Le majestueux volcan Merapi qui domine la ville indonésienne de Yogjakarta ne « dort » jamais vraiment. Il s’est « réveillé » au printemps 2006, faisant peser de gros risques aux populations environnantes. Quelques semaines plus tard, le 27 mai 2006, ce sont un tremblement de terre meurtrier suivi d’un tsunami dont l’épicentre se situe à quelques kilomètres des côtes qui ont ravagé la région en pleine nuit. Il a suffi de quelques secondes pour faire plusieurs milliers de victimes et des milliers de sans-abris. Si, pour les volcanologues, il s’agit d’épisodes parfaitement explicables, il en va tout autrement pour des populations qui ont encore des croyances hindouistes et animistes. Dans les villages, cette catastrophe a fait l’effet d’une véritable bombe car elle est perçue comme une véritable punition divine. Explications.

Le Merapi est un des volcans indonésiens les plus actifs. Depuis plusieurs siècles, ses éruptions ont été particulièrement nombreuses et très souvent meurtrières. Pour les vieux Javanais, c’est la demeure des esprits et le domaine des Dieux qu’il convient de vénérer. Tout comme à Bali avec le Gunung Agung, un culte hindouiste dédié au volcan s’est développé autour du Merapi et persiste actuellement en dépit du modernisme galopant dans le pays.
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Selon les croyances locales, l’océan Indien qui lui fait face est le repaire de « Ratu Kidul », la déesse des mers du Sud qui emporte les humains dans son royaume sous-marin. Les habitants de la région croient à l’existence d’une sorte « d’axe » Nord-Sud qui relierait le Merapi et l’océan en droite ligne en passant par le palais du Keraton. Le monument de Tugu a été érigé il y a plus de cent ans à Malioboro, l’endroit exact où le Sultan aurait rencontré Ratu Kidul, la Reine des mers du sud. De nos jours, ce lieu de rendez-vous, « Parang-Kusumo », le Keraton et le Merapi continuent à être le théâtre d’importantes cérémonies religieuses annuelles qui commémorent le pacte passé entre Ratu Kidul et le Merapi. Pour les vieux javanais, tant que l’accord serait respecté, aucune éruption et aucun tsunami ne détruira jamais le Keraton et Yogyakarta.

Cette croyance dans une protection divine est solidement ancrée chez dans les familles qui vivent autour du Merapi et les villageois sont peu disposés à laisser leurs maisons, même lorsque le volcan se mets à fumer ou entre en éruption. Chaque fois que le volcan tousse ou qu’il dégage des vapeurs toxiques, des religieux montent jusqu’au cratère pour exécuter une cérémonie qui devrait apaiser les dieux du volcan. Au printemps 2006, lorsque le Merapi a montré des signes d’activité, toutes les cérémonies, les offrandes, les prières journalières ont été consacrées au Merapi et aucune à la Reine des mers du Sud…

Le pacte qui garantissait aux habitants de la région une existence harmonieuse était brisé et ce qui s'est produit a eu l’effet d’une véritable bombe auprès des croyants. Ce n’est pas le Merapi, mais la Reine des mers du sud qui a été négligée et a réclamé des victimes. Cette fois-ci, ce n’était pas un Tsunami de l’ampleur de celui d’Aceh, mais un tremblement de terre de force 7-8 sur l’échelle de Richter dont l’épicentre était en mer, à quelques kilomètres à peine des côtes javanaises.
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Qu’on le croit ou pas, pour les Javanais ces signes sont des preuves irréfutables. Pour les croyants, ce sont des avertissements divins aux bureaucrates corrompus et aux jeunes fous qui sont en train de détruire la société indonésienne et ses nombreuses communautés. Naturellement, pour des esprits modernes et rationnels ce ne sont que des coïncidences.
En une vingtaine d’années, j’ai eu l’occasion de gravir ce volcan de près de 3000m d’altitude à trois reprises avec des amis. J’ai été très étonné de voir que la crète sommitale n’avait jamais la même configuration. Perché au sommet de cette montagne, on comprend mieux le monstre qui se cache dans ses entrailles. J’avais été très impressionné par cet abîme vertigineux où résonnait un vacarme abominable causé par des effondrements de parois, des jets de gaz et des détonations qui faisaient parfois trembler le sol sous nos pieds...(voir photo du cratère)
 
Je ne sais pas s’il y a du divin là-dessous, mais l’histoire nous rappelle qu’une éruption en l’an 1006 avait recouvert le temple de Borobudur (photo) de cendres et qu’il n’a été retrouvé fortuitement qu’en 1817. Plus récemment, en 1930, plusieurs milliers de personnes avaient encore péri dans une énième explosion de ce volcan dangereux.

L’histoire est un éternel recommencement et malheureusement, d’autres drames sont toujours possibles dans cette belle région du globe…
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