Si le titre commence comme celui d’une vieille chanson paillarde, Henri-Marie Mottin, le Curé de la paroisse St Giniez à Marseille n’a rien à voir avec son légendaire homologue de Camaret. Moins célèbre et moins volubile que Don Camillo, il mériterait pourtant d’être tout aussi connu, tant son parcours est exceptionnel.

Quand je l’ai rencontré pour la première fois, c’était dans les années 1970. Nous étions lycéens dans le même établissement des quartiers Sud de Marseille et c’est la spéléologie qui nous avait rapprochés. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’à notre manière, nous avons fait les 400 coups, animés par un esprit tourné vers l’aventure et la découverte. Pendant plusieurs années, nous nous retrouvions le jeudi soir pour préparer notre escapade du week-end au fond de gouffres de plus en plus difficiles et souvent très loin de Marseille. Très souvent, Nos expéditions dominicales se terminaient souvent très tard dans la nuit de dimanche à lundi alors même que nous avions cours quelques heures plus tard. Parfois, les profs nous trouvaient une mine bizarre et ils se demandaient pourquoi nous avions l’air si fatigués après deux jours de repos… Vu que nous étions très loin d’avoir de mauvaises notes et que nous n’étions pas vraiment des élèves « à problèmes », ils n’avaient pas cherché à en savoir plus… Avec du recul, il vaut peut-être mieux qu’ils n’aient jamais rien su de nos explorations !

 

Henri préparait un baccalauréat de série « E », une section réputée très difficile et qui demandait beaucoup de boulot à des élèves doués pour les mathématiques et la technique. Il était armé pour mener parfaitement des études exigeantes et à cette époque là, même si sa mère donnait des cours de catéchisme, nous étions loin d’imaginer qu’il deviendrait prêtre quelques années plus tard… C’était le « sage » du groupe, le moralisateur toujours là pour empêcher les plus farfelus de faire des bêtises. Certes, il n’aimait pas le côté anticlérical primaire de certains mais il n’avait jamais fait de prosélytisme pour la religion catholique.
 
Au cours de l’été 1980, nous sommes partis en expédition spéléologique en Autriche. L’exploration d’un gouffre que nous avons baptisé « Batman-Hohle » a dépassé tous nos rêves les plus fous et en 1983, nous avons atteint la côte extraordinaire pour l’époque de -1219m, ce qui faisait de notre découverte le cinquième gouffre du monde ! Henri était infatigable et sa taille de près de deux mètres lui permettait d’aller planter des chevilles à expansion (des « spits ») à des endroits totalement inaccessibles pour les « nains » que nous étions. Le gouffre étant très exposé aux crues subites, il fallait « soigner » les équipements, en sachant que les orages se répercutaient très vite sous terre. A plus de 900m de profondeur, après avoir descendu un éboulis, nous étions arrivés devant une petite vasque d’eau de trois mètres de longueur à peine qui semblait infranchissable sans un bon bain dans de la flotte à une température voisine de 0°C... Comment la traverser à pieds secs ? Equiper une vire sur de spits… ? Trop long et fastidieux… alors, que faire ? Et c’est là que j’avais eu une idée… « On va faire comme Jésus, on va marcher sur l’eau… ! » Regards interloqués… « On va faire comme lui, on va marcher sur les blocs de pierre qu’on va jeter dans le bassin… ! » « Il ne faut pas dire des choses comme çà… » Peut-être bien, mais l’idée était bonne… Pendant près d’une heure, nous avons jeté des parpaings dans la vasque qui devait faire 1M50 de profondeur jusqu’à quasiment la remplir !
 
Je venais d’expliquer un miracle mais le futur prêtre n’avait pas eu l’air d’apprécier la plaisanterie. Cela aurait pu me mettre la puce à l’oreille…
 
Après ce Baccalauréat réussi brillamment, l’homme qui se levait toujours « de bon mottin » est entré à l’école nationale de la marine marchande d’où il est sorti avec un diplôme d’officier mécanicien. Dans sa longue marche qui l’a emmené à entrer au séminaire et à devenir Curé, Henri-Marie Mottin a exercé plusieurs métiers. Il a navigué sur des cargos, vendu des légumes sur des marchés, autant d’expériences professionnelles qui lui auront permis de mieux comprendre la nature humaine. Pendant quelques années, je l’ai moins vu, sans pour autant qu’il disparaisse totalement. J’ai su qu’il avait passé du temps à Rome, qu’il a transité par Jérusalem et la Jordanie et qu’il était souvent auprès de sa famille du côté de Lyon. Puis il est revenu à Marseille, « Père » dans un premier temps, avant d’être nommé Curé de la paroisse Saint Giniez.
 
prierehenri.jpgMalgré les responsabilités qui sont les siennes, l’intérêt pour la spéléologie ne l’a jamais quitté. Il aime toujours autant aller sous terre, entrainant parfois avec lui quelques jeunes de sa paroisse et j’ai toujours plaisir à l’accompagner lorsqu’il me le demande. Il m’a avoué un jour en souriant que l’archevêque voyait d’un mauvais œil ce genre d’aventures et qu’il "péchait par omission" en ne l’avertissant pas de ses explorations organisées ses jours de repos. Si 23 ans séparent les deux photos côte à côte, Henri n’a pas perdu son sourire. Ce jour là, nous sommes redescendus au fond du magnifique aven de « la solitude » que nous avions parcouru tant de fois par le passé… Mais cette fois là, il y avait quelque chose de nouveau. Arrivés au fond, Henri a sorti son bréviaire et il a prié pour le malheureux J.P.Claustre qui avait fait une chute mortelle dans le dernier puits à l’époque de la découverte du gouffre.
 
Par cet acte simple, il venait de donner une dimension spirituelle à notre exploration, une occasion de penser à ceux qui sont malades ou nous ont quittés.
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