’élevait à 830m au-dessus du niveau de la mer, Danan et Perbuatan. Des marins européens et des exploitants agricoles y étaient installés, profitant d’un sol fertile et d’une pêche quasi-miraculeuse. Le lieu était réputé pour ses tortues géantes qui se vendaient à prix d’or à Jakarta et Singapour.
 
Au début du mois de juin 1883, des secousses sismiques ont été ressenties sur la côte Ouest de Java et de la fumée et des cendres ont été crachées par le cône de Perbuatan, ce qui a commencé à inquiéter les populations locales. Malgré une activité sismique de plus en plus importante, les gens n’ont pas déserté les lieux, sans doute parce qu’ils étaient attachés à la terre sur laquelle ils étaient nés. Depuis la côte de Java, la colonne de cendres était visible et les détonations du volcan se faisaient entendre à une distance de 40km.
 
Le 27 août 1883, à 10h du matin s’est produit l’explosion paroxysmale du Krakatau et l’île s’est volatilisée dans un fracas abominable qui a été entendu jusqu’à Singapour à 1400km de là. En quelques instants, 20km3 de cendres ont obscurci le ciel et sont retombées sur une surface estimée à 820 000km2. Un énorme tsunami s’est déclenché et des vagues qui auraient atteint 30m de haut ont balayé les côtes de Java et de Sumatra, provoquant la mort de plus de 40 000 personnes. Une canonnière, la « Berouw » s’est retrouvée perchée à dix mètres au-dessus du niveau de la mer, 3km à l’intérieur des terres…
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44 ans plus tard, le 26 janvier 1928, une nouvelle île, « Anak Krakatau » (l’enfant du Krakatau) a commencé à sortir des flots et n’a jamais cessé de grandir depuis. Actuellement, le cratère est en activité et se trouve à plus de 200m d’altitude. Depuis la catastrophe de Banda Aceh, cet épisode dramatique résonne d’une manière particulière, comme si l’histoire se répétait. L’Indonésie vit au rythme des volcans et un voyage jusqu’à l’Anak Krakatau permet de se rendre compte que notre planète est vivante, que l’homme n’y est que de passage et que l’histoire peut se répéter à tout instant. La visite de ce lieu extraordinaire est aléatoire et dépend de l’humeur du volcan qui reste sous haute-surveillance et dont l’accès peut-être interdit en fonction des risques objectifs.
 
Près de Labuhan Carita, nous sommes installés dans un confortable bungalow qui a quasiment les pieds dans l’eau. De gros rouleaux déferlent sur la plage de sable noir et au crépuscule, nous devinons au large les flancs rougeoyants du Krakatau d’où s’écoule de la lave en fusion. Un vent violent balaye la grève et des embruns viennent tremper la petite terrasse où nous sirotons des jus de fruits tropicaux en profitant du spectacle. Il est temps de dérouler les nattes en rotin qui protègent l’auvent des intempéries. Toute la nuit, une tempête tropicale se déchaîne… De temps à autre, je sors voir ce qu’il se passe. Les cocotiers sont secoués dans tous les sens par de violentes rafales et par moment ce sont de véritables trombes d’eau qui s’abattent tout à coup, comme si un véritable réservoir venait de se crever au-dessus de nos têtes.
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C’est très impressionnant et je commence à me dire qu’il y a bien peu de probabilités que nous puissions embarquer dans la matinée. Curieusement, l’aube semble chasser miraculeusement le mauvais temps et un soleil radieux, trop poli pour être honnête s’élève dans le ciel. A une telle latitude, il ne faut pas longtemps pour être victime d’une insolation et le plus difficile est de se protéger de l’astre solaire. Trois heures et demi plus tard, nous atteignons enfin une plage noirâtre, au pied du fameux Anak Krakatau. Après une baignade rafraichissante, nous partons à pied, bien décidés à atteindre le cratère ou tout au moins, de nous en approcher le plus possible. Après avoir traversé les quelques dizaines de mètres de fougères et d’herbes éparses, la seule végétation de l’île, nous grimpons tout droit dans la pente jusqu’à un premier promontoire et moins d’une heure plus tard, nous sommes au pied du dôme sommital qui culmine à un peu plus de 200m d’altitude. De gros blocs, de véritables bombes volcaniques sont visibles un peu partout et sont là pour rappeler le danger de ce volcan qui reste actif, même si nous bénéficions d’une période d’accalmie. Une secousse s’est faîte sentir sous nos pieds, alors que des fumerolles s’échappent de la moindre fissure… Une pâte jaunâtre s’écoule lentement dans la pente, (du souffre ?), alors que quelques détonations et des jets de gaz sont de plus en plus inquiétants. Nous savons qu’un spéléo Anglais que je connaissais a été tué par une chute de pierres mois plus tôt et nous sommes de plus en plus prudents. En outre, le sol est chaud ; très chaud… ! Il suffit de s’arrêter quelques secondes pour que la semelle de nos baskets commence à se ramollir ! En posant la paume de la main par terre, nous constatons qu’il serait possible d’y faire cuire une omelette ou un bon steak… ! Nous ne sommes pas du tout équipés pour affronter de telles conditions et la prudence impose que nous en restions là !
 
Sur le chemin du retour vers la côte, je ne peux m’empêcher de penser à « l’île mystérieuse » de Tintin qui ressemble par bien des points à cet incroyable Anak Krakatau qui montre plus que jamais qu’il est bel et bien vivant et que l’histoire est un éternel recommencement. Le récent Tsunami qui a détruit Banda Aceh rappelle cruellement que les drames du passé peuvent se reproduire et que les populations doivent plus que jamais en tenir compte, d’autant plus qu’il est désormais possible de prévoir certaines catastrophes majeures.
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