pLe dimanche 6 avril, la « Marche Blanche » pour Ingrid Betancourt initiée par son fils Lorenzo et les comités de soutien s'est déroulée à Marseille comme dans de nombreuses autres grandes villes de France, alors même qu'une « mission humanitaire » est sur place en Colombie pour tenter d'obtenir la libération de Madame Betancourt qui serait gravement malade et condamnée à mort à brève échéance si elle n'est pas rapidement traitée dans un hôpital.

Il est évident qu'on ne peut que supporter ce genre d'initiatives, même si elles peuvent sembler dérisoires et que tous, de droite comme de gauche devraient s'y associer sans arrière-pensée partisane. Je n'ai jamais été convaincu de l'efficacité de telles manifestations de soutien et je me demande souvent si le seul effet de cette médiatisation n'est pas de faire monter la côte de l'otage à l'argus du kidnapping... Toujours est-il que les gens ont répondu présents et que les différents défilés à travers le pays ont été couronnés de succès.

Quoi qu'il en soit, l'attitude des FARC a de quoi surprendre et c'est à se demander si tout simplement Ingrid Betancourt n'est pas déjà morte, ce qui signifierait pour les FARC qu'ils ont définitivement perdu leur meilleure monnaie d'échange.

Sur ces considérations pas très positives, j'en conviens, me voilà au départ de la manifestation près de l'église des réformés. Quelques centaines de personnes vêtues de blanc sont là, y compris quelques élues de la municipalité qui attendent le départ de la colonne. Une certaine tension est perceptible et je ne tarde pas à comprendre qu'il y a un « désaccord », c'est le moins que l'on puisse dire, entre les manifestants...

Des écologistes se sont joints à la manifestation et les membres du Comité de soutien d'Ingrid Betancourt ont peur de voir leur mouvement « récupéré » par les écolos. Certains sont là, affublés de masques blancs et noirs car ils ne veulent pas être reconnus, comme s'ils n'assumaient pas leur présence à cette marche purement humanitaire... Un grand n'importe quoi !

Comme si cela ne suffisait pas, voilà que le ton monte encore... Les élues sont en tête du cortège alors que les organisateurs voudraient qu'elles restent derrière l'immense photo d'Ingrid Betancourt. Nora Remadnia-Preziosi, bardée de son écharpe tricolore de maire tempête : « Je représente la mairie de Marseille et personne n'a à me dire ce que je dois faire... ». La situation commence à devenir surréaliste et il devient évident que pour certain(e)s, le défilé n'est qu'un prétexte à revendiquer autre chose... C'est scandaleux, surtout lorsque l'on pense au calvaire que vivent tous ces otages retenus en pleine jungle et à Ingrid Betancourt qui serait atteinte par l'hépatite B et d'autres maladies tropicales.

Arrivée sur le Vieux-Port, la colonne de manifestants qui a grossi tout le long du parcours se disloque dans le calme, après que des photos de presse aient été faites sur le quai. C'est alors qu'une violente altercation a lieu entre Nora Remadnia-Preziosi, encore-elle et le président de l'écoforum, Victor-Hugo Espinoza, ancien réfugié Chilien naturalisé Français qui a l'air médusé par l'attaque verbale dont-il est l'objet....

Un florilège de « petites phrases » saisies à la volée : 

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« Vous vous rendez-compte, c’est la première fois que je participe à une manifestation en qualité d'élue et voilà ce que l’on me fait… » (C'est le métier qui entre...!)

- « Vous ne me parleriez pas ainsi si j’étais blonde… ! » (Pourquoi-pas… !)
- « Qu’est-ce que vous connaissez aux femmes et à leurs combats… ? » (Mouais…)
- «  ne vous inquiétez pas, je saurai me souvenir de vous… » (J’aime bien les menaces…)
Des proches la prennent par le bras et lui font quitter les lieux…
- « Ne vous inquiétez pas, je vais faire le nécessaire pour qu’on s’occupe de vous… !».
Voilà que les menaces se précisent et que l’ancien réfugié Chilien incrédule dit qu’il n’a plus peur de rien depuis qu’il a été torturé pendant 48 jours…

Le clap de fin me laisse songeur. Ne sachant pas exactement quelle est la cause de cet anecdotique coup de sang, je me garderai bien de prendre parti pour qui que ce soit dans cette affaire. Je m’étonne que cette jeune femme dynamique récemment élue à un poste important se mette dans un tel état de colère en public au moment même où elle représente la ville... Les déboires de Nicolas Sarkozy, un autre « sanguin » qui a vu sa côte de popularité chuter après quelques altercations un peu trop vives devraient inciter cette petite dame à cultiver la « zénitude » gage de longévité, en politique comme ailleurs…
J’allais presque l’oublier : « Pour Ingrid, Libertad ! ». En espérant qu’elle retrouve bientôt les siens… !

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