« La Boudeuse », le trois-mâts de Patrice Franceschi est au mouillage dans le vieux-port de Marseille pour trois jours. Retour sur son incroyable périple et sur la première "Boudeuse", cette superbe jonque dont j'avais partagé une partie de l'aventure au printemps 2000 et qui a sombré au large de Malte en 2001 lors de son voyage vers la France.
boudeusemars04blog.jpg« La Boudeuse », le trois-mâts de Patrice Franceschi vient de terminer un tour du monde qui a duré 1063 jours au cours desquels son équipage est allé à la rencontre des « peuples de l’eau ». Cet incroyable voyage de trois ans commencé en juin 2004 a conduit le navire de 46m sur le fleuve Amazone jusqu’au pied de la cordillère des Andes où vivent les indiens Yuhup qui sont parmi les derniers nomades de l’Amazonie colombienne.

Quelques mois plus tard, « La Boudeuse » a entamé une longue traversée de l’océan Pacifique qui l’a conduit vers l’île Pâques, terre des derniers Rapa Nui. L’expédition a continué sa navigation vers la Polynésie Française où l’équipe a rencontré les Marquisiens de l’île Fatu Hiva avant de voguer à travers les atolls du Pacifique.
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Continuant son voyage vers l’ouest, « La Boudeuse » a rejoint la Mélanésie et la petite île Pentecôte au Vanuatu où le peuple Saa pratique encore le rite ancestral du « saut du gaul » qui consiste à sauter dans le vide, une liane attachée aux pieds depuis une tour de bois de 30m de hauteur. A la fin de l’année 2005, le trois-mâts a poursuivi sa route le long de la Papouasie et de l’Australie en direction des Célèbes et des îles de la Sonde en Indonésie. L’équipage s’est intéressé aux marins Bugis qui construisent encore d’antiques « Pinisis » avec lesquels ils cabotent dans l’archipel Indonésien. Dans le détroit de Komodo, l’équipe est allée à la rencontre des Badjaos, ces nomades des mers qui seraient originaires des Philippines.
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Quittant le sud-est asiatique, le navire a entamé une longue traversée de l’océan Indien pour gagner la péninsule arabique et le sultanat d’Oman, terre des « fils de Sindbab », descendants de marins et de caravaniers qui ont dominé longtemps le commerce arabe dans l’océan Indien. Après cette dernière expédition, il ne restait « plus » à « La Boudeuse » qu’à filer vers le Sud, franchir le cap de bonne espérance et de revenir en Corse via les îles du Cap Vert et les Canaries d’où était parti un certain Christophe Colomb. Le retour en France de ce magnifique bateau qui incarne la grande aventure va passionner les foules pour le plus grand plaisir de son Capitaine Patrice Franceschi qui sillonne le globe depuis plus de 30 ans. (Photos de Patrice Franceschi à la barre des deux boudeuses...)

Pourtant, comment de pas rappeler que « La Boudeuse » de Patrice Franceschi est la deuxième du nom ? La première était une magnifique jonque de haute-mer de 33m achetée et modernisée au Cambodge. Lancée en juin 1999, elle avait navigué pendant 14 mois dans les eaux du sud-est asiatique dans le cadre d’une grande expédition pluridisciplinaire, « L’esprit de Bougainville » qui avait donné lieu à six films diffusés par France 2. Malheureusement, cette belle aventure s’était mal terminée, la jonque ayant sombré au large de Malte sans faire de victimes en tentant de regagner la France après avoir franchi le canal de Suez…

boudeuse26blog.jpg Si j’en parle, c’est tout simplement parce que j’avais participé à l’expédition de cette première « Boudeuse » sur l’île de Bornéo au début de l’an 2000. Lors de cette aventure pleine de rebondissements à la saison des pluies, nous avions mené quelques explorations spéléologiques au cœur d’un massif calcaire qui donne naissance à une rivière que la jonque avait pu remonter sur plusieurs dizaines de kilomètres au milieu de la mangrove puis en jungle.
 
Depuis, j’ai eu l’occasion de retourner à plusieurs reprises sur les lieux et d’y faire de belles découvertes : http://perso.orange.fr/salangane/speleo.html
 
Lundi matin, j’ai rendu visite à Patrice Franceschi que je n’avais plus vu depuis longtemps et qui recevait Madame France Gamerre, présidente de « Génération Ecologie » et adjointe du Maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin aux affaires maritimes. La discussion a pris un ton philosophique lorsque Patrice Franceschi a expliqué que le fait de débarquer dans des coins reculés de la planète donnait un ton particulier à la rencontre des peuples et facilitait les contacts. boudeusebaaiblog.jpgIl a fait la différence entre des explorateurs qui arrivent quelque part avec de simples sacs à dos et une équipe qui descend d’un trois-mâts aussi imposant qui est la vitrine de notre civilisation. Cette vision des choses est bien réelle, mais personnellement je pense qu’il faut y mettre un bémol. Etant retourné sur la côte est de Bornéo depuis le passage de la première Boudeuse, j’ai constaté qu’elle avait marqué les esprits et pas dans le bon sens… ! Les étrangers descendus en nombre de ce grand bateau noir orné d’un dragon ont été perçus comme des « milliardaires » qui n’ont pas dépensé sur place autant d’argent qu’ils auraient du le faire…
 
Depuis, les prix demandés aux rares étrangers qui passent par là ont augmenté de manière totalement irréaliste… C’est un peu comme si ces marins avaient apporté avec eux la société de consommation et toutes ses dérives… Il parait que le progrès est en marche !
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