Le samedi 30 juin, les marseillais ont pu tester « gratos » le nouveau tramway, vous savez, cette chenille articulée qui roule sur des rails et dont la construction a transformé la circulation automobile dans la ville en un véritable cauchemar… Combien d’automobilistes sont devenus fous un petit matin en s’apercevant que les rues qu’ils empruntaient la veille étaient désormais en « sens interdit » et que cela pouvait changer d’un jour à l’autre ? Combien de commerçants ont vu la devanture de leur magasin disparaître derrière une palissade pendant des mois et les clients avec ? La mairie qui a réponse à tout affirme qu’il était impossible de faire autrement et que le nouveau tram va « booster » le commerce au centre ville. Peut-être bien que oui…
quatuorblog.jpgL’homme aime bien honnir un jour ce qu’il a adoré la veille et je me souviens que mon papy avait conduit pendant des années l’antique et pourtant très efficace tramway marseillais qui desservait quasiment tous les quartiers de la ville et faisait même le « tour de corniche »… Le trolleybus puis l’autobus jugé plus moderne et plus maniable avait remplacé peu à peu le tramway parce que celui-ci était un obstacle au déplacement des voitures particulières ! Faire et défaire… L’explosion du nombre de véhicules, les embouteillages et les effets d’une pollution qu’on ne peut plus nier font que 40 ans plus tard, le tramway est un mode de déplacement qui a le vent en poupe.

Cette mise en service a été faite à grands renforts de publicité, le tram étant même gratuit pendant 4 jours, le temps que les marseillais se l’approprient. Même si cette nouvelle « boite à roues » ne me fera pas ranger ma moto au garage, me voilà parti samedi après midi sur les traces de mon grand-père. Tiens… Il y avait longtemps que je n’avais pas pris le métro… Toujours aussi glauque, plein de papiers gras et de détritus un peu partout… Pas terrible l’image de la ville auprès des « tous tristes » qui cherchent le dépaysement.  Descendu à Noailles, je me dirige vers le premier arrêt que je vois. Un quatuor fait patienter les voyageurs visiblement pressés de découvrir ce nouveau jouet. Dès que les portes s’ouvrent, je suis littéralement poussé dans le dos et je me retrouve propulsé dans la rame qui est plus que pleine… Direction « Les Caillols ». L’ambiance n’est pas sans rappeler celles qui règnent dans les transports en commun de Jakarta ou de Bangkok, sauf qu’ici les gens sont moins souriants et que certains se montrent agressifs. Je ne sais pas si la chenille est climatisée mais j’ai l’impression d’avoir pris place dans un four. Autour de moi, je vois des visages rougeoyants et je me demande si personne ne va se trouver mal et s’effondrer lamentablement, d’autant plus qu’il est difficile de se cramponner quelque part. Nous sommes aussi comprimés que des anchois dans leur bocal et chaque fois que la rame prend une courbe, les airbags de la Dame qui me fait face viennent s’écraser contre moi. La promiscuité n’est pas  forcément une fiancée qui a trop bu !tramreformesblog.jpg
Il y a des râleurs… « Je préférais le 14 ! »… « Les sièges en bois sont trop durs ! » Cà, ce sont ceux qui ont réussi à s’asseoir… Et il y a cette petite fille… « Maman, regardes..!, il y a la voiture qu’on t’a volé hier… ! » « Mon dieu… ! C’est vrai ! Au voleur ! Vite, mon portable… Allo la poliiice… ! » Enfin de l’animation dans ce tortillard qui est contraint de stopper plusieurs fois en plein soleil… Une chose est sure, c’est qu’à ce rythme, nous ne sommes pas prêts d’atteindre le terminus de la ligne. Enfin, nous y sommes. Des acrobates en vélo profitent d’un tremplin pour s’envoyer en l’air et faire quelques loopings et autres figures toutes aussi spectaculaires. Un des adolescents particulièrement doué que je félicite me dit qu’il préfère le sport à l’école… Je ne sais pas pourquoi, mais je l’aurais deviné !
Après avoir fait quelques photos de l’animation, je me décide à retourner en ville. Il y a toujours du monde, mais moins qu’une heure plus tôt. Les passagers peuvent enfin avoir un minimum d’espace vital… Sauf un Monsieur qui se colle littéralement dans le dos d’une jeune fille. J’observe la scène en me demandant combien de temps cela va pouvoir durer avant qu’il se prenne une « torgnole » bien méritée. La suite est une histoire sans paroles… Peut-être a-t-il senti que je le regardais, cela m’arrive souvent… Toujours est-il qu’il finit par tourner la tête dans ma direction et que nos regards se croisent… Je n’ai rien dit, mais l’effet est immédiat. Il s’éloigne en se faufilant poliment entre les gens. Un pépé s’impatiente : « Putain que c’est long ! On aurait le temps de tuer un âne à coups de figues molles… ! » Il est vrai qu’un incident, (un accident ?) a eu lieu sur la ligne, qu’il y aurait eu des blessés lors d’un freinage d'urgence (le manque de poignées ?) et que cela occasionne du retard. Je commence à regretter ma moto et il ne me reste plus qu’à téléphoner pour dire que je serai un peu en retard, ce qu’il aurait été impossible de faire depuis le tunnel du métro !
Après une période de rodage, ce tramway sera certainement très bien et j’aurais bien aimé avoir l’avis éclairé de mon grand-père, ex wattman d’antan…
Dimanche matin, la presse relatait cette première journée d’exploitation du nouveau Tramway marseillais. 99 999 voyageurs le premier jour ! C’est surement vrai, c’est écrit dans le journal... !
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