Dans son numéro du 27 février 2008, « Marseille l’Hebdo » inquiète ses lecteurs avec un pavé accrocheur à la une : « Cassis. Quand le cap Canaille s’effondrera !».
 
Inquiets pour leurs voisins et amis Cassidains, les lecteurs Marseillais ont dévoré un article de Philippe Faner qui résonne comme le scénario d’un magnifique film « catastrophe ». « Des scientifiques ont pu établir qu’un grand éboulement rocheux s’était produit, par le passé, sur le site du cap Canaille à Cassis, provoquant sans doute un tsunami. Un autre épisode de ce type n’est pas à exclure. ».
 
undefined
 
Les scientifiques du Cerege* sont bien gentils mais il n’est pas nécessaire d’avoir fait des études très poussées pour comprendre qu’il y a très certainement eu de grands éboulements dans l’histoire de la falaise et qu’il y en aura vraisemblablement d’autres. La complexité géologique de ces falaises Soubeyrannes explique l’instabilité du lieu. Le site se caractérise par une alternance de strates de grès, de poudingues et de calcaires, autant de roches très sensibles à l’érosion. Si c’est loin d’être très conseillé, il suffit de s’être aventuré dans ces parois pour se rendre compte qu’elles ne sont qu’un gigantesque château de cartes qui ne demande qu’à s’écrouler dans la mer…
 
La « route des crêtes » qui relie Cassis à La Ciotat par un itinéraire magnifique a très longtemps joui d’une très mauvaise réputation. Elle n’était empruntée que par des brigands qui venaient se débarrasser de voitures volées en les précipitant depuis les belvédères. Le lieu était idéal pour l’organisation de règlements de comptes sanglants et il était très prisé par des « suicidés » qui avaient pris soin de se tirer plusieurs balles de gros calibre dans le dos avant de faire le grand saut… !
 
Depuis les calanques toutes proches, les grimpeurs étaient en admiration devant ce « Cap Canaille » aux parois réputées très dangereuses et infranchissables. En y regardant de plus près, on se rend compte que les falaises ne sont pas aussi inaccessibles qu’on voulait le laisser croire et même qu’il subsiste au départ du sémaphore les vestiges de ce que l’on appelle encore le « passage à Philémon ». Cette corniche scabreuse avait été aménagée sommairement par Philémon Sturlèze, un déserteur qui avait préféré se « planquer » dans les falaises plutôt que de partir faire la guerre de 14-18. Plus tard, l’itinéraire aurait été utilisé par des pêcheurs qui devaient être de sacrés kamikazes, à moins que la pêche soit véritablement miraculeuse.
 
Depuis le début des années 1970, quelques grimpeurs très expérimentés et particulièrement audacieux ont investi les falaises. Ils se sont rendus compte qu’avec leur savoir faire et en redoublant de prudence, les portes d’un incroyable terrain de jeu leurs étaient ouvertes. Après la découverte de la grotte du « 14 juillet » par une cordée, ce sont les spéléologues qui se sont intéressés à leur tour à ces parois. Méticuleusement, ils explorent, tantôt en rappel, tantôt en escalade, les nombreux porches qui sont visibles depuis la mer. D’autres découvertes inattendues ont suivi et il est vraisemblable que bien des surprises attendent encore les explorateurs...
 
undefined
 
Il y a plus de 35 ans que je fréquente ces falaises et à mon modeste niveau, j’ai pu observer des changements, des effondrements de pans entiers de rocher et de vires rocheuses. J’ai eu l’occasion de faire une grande traversée qui emprunte un itinéraire très aérien entre le sémaphore de la Ciotat et Cassis. Progressant sur des corniches instables, nous avions traversé fébrilement certains couloirs d’avalanches de pierres en surveillant le moindre bruit suspect ! Avec inquiétude, nous avions pu observer de nombreux points d’impacts témoignant de la chute de blocs suffisamment gros pour avoir creusé des trous comparables à ceux qu’auraient pu causer des bombes… Et ce n’est qu’une fois à l’abri des surplombs que nous avions retrouvé le sourire !
 
undefined
 
Si une chose est sure, c’est que le Cap Canaille est bel et bien vivant, qu’il évolue et que l’érosion continue son travail de sape. De la à dire qu’il y aura prochainement un effondrement majeur de la face et que celui-ci provoquera un raz de marée qui dévastera Cassis, il y a un pas qui me semble bien hasardeux, à moins que les chercheurs aient hérité des talents cachés de feu Madame « Soleil »…
 
Si un tsunami doit avoir lieu dans la région marseillaise ces jours-ci, c’est plutôt dans les urnes qu’il faudrait le chercher… A moins que la tempête annoncée dans le microcosme politique ne soit en définitive qu’une simple vaguelette… !
 
*Centre européen de recherche des géosciences de l’environnement implanté sur l’Europôle du plateau d’Arbois.
Tag(s) : #Pas lu dans "La Provence"