Bornéo, été 2007. Nous avons suivi une équipe de chasseurs de nids d’hirondelles de Pengadan qui nous ont proposé de nous montrer les dernières grottes dans lesquelles ils travaillent. En véritables pillards, ils raflent en quelques mois tout ce qui peut l’être, mettant en péril la reproduction des salanganes qui délaissent les lieux et trouvent refuge ailleurs, toujours plus loin dans la jungle.
 
Si ce ne sont pas à proprement parler des spéléologues, ils font preuve d’une audace incroyable, n’hésitant pas à s’aventurer très loin sous terre. Ils sont capables de descendre des puits imposants à l’aide d’échelles en bambous et les seuls obstacles qui les arrêtent vraiment sont les rivières souterraines car ce sont de piètres nageurs et qu’ils ne sont pas équipés pour affronter de telles difficultés. C’est ainsi que nous les avons suivi jusqu’à leur campement installé dans le porche d’une caverne ouverte en pleine paroi. A partir de ce bivouac confortable qui offre une vue imprenable sur la jungle, nous avons entrepris l’exploration systématique de cet incroyable gruyère et les découvertes se sont enchaînées.
tarzoonblog.jpg Ce jour là, nous sommes entrés sous terre par un petit trou moussu niché en pied de falaise. Sur le chemin, nous avons aperçu une forme noire qui s’est enfuie dans la forêt. Comme Bornéo n’est pas réputé pour son yéti et qu’il y a peu de chances qu’il s’agisse d’un curé en soutane, nous pouvons penser raisonnablement qu’il s’agissait d’un gibbon de belle taille. Après avoir parcouru quelques dizaines de mètres dans une petite galerie, nous avons eu la surprise de déboucher dans un grand canyon dont les voutes sont parfois percées par des gouffres qui laissent passer des rayons de lumière venus de l’extérieur. Enfin, nous avons découvert un passage qui semblait s’enfoncer dans le massif mais quelques centaines de mètres plus loin nous avons abouti dans un grand porche qui domine la jungle environnante.
 
« Prends le point GPS ! » a dit Bernard. C’est vite dit, mais l’opération est encore loin d’être instantanée. L’appareil cherche les satellites, ce qui sous cette latitude prend souvent un certain temps. En attendant, Filou, le singe de l’équipe se balance, accroché à une liane qui pend dans le grand surplomb qui nous domine… Au bout d’un quart d’heure, l’appareil livre enfin ses mesures et après avoir bu un coup, nous repartons dans la grotte où nous avons délaissé certaines possibilités de continuation. Cette fois-ci, nous tombons dans un véritable cloaque et nous pataugeons dans de la boue liquide qui s’insinue partout. Un violent courant d’air nous intrigue et comme cela était prévisible, nous finissons par déboucher une fois encore à l’air libre après avoir été percutés par de nombreuses chauves-souris affolées.
 
gpsblog.jpgBernard en remets une couche : « Penses au point GPS ! » « Bien chef, oui Chef… » J’aime pas les chefs ! Surprise… Ce coup-ci, allez savoir pourquoi? Il ne me faut que quelques secondes pour obtenir un point avec une excellente précision… Bernard râle ! « Tu me donnes le même que tout à l’heure ! » Deuxième mesure, identique à la précédente. Il y a peut-être un bug… Encore un coup des « amerloques » ? En tous cas,  il est temps de retourner au camp si on veut être rentrés avant la nuit.
 
Quelques jours plus tard, le relevé topographique éclaircira le mystère du GPS en folie… L’autre galerie que nous avons explorée faisait une boucle et la deuxième sortie était « pile » à l’aplomb de la première… Les américains n’y étaient donc pour rien et les coordonnées en latitude et longitude étaient bel et bien les mêmes ! Si notre Tarzan en herbe avait osé grimper jusqu’au sommet de sa liane, Il aurait pris pied 20m plus haut dans cet autre porche qui était invisible depuis le bas…
 
Il se murmure même que depuis, il serait parti en stage intensif au pavillon des singes d’un grand zoo et que la prochaine fois, il sera un véritable «Tarzoon » !
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