Un voyage à Bornéo réserve toujours son lot de surprises. Cette fois encore nous avons du faire face à des situations inattendues et je vais essayer de vous en faire partager quelques unes au cours des prochaines semaines.
 
selectsky02blog.jpgPengadan, fin juillet 2007. Nous sommes installés dans un petit « hôtel » en planches assez sympathique qui nous servira de base arrière et de dépôt de matériel lorsque nous serons en jungle. La mosquée est à moins de cent mètres, ce qui est le gage d’un réveil matinal, toujours avant 5h, avant les premières lueurs du jour. La mousson se termine à peine, ce qui pose des problèmes sur le terrain. Les pistes sont boueuses et sous terre, la sungai baai est devenue un puissant torrent tumultueux. Sept ans plus tôt, nous avions pu remonter le cours d’eau en marchant sur les berges et en traversant de temps à autres de grands bassins à la nage. Plus loin, nous avions réussi à trouver un nouveau regard sur la rivière qui semblait se poursuivre encore vers l’amont, ce que semblent confirmer les survols en hélicoptère que j’ai eu la chance de pouvoir faire. Malheureusement, cette année le débit est tel qu’il serait suicidaire de tenter de lutter contre un courant aussi fort. Il ne nous reste plus qu’à explorer les galeries fossiles qui se développent au-dessus de ce véritable fleuve souterrain qui sort parfois de son lit et se répands dans les passages supérieurs. Les topographes s’en donnent à cœur joie et ramènent plusieurs kilomètres de relevés qui font progresser la connaissance du massif.
 
En surface, la progression en jungle est particulièrement « casse-gueule » et il est très difficile d'avancer à plus de 2km/h au risque de tomber sur des rochers particulièrement acérés et de se découper en rondelles. Nous passons plus de temps à galérer en forêt qu’à faire de la spéléo et nos explorations commencent à manquer d’efficacité. Il devient urgent de tenter de rejoindre l’amont par l’autre côté du massif et nous décidons de revenir à Pengadan pour nous organiser.

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Il y a sept ans, j’avais réussi à rejoindre « Kepayang », la perte de la sungai baai en empruntant une piste forestière carrossable en 4X4 jusqu’au terminus d’un chemin. En moins de trois heures de marche facile,  nous avions rejoint cette grotte qui recèle une des plus grandes salles connues à ce jour sur la planète, alors qu’en 1982, nous y étions arrivés après avoir marché près de trois jours, le plus souvent carrément dans la flotte jusqu’à la taille… Je pensais pouvoir circuler sur ces pistes, mais en sept ans beaucoup de choses ont changé. Les compagnies forestières ont quitté les lieux après avoir fait un véritable massacre dont les effets ont été encore accentués par de violents incendies de forêts qui curieusement précèdent la plantation de palmiers à huile. Toujours est-il que le paysage a profondément changé et que les pistes qui ne sont plus entretenues sont rapidement reprises par la végétation. C’est ainsi que nous apprenons que désormais, les 4X4 sont irrémédiablement stoppés au km 21 de l’ancienne piste, suite à l’effondrement d’un des énormes troncs qui soutenaient un pont. Au dessus d’un petit ravin. C’est la tuile, parce que cela va rajouter au moins 15km de marche en plein soleil et nous faire perdre beaucoup de temps inutilement.pontmot01.jpg 
Nous en sommes là lorsque une équipe de chasseurs de nids d’hirondelles nous apprend qu’il est encore possible de circuler sur la vieille piste avec de petites motos et ils se proposent de nous montrer des grottes qu’ils ont découvertes récemment dans leur quête permanente des précieux nids blancs dont les Chinois raffolent. C’est ainsi que deux jours plus tard, nous embarquons dans la benne d’un camion avec quatre porteurs et deux scooters de 125cc, ou plutôt ce qu’il en reste… Tout ce qui était en plastique et participait à l’habillage des engins a disparu et il ne reste plus que le strict nécessaire et de gros pneus à crampons qui permettent de rouler dans la caillasse… Le petit camion Mitsubishi ne parviendra pas jusqu’au pont écroulé et nous continuons à pieds « à vide », les deux motos faisant des navettes en transportant deux, voire trois sacs à dos à chaque voyage. Bientôt, nous arrivons à un « pondok », un abri sur pilotis qui a été construit à quelques mètres de l’effondrement. Effectivement, un des deux énormes troncs qui constituaient le squelette du pont s’est écroulé et il est impossible de réparer sans de gros moyens. Par chance, un gros tronc est toujours en place, tout juste assez large pour permettre le passage d’un engin à deux roues… Au-delà, nous sommes dans ce qui reste d’une jungle victime d’un véritable jeu de massacre. En vingt ans, les forestiers ont tout détruit et ce qui restait a été ravagé par de grands incendies. Vu du ciel, le spectacle est effarant. Les feux ont ravagé les zones cultivables, ils ont sauté des rivières et curieusement, ils se sont arrêtés contre le relief, là où aucune culture n’est envisageable. La végétation qui repousse n’a plus grand-chose à voir avec la forêt primaire d’antan. Des prairies d’herbes hautes s’étendent à perte de vue et des arbres calcinés témoignent de la violence ce qu’il s’est passé ici. En moto, on se rend compte que le terrain est loin d’être aussi facile que ce que l’on peut imaginer depuis un hélicoptère. Les broussailles envahissent tout et la piste commence à être avalée par des arbustes et des plantes rampantes.

 
A certains endroits, il ne reste plus que la trace laissée par les motos qui frayent leur chemin tant bien que mal au milieu des herbes hautes. Les sacs placés dans de grandes sacoches cavalières s’accrochent à chaque obstacle et à plusieurs reprises, la chute n’est pas loin. Les petits moteurs 4 temps pétaradent joyeusement mais rien ne semble pouvoir arrêter ces petites machines japonaises qui ne sont pourtant pas prévu pour cet usage. En quelques heures et 3 allers-retours, tout le matériel, les 7 spéléologues et les 4 porteurs arrivent à « Bak » un camp de chasse installé au bord de la rivière Semerep qui se perd sous terre dans une grotte magnifique. Nous l’avions découverte seuls en 1986 lors d’un raid mémorable, abandonnés par nos porteurs qui avaient refusé de nager pour traverser certains biefs profonds où nageaient il est vrai, de gros serpents nerveux et antipathiques, ainsi que des varans.bak02.jpg
Ce soir, nous ne serons pas seuls, la place étant d’ores et déjà occupée par une équipe de chasseurs qui ont piégé deux « Payau », des petites biches qu’ils ont tué avec une sagaie et qu’ils sont en train de découper consciencieusement, alors que dans une cage en osier, un corbeau qu’ils ont réussi à capturer s’évertue à appeler ses congénères au secours. A propos de chasse, je me souviens avoir accompagné un jour deux Dayaks partis relever leurs pièges. Un énorme « Babi », un sanglier de plus d’une centaine de kilos était pris par une patte et il avait chargé lorsqu'il nous avait vu...  Je m'étais demandé ce qu'ils allaient pouvoir faire et j'ai assisté ce jour là à une abominable boucherie, l’animal ayant été mis à mort à la machette... Une véritable vision d’horreur…
 
Après avoir installé nos hamacs-moustiquaires, nous pouvons contempler le coucher du soleil qui disparait derrière un massif calcaire où l’on devine des porches de belles dimensions que nous ne manquerons pas d’aller explorer les jours suivants…
 
A suivre…
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