A l’heure ou un petit mec immigré du pays des hongres tente de faire entrer dans l’esprit des Français qu’il faudra désormais travailler plus pour gagner plus, ou chacun tente de défendre ses avantages acquis, rendons hommage aux « malheureux » qui font l’image, dans des conditions souvent très difficiles…  (Sourires…)

Loin de la politique, des « télés-réalités », des « talk show » et autres « peep show », l’écologie et les documentaires tournés en pleine nature ont le vent en poupe. Les spectateurs s’émerveillent, sans doute un peu trop tard devant les beautés de la nature en péril. Nicolas Hulot est passé par là, suivi par quelques émules qui s’efforcent de dépasser le Maître.
 
L’image déplorable laissée par les illuminés de « l’arche de Zoé » risque de faire beaucoup de dégâts chez les humanitaires. Les donateurs ont encore en mémoire les excès qui ont été mis en exergue après le tsunami de Banda Aceh. Cette histoire « d’enlèvement d’enfants » est peut-être la goutte d’eau qui fait déborder le tonneau des Danaïdes... les guerres et la misère humaine ne font plus recette. Place aux sujets « légers » qui font la joie de ces magazines « people » qui font la fortune de certains groupes de presse et des paparazzis. Brassens chantait que « dès qu’on est plus de quatre, on est une bande de « cons » »… Je partage son avis… « Bandes à part, sacrebleu, c’est ma règle et j’y tiens… ». Quelle horreur que ces hordes de journalistes, de photographes et de cameramen qui se bousculent pour avoir la même image à peu de choses près de ce qui est trop souvent un non événement.

filmingblog01.jpg Il est bien plus palpitant de tenter de ramener des reportages de qualité de l’autre bout du monde, quels que soient les risques et les conditions météos. Cela demande d’autres qualités, d’autres spécialités, une grande résistance physique et la capacité de s’adapter à un environnement hostile. Malheureusement, l’indépendance totale a un prix que bien peu sont en mesure de payer et c’est ainsi que le petit monde des producteurs entre dans l’aventure et tente d’imposer sa manière parfois délirante d’envisager des choses auxquelles il ne connait strictement rien. La paperasserie et les entourloupes de dernière minute sont un passage obligé avant n’importe quel tournage et il n’est pas rare de voir le départ effectif décalé à plusieurs reprises, sans tenir compte de la météorologie locale.
 
filmingblog02.jpgAu mois de septembre 2006, j’étais à Bornéo avec l’équipe de l’émission de France 5 « Carnets d’expédition » animée par Francis Le Guen. A l’origine, nous devions être sur place avant l’été, mais de retard en retard, nous avons fini par avoir le feu vert au début de la saison des pluies. Parti plus tôt pour préparer les opérations, j’ai failli m’arracher les cheveux et je me suis même demandé si je réussirais à être exact au rendez-vous fixé à Berau… Pistes boueuses, rivières en crue, moustiques, bourbiers dans la jungle, beaucoup d’eau sous terre, autant de problèmes dont nous nous serions bien passés…
 
Luc Marescot, le réalisateur a une idée précise des séquences qu’il veut tourner. Il est perfectionniste et tout doit être fait pour lui offrir ce qu’il demande. C’est parfois plus facile à dire qu’à faire…Ce jour-là, nous sommes en pirogues, plus d’une dizaine et il voudrait qu’elles naviguent de concert, ce qui est rendu difficile par le franchissement de certains rapides. Avec Jean Baptiste Benoît, son ingénieur du son, ils forment un duo efficace qui vient à bout de toutes les difficultés. Dans la soirée, les images sont dans la boite et nous sommes à l’abri chez le chef du village de Merapun. Un magnétophone a pris un bain inopportun et il sera totalement démonté, chaque pièce étant séchée l’une après l’autre avant de retrouver sa place…
 
filmingblog03.jpgLe lendemain, nous avons rejoint un bivouac sous un porche au pied d’une paroi rocheuse. En chemin, Luc a voulu filmer le déplacement de notre colonne de plus de quarante personnes en n’hésitant pas à déployer une « girafe » qui permet de réaliser des plans très fluides… Une réussite. Une grotte décorée de magnifiques peintures rupestres venait d’être découverte en pleine falaise et il ne fallait pas manquer d’y grimper et d’en ramener des images inédites en évitant la chute. Sans qu’aucun membre de l’équipe ne s’en rende compte, la « girafe », encore elle, a failli créer un incident… Les porteurs qui l’ont trimballée jusque là haut se demandent pourquoi les « orang bule », (les blancs en argot indonésien) transportent un canon avec eux… ! Après avoir vu à quoi servait ce trépied géant, ils sont rassurés et ils rient volontiers de leur méprise...
 
De retour au campement nous dégustons l’excellent repas préparé par un cuistot Balinais qui a été embauché par le régisseur pour la durée du tournage. Un frigo a même été transporté jusqu’ici et la bière est fraîche… Demain sera un autre jour ou plutôt une autre nuit avec un nouveau challenge, celui de ramener des images des cavernicoles qui grouillent dans les grottes des alentours…
 
De quoi tourner une nouvelle page des « carnets de la vie dure »…
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