Pengadan, partie Indonésienne de l’île de Bornéo, début juillet 2007.DSC-7497SBLOG.jpg

Un vieil homme fait sa lessive sur l’un des nombreux pontons flottants qui oscillent à la surface de la rivière boueuse au gré des précipitations et des marées qui remontent à plus de 60km à l’intérieur des terres. En cette fin d’après midi, tous les villageois de kampungs font leur toilette dans cette eau jaunâtre qui n’inspire pas confiance. Malgré des conditions de vie difficiles, les gens sont remarquablement propres et le bain est un rituel journalier source de plaisirs.

Alors que le soleil décline sur l’horizon, le grand-père est à genoux, simplement vêtu de son sarong, cette pièce d’étoffe qui s’enroule autour de la taille et se porte le soir et dans les moments de repos. Soudain, une forme se propulse hors de l’eau, saisit le pauvre homme par la tête et l’entraine dans les eaux glauques de la sungai baai avant qu’il n’ait pu faire le moindre geste de défense. Les attaques de crocodiles sont heureusement assez rares car il y a bien peu de chances d’en réchapper. DSC-7438Sblog.jpg

Quelques jours plus tard, alors que la vie a repris son cours, des enfants s’amusent à sauter dans la rivière depuis un promontoire. Ils jouent avec des chambres à air de camions, transformées en bouées, en toute insouciance du danger sournois qui règne sous ces eaux. Une fois encore, le drame s’est joué en quelques secondes… Un frêle gamin de 10 ans qui nageait pour regagner la rive a été saisi au niveau du ventre par le monstre qui a fait plusieurs tours sur lui-même avant de disparaitre dans les flots rougis par le sang de la petite victime qui n’a pas eu le temps de comprendre ce qui lui arrivait.

La chasse au saurien mangeur d’hommes a été déclaré ce jour là et fin juillet, lorsque nous arrivons à Pengadan, il règne une ambiance toute particulière… les hommes du village ont capturé le « monstre » qui est toujours vivant et solidement attaché près du ponton où il a été débarqué. La foule se presse autour de l’animal qui se sentant menacé prend des allures de statue de pierre, guettant sans doute le moment propice pour tenter de s’échapper… la scène est étrange. Les enfants du village sont assis autour du « buaya » (le crocodile) qui a dévoré un de leurs amis… Tout le monde semble soulagé, mais ont-ils seulement capturé le tueur ? En remontant la rivière, nous avons eu la surprise d’en voir plusieurs, dont un véritablement énorme, digne du « Sangatta Monster » exposé au musée de la forêt à Tenggaron près de Samarinda. La presse locale relate régulièrement ce genre d’accidents et je me demande ce qui se passerait chez nous si des grands méchants loups mettaient subitement des petits chaperons rouges à leur menu… !

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Ce soir, tout le village mangera du « croco » car il faut toujours manger celui qui a « gouté » à la chair tendre de l’homme, une coutume qui doit découler des vieilles croyances animistes que l’islam tente de combattre à Bornéo. En attendant, je n’ai pas l’intention de « plomber » l’euphorie ambiante en disant que pas très loin d’ici, nous avons vu roder le fils, le cousin et le grand-père du prédateur qui finira en brochettes, alors que sa peau si recherchée ravira un maroquinier et chaussera peut-être quelques proxénètes…

En attendant, c’est sur que l’idée de servir d’apéricube à crocodile ne nous enchante guère et désormais nous éviterons la baignade dans les étendues d’eaux boueuses et profondes… !

Voilà une expédition qui démarrait sur les chapeaux de roues… !

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