Samedi 3 Novembre 2007 dans la soirée, France 3 a diffusé un téléfilm « l’inconnue de la départementale » qui était bâti à partir d’une énième histoire de « Dame blanche » qui apparait dans les phares d’une voiture au détour d’un virage… La suite est bien connue, à quelques variantes près et on retrouve ce récit un peu partout, sans que l’on sache de quoi il retourne vraiment.

Je n’avais jamais accordé trop de crédit à ce genre d’élucubrations jusqu’à ce jour du printemps 1996 où j’ai eu l’occasion d’entendre à peu près la même chose sur l’île de Seram aux Moluques. A Jakarta, j’avais participé à un colloque sur la protection du karst et c’est ainsi que je m’étais retrouvé invité à participer à cette mission de reconnaissance à l’Est de l’archipel Indonésien en qualité de spécialiste de la spéléologie. Nous avions rejoint Ambon à bord d’un Boeing spécialement affrété pour la circonstance par un ministère Indonésien et qui avait transporté tout un aréopage de personnalités « importantes » qui ressemblaient furieusement à certains « parasites » que nous connaissons bien chez nous…
 
Avec mes trois amis spéléos de Bogor à Java, nous bénéficions de conditions auxquelles nous ne sommes pas habitués. A Ambon nous sommes logés dans un grand hôtel et nous rejoignons Seram à bord d’un navire d’exploration appartenant au LIPI, l’institut des sciences Indonésien… Pendant plusieurs jours, nous participons à des plongées de reconnaissance depuis ce bateau parfaitement équipé à cet effet et à terre, nous disposons librement d’un 4X4 et d’un bus de l’armée. Sur la côte, nous établissons le relevé topographique d’une jolie grotte, Gua Akohi que les Indonésiens voudraient aménager pour le tourisme. Le potentiel karstique de cette île semble très important mais l’intérieur des terres reste méconnu et les pêcheurs qui vivent sur les côtes semblent avoir peur de s’y aventurer… Selon un ethnologue du LIPI, il y aurait régulièrement des enlèvements et le cannibalisme subsisterait encore dans des zones reculées de Seram ! Je n’y crois pas trop, mais c’est pourtant la justification officielle de l’escorte militaire au demeurant très sympathique qui nous accompagne partout… !
 
Un soir, alors que le minibus roule sur la piste, un des soldats nous raconte une bien curieuse histoire… Une nuit, ils roulaient sous la pluie, lorsque les phares ont éclairé une femme tout de blanc vêtue qui leur a fait signe… le bus s’est arrêté à sa hauteur, elle est montée sans rien dire et elle s’est assise à côté d’un des militaires sans même le regarder… les passagers ont essayé de lui parler, mais elle n’a pas répondu, comme si elle était perdue dans ses pensées…Soudain, elle aurait poussé un cri avant de littéralement se volatiliser à l’entrée d’un virage dangereux. Les soldats interloqués l’auraient cherché un bon moment sous la pluie battante avant d’admettre qu’elle avait réellement disparu… ! Le plus étonnant, c’est qu’ils auraient appris le lendemain qu’une femme avait été victime d’un accident mortel quelques années plus tôt dans ce même virage… 

A quelques milliers de kilomètres de distance de la France, ils venaient tout simplement de me raconter une version locale de l’histoire de la Dame Blanche… !
 
Au cours de cette expédition, nous avons été régulièrement confrontés au mysticisme et aux croyances animistes qui sont encore très vivaces dans cette région d’Indonésie. Il était inutile de tenter d’apporter la controverse et au contraire, je me suis intéressé aux mythes et aux légendes qui circulent encore dans l'archipel des Moluques.
 
Au terme de cette expédition, nous sommes invités à participer à une soirée organisée par des notables locaux. Les Moluques sont une ancienne colonie Hollandaise et j’ai la surprise de voir qu’on y pratique encore les danses de salon… Un Maître de ballet, chapeau melon sur la tête, vêtu d’une veste à queue de pie donne le rythme en tambourinant sur le sol avec un bâton… Les ordres sont donnés en Français… « Cavalier Monsieur… ! », « Rondade Madame… ! ». Ici on danse la Valse, la Polka et même le Menuet… C’est assez surréaliste de voir ces Indonésiennes en robe du soir danser avec des Messieurs habillés de costumes en Batik. La secrétaire du préfet me fait la causette et j’ai droit à une avalanche de compliments pour mon Indonésien et il faudrait vraiment que je sois dans un état comateux pour ne pas me rendre compte qu’il n’y a pas que de la politesse dans son attitude…
 
Pendant ce temps, il y a eu un petit incident. Un homme très bien habillé mais apparemment saoul a fait un esclandre et il a été évacué des lieux dans le calme par le service d’ordre de la soirée. Plus tard, j’étais encore en train de discuter avec la charmante Indonésienne lorsqu’il est revenu. Sans trop y prêter attention, je l’ai vu traverser la piste de danse en titubant, une canette de bière à la main et soudain, je l’ai vu prendre son élan et me fondre littéralement dessus ! Pan ! Voilà que ce brave homme m’assène un coup de bouteille sur la tronche, ou plutôt qu’il a essayé… Dans un réflexe de défense, j’ai réussi à saisir son poignet avant qu’il ne me défonce le crâne et dans la fraction de seconde qui a suivi, Je l’ai littéralement décalqué dans le plancher d’un « Ippon Seoi Nage » que j’avais rarement réussi à « rentrer » de manière aussi explosive…!
 
Mon petit coup d’éclat a jeté un « froid » et les musiciens ont arrêté de jouer de leurs instruments. Mon agresseur n’était rien de moins qu’un député et je me demande un instant comment mon geste sera considéré par les policiers qui se précipitent dans la salle. Très bien en fait, d’autant plus que les témoins sont nombreux et que j’ai même droit à des excuses... « Il est musulman, il n’a pas l’habitude de boire et il n’a pas supporté l’alcool… ». Après la version « officielle », voilà enfin la « vraie » vérité… Mon assaillant alcoolisé n’a pas supporté de voir que la jeune femme sur laquelle il comptait exercer don droit de cuissage s’intéressait à ma modeste personne et il a « pété les plombs ». 

Sans commentaires... Ou plutôt si...!
 
C’était le genre de type que j’aurais volontiers relâché en pleine nuit du côté du virage de la Dame Blanche...! (version «soft»)
 
A moins, que ce ne soit sur le territoire de ces fameux cannibales... ! (version « gore »)
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