N’étant pas en France cet été, une info m’avait échappée… L’ourse Slovène Franska qui avait été relâchée dans les Pyrénées a perdu la vie dans un tragique accident de la route. Je n’ai aucune information sur les circonstances exactes de ce drame qui a du réjouir les opposants à la réintroduction de la faune sauvage sur le territoire national. C’est étonnant comme le hasard fait parfois bien les choses !

Qui ne connait pas a légende de « l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours » ? Elle est bien connue dans nos contrées peuplées de courageux chasseurs qui n’oublient pas de « flinguer » un de leurs congénères quelquefois par an, quand ce n’est pas un ramasseur de champignons ou un modeste randonneur qui a commis la terrible erreur d’aller se promener dans la nature un mercredi après midi avec ses enfants… Si le méchant loup avait « bouffé » Mère-grand parce qu’il avait une petite faim, l’ourse Cannelle a été victime du tir d’un des participants à une battue au sanglier qui aurait eu peur du gros animal qui s’enfuyait, apeuré par les chiens et sans doute terrorisé par les coups de feu qui résonnaient dans la montagne… Lorsqu’un gros nounours est tué par une voiture, cela arrange tout le monde… Une cartouche est économisée et un simple constat à l’amiable suffit alors que dans l’affaire de Cannelle il y avait eu un procès médiatique et une reconstitution couteuse de l’accident sur les lieux mêmes du drame !
 
ours02blog.jpgDans nos contrées, les grosses bébêtes sauvages ne sont plus les bienvenues, même si elles étaient là avant nous. Par contre, ce sont les mêmes qui s’offusquent et crient au scandale lorsque des Africains chassent le lion qui s’approche trop près d’un village ou font fuir les éléphants qui dévastent des plantations… « Faites ce que je dis, mais ne faites surtout pas ce que je fais… ». Dans le même temps, nos « cons » citoyens tolèrent de gros chiens qui deviennent de véritables armes, même si de temps à autre ils grignotent une mémé qui passait par là ou arrachent la tête d’un petit enfant bien tendre et appétissant.
 
Comme je n’aime pas faire les choses par personne interposée, j’ai déjà vu des ours dans leur habitat naturel, notamment dans le parc national du Yosemite en Californie. Quelle différence de culture... Il y a des ours partout et c’est l’homme qui fait l’effort de s’adapter à eux. Il n’est pas rare de les voir roder autour des voitures garées sur les parkings en quête d’un truc à se mettre sous la dent et ils n’hésitent pas à ouvrir n’importe quel véhicule à leur manière plutôt expéditive si par hasard une odeur alléchante s’en dégage. La nuit, ils visitent les campings et gare aux tentes des malheureux qui ont oublié de placer tout ce qui est comestible dans les coffres métalliques mis à la disposition des campeurs. Les rangers qui sont présents partout expliquent volontiers qu’à la différence des grizzlys, les ours bruns ne sont pas agressifs s’ils ne se sentent pas menacés.  Et c’est ainsi qu’au cours d’une randonnée en montagne, je suis tombé nez à nez avec un ours qui traversait un torrent à gué au seul endroit franchissable… Instant d’inquiétude ! Je me suis serré contre un arbre et l’animal m’a regardé, pas inquiet du tout avant de continuer son chemin en éclaireur. Nous l’avons suivi à distance et nous l’avons vu déboucher un peu plus loin sur un belvédère ou se bousculaient une nuée de touristes transpirants et à bout de souffle. Sans le vouloir, le débonnaire plantigrade a provoqué une débandade mémorable et parfaitement cocasse. Les fuyards terrorisés ont abandonné sur place les sandwiches et autres amuse-gueules qu’ils étaient en train de dévorer comme s’ils n’avaient plus mangé depuis six mois. Le brave ours sans doute rompu à cet exercice n’avait plus qu’à se délecter de ces mets certainement très mauvais pour lui sur un plan purement diététique… !
 
ours01blog.jpgA Bornéo, il y a aussi des ours. Une espèce au faciès antipathique capable de grimper au sommet d’un arbre pour aller chercher du miel, ou encore de s’aventurer assez loin sous terre. C’est ainsi qu’un jour, nous avions exploré une splendide rivière souterraine avant de trouver un passage supérieur qui nous avait conduit dans de superbes galeries sèches… Comme c’est souvent le cas, nous avions fini par déboucher dans un vaste porche masqué par de la végétation. Nous avions continué dans un conduit de plus petite taille jusqu’au moment ou le copain avait commencé à s’inquiéter… « Tu ne sens rien ? » Avec ma cloison nasale déviée, je n’ai jamais eu beaucoup d’odorat et rien de spécial n’avait attiré mon attention. « Cà sent le fauve ! ». Vu l’assurance de mon pote, je commence à me tordre le tarin dans tous les sens… Il y a bien une odeur forte qui se mélange à celle du guano… Bientôt nous arrivons dans un cul de sac et nous comprenons immédiatement où nous avons mis les pieds. Il y a des bauges d’ours partout et de profondes griffures à hauteur d’homme sont bien visibles sur les parois… En France, il s’agirait d’une découverte paléontologique mais ici nous sommes en présence de traces tout ce qu’il y a de plus contemporaines ! Un coup d’œil à la montre nous rappelle que la nuit ne va pas tarder à tomber et que la famille de nounours à collier s’apprête peut-être à rentrer au bercail. Le proprio des lieux risque de ne pas apprécier les intrus que nous sommes et il est grand temps de filer au plus vite. Notre bivouac étant installé dans l’autre entrée de la caverne, nous n’avons pas le souci de risquer de nous perdre de nuit en pleine jungle et de retour dans le grand porche, j’en profite pour déplier mon trépied photo et faire quelques images. Soudain, nous entendons des craquements de branches et des grognements… Sanglier ? Félin ? Que nenni, il s’agit bel et bien d’un de ces petits ours que je n’avais jamais vu ailleurs que dans un zoo… Il était temps de déguerpir !
 
bivouacblog.jpgCourageux mais pas téméraires nous avons observé l’animal de loin, prêts à détaler au plus vite dans la rivière souterraine ! Au campement, les discussions étaient allées bon train… Que faire en cas de mauvaise rencontre avec un ours ? Il y avait les partisans de « faire le mort » et Arnoult qui s’imaginait en plein corps à corps avec l’animal… « Avec un sac sur le dos, il ne peut pas te planter ses griffes dans le dos ! »… Une théorie tout aussi crédible que celle de la marmotte qui emballe le chocolat dans du papier en aluminium…
 
Quoi que nous l’ayons déjà vu tenter d’attraper un crocodile en le tirant par la queue !
 
La morale de cette épouvantable histoire d’ours des Pyrénées se résume en un conseil totalement immoral… Si vous voulez vous débarrasser de votre pire ennemi en ne risquant qu’une condamnation à une modeste peine, oubliez la violence et les armes… Comme vous n’êtes pas des sauvages, écrasez le plutôt à la sortie de son bureau !
 
Et si vous vous débrouillez bien, vous pourrez peut-être même faire condamner sa veuve à prendre en charge la réparation de votre gros 4x4 qui ne pollue pas plus qu’un monospace!
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