Ce jour là, nous avons traversé l’espèce de savane caractéristique qui repousse après les incendies de forêts, trop souvent volontaires qui dévastent la jungle de Bornéo. Nous avons pu voir les falaises de calcaire blanc qui n’étaient qu’à deux kilomètres à vol d’oiseau. Une fois encore, nous avons pu constater que le feu n’avait pas atteint les zones difficiles d’accès et nous nous sommes enfoncés sous le couvert de grands arbres encore intacts. Moins d’une heure plus tard, nous sommes arrivés devant un petit porche qui crève le plafond d’une vaste galerie souterraine.

serpentblog.jpgLe temps de nous équiper et nous sommes partis en deux équipes pour explorer cette grotte baptisée « Sedepan Bou » par les ramasseurs de nids d’hirondelles du village de Merabu. Effectivement, elle valait le déplacement, notamment par la présence d’une faune cavernicole très importante qui fait le bonheur de la biologiste Josiane Lips. Comme d’habitude, des tonnes de guano chauve-souris rendent le terrain particulièrement glissant et il faut veiller à chaque instant à ne pas mettre la main sur une grosse araignée ou sur l’un de ces énormes scutigères réputés pour leur venin…
 
Tenir debout tient parfois du miracle et la descente de chaque talus glaiseux relève du patinage pas du tout artistique… « Putain, je vais me vautrer… ! » Je sens que mes talons glissent sur leurs appuis et je cherche une bonne prise salvatrice pendant qu’il en est encore temps… Ouf ! Voilà un joli mamelon à moins d’un mètre de ma main gauche. Je me laisse volontairement glisser dans sa direction et à l’instant même où j’allais m’en saisir, je vois un serpent particulièrement vivace sortir d’une anfractuosité de rocher ! Dans un dernier réflexe, j’ai retiré ma main et je « m’éclate » lamentablement dans la mare de boue qui semblait attendre ma chute. Médusé, je regarde le reptile disparaître sous des blocs.
 
Il m’a fait peur, « ce con » !
 
batblog.jpgPlus loin, nous trouvons une sortie au creux d’un ravin, quelque part dans la jungle. Un chasseur qui bivouaquait seul dans ce coin perdu nous indique qu’il y a un autre trou à une demi heure de marche et qu’il veut bien nous y emmener…Une fois encore, nous grimpons au sommet d’un piton en nous disant qu’il y a bien peu de chances de trouver un truc important là haut. Surprise ! Il y a bien une grotte mais le plus étonnant c’est qu’elle semble vouloir descendre aussi raide que ce que nous sommes montés. Un violent courant d’air provient d’un couloir en forte pente et nous nous y engageons avant de comprendre que ce « vent » est causé par les battements d’ailes d’une colonie de plusieurs milliers de chauves-souris affolées. Comme si leurs sonars ne fonctionnaient plus, elles nous percutent dans leur fuite, une scène qui n’est pas sans rappeler certains films d’épouvante à deux balles ! 

Encore un instant fugitif…
 
rayonblog.jpgL’heure tourne et si nous voulons profiter des dernières heures de jour pour sortir de la jungle, il est temps de rebrousser chemin au plus vite. L’autre équipe doit nous attendre à Sedepan Bou et nous pressons le pas « lentement » car ce serait contre-productif d’avoir un accident dans un tel endroit. 

« Vision » prémonitoire... ?
 

L’arrivée dans la grande salle d’entrée est un instant magique… Un rayon de soleil sans doute tamisé par un nuage passe à travers le petit porche comme s’il s’agissait du chat d’une aiguille. Cette lumière dansante, presque vivante semble poursuivre Filou qui ne doit pas se rendre compte de la majesté de l’instant. Ce qui est certain, c’est que ce « spot » est un don du ciel et qu’il peut s’éteindre d’un instant à l’autre… je me précipite sur mon appareil photo… Monter la sensibilité, quitte à avoir du « bruit »…, trouver un appui, arrêter de respirer… et surtout faire vite !

« Clap » de fin ! Le « Monsieur » d'en haut a du en avoir marre et la caverne se retrouve plongée dans l’obscurité… 

De cet instant fugace, il ne me restera
que le souvenir…

Et six photos toutes différentes !

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