Le groupe « Police » qui s’était séparé il y a presque 20 ans vient de se reformer pour une tournée mondiale. Le mardi 3 juin, Sting, Stewart Copeland et Andy Summers ont donné au stade vélodrome de Marseille un concert qui restera dans les mémoires. Ce soir là, plus de 50000 spectateurs en délire n’ont pas hésité à casser leur tirelire pour communier avec le trio de sexagénaires britanniques. Le Jojomigrateur était là, déguisé en agent de sécurité…

 

Présent sur place dès 15h30 alors que la triplette de boulistes musiciens mythiques ne devait pas monter sur scène avant 21h45, j’ai eu l’occasion d’observer les préparatifs de cette « grand-messe » tant attendue. Alors que les techniciens procèdent aux derniers réglages, une myriade d’employés errent dans les couloirs, à la recherche de leurs postes de travail. Dans le même temps, d’autres cherchent le lieu où ils doivent aller pointer et signer leur contrat de travail. Des palettes entières de boissons sont acheminées jusqu’aux nombreuses buvettes qui ne vont pas tarder à être prises d’assaut.

Des « chefs », talkie-walkie à la ceinture déambulent dans les coursives avec la régularité d’un essuie-glace… « T’es où ? » … L’appareil crachote, grésille et la voix qui en sort est totalement incompréhensible… Le « boss » s’énerve et voilà qu’on entends distinctement son interlocuteur… « Derrière toi… ! »… La technique n’est pas toujours au point et le miracle des ondes n’a pas toujours lieu, surtout si les différents émetteurs-récepteurs ne sont pas connectés sur le même canal… ! Engueulade… Il est des fois ou un bon vieux coursier en baskets serait bien plus efficace qu’un appareil dont on ne sait pas se servir… !

Trois heures avant le spectacle, les premiers spectateurs commencent à arriver au stade, après avoir franchi deux contrôles dont un tourniquet. L’accès à la tribune Jean Bouin est surveillé par une armada de gugusses en chemises blanches et pantalons noirs  qui sont chargés d’orienter les gens vers leur travée ou leur loge… Le « hic », c’est que la billetterie est complètement incompréhensible et que les arrivants ont bien du mal à trouver leurs places avec un lettrage totalement opaque… Il faut souvent avoir recours à un plan du stade pour parvenir à donner le bon renseignement à des gens qui prennent la situation plutôt à la rigolade alors qu’ils ont payé une petite fortune le droit de poser leur postérieur sur un siège en plastique plutôt inconfortable…

Une fois en place, certains commencent à râler et on les comprend volontiers… Ils ont déboursé plus d’une centaine d’euros pour être bien placés… Sauf qu’une tour destinée à la technique leur « bouche » quasiment la vue… ! Des hôtesses présentes dans les gradins ont bien du mal à calmer les mécontents qui en définitive ne sont pas bien méchants. Pour se remettre de leurs émotions, ils s’empressent de faire un tour dans les buvettes où la bière commence à couler à flots…À propos d’hôtesses, voilà justement un arrivage de demoiselles « top-class »… Robes noires, châles rouges, chaussures à talons aiguilles, coiffure et maquillage parfaits… Une « cheftaine » les répartit entre les différents points d’accueil du public et leur donne les dernières consignes… Une potiche doit être toujours parfaite et souriante  en toute circonstance !

Les ascenseurs qui permettent aux VIP de rejoindre les loges sont étroitement surveillés. Un jeune homme en pantalon noir et chemise blanche vérifie que ceux qui empruntent les tapis rouges détiennent bien le sésame qui les autorise à se présenter ici… Une charmante hôtesse se charge d’appuyer sur le bouton d’appel de l’ascenseur, ouvre la porte et souhaite une bonne soirée aux gens, très souvent des couples qui assisteront au spectacle, « protégés » du spectateur lambda, des fois qu’il soit trop vulgaire ou porteur d’une maladie contagieuse… Je me souviens avoir déjà vu ce petit métier palpitant…C’était il y a longtemps, à Moscou à l’époque de l’ancien bloc soviétique… A défaut de « minettes », c’étaient des « babouchkas », des grands-mères russes en tabliers bleus qui avaient la lourde tâche décisive d’appuyer sur le bouton, armées d’une baguette de bois, un peu  comme des institutrices autoritaires et adeptes de l’éducation anglaise. Moins sexy que nos « portières » montées sur escarpins, elles mettaient beaucoup de cœur à l’ouvrage et elles auraient même pu concurrencer « Spirou », le groom le plus célèbre au monde… Au passage, je remarque l’arrivée de Patrick Menucci, l’élu marseillais qui décidément est au four et au moulin… Le syndrome du « travailler moins pour glander plus » (et à l’œil) commence à faire des ravages !

S’il faut « un certain temps » au fût du canon pour se refroidir, il en faut encore davantage pour que plus de 50000 personnes franchissent enfin tous les obstacles qui les séparent de la pelouse… Ils ne verront pas grand-chose mais ils sont surexcités à l’idée de communier avec l’idole de leur jeunesse… Alors que la nuit tombe lentement sur le stade, « les charlatans » qui portent peut-être bien leur nom tentent de faire patienter un public de plus en plus impatient de voir enfin les dieux vivants monter sur scène. Par chance, ce n’est pas la saison des tomates et cette première partie se déroule dans une quasi-indifférence générale…

Enfin, les stars sont là et pendant 1h40, elles vont reprendre les tubes qui ont fait leur succès d’antan. Sting est là, barbu comme un vieux professeur émérite et la preuve est très vite faite qu’il se souvient toujours des paroles de ses chansons… Sur la pelouse comme en tribunes, les fans de tous âges dansent, ondulent au rythme de la musique… Dommage collatéral d’une ingurgitation massive de bière et de prostates défaillantes, il y a la queue au « pissodrome » qui ressemble de plus en plus à une piscine à débordement. Les organisateurs n’ont pas précisé que le port d’un pantalon « corsaire » et de bottes antidérapantes en caoutchouc était vivement conseillé pour la visite des urinoirs du stade… Sting s’époumone et les 50000 membres de la secte reprennent en chœur les grands succès du groupe. Ceux qui ont oublié les paroles font « semblant », comme ces écoliers qui ne connaissent que la « musique » des tables de multiplication qu’ils doivent réciter... C’est un peut ridicule mais l’important est parait-il de participerVoilà que Sting reprends « Roxanne… »… Mais Roxanne est elle aussi « partie pisser » dans la version féminine des toilettes, victime à son tour d’une envie pressante !  L’idée de poser son postérieur, aussi charmant soit-il, sur la lunette d’un WC est assez dégoutante. Je n’ose même pas imaginer à quel point il doit être horrible et acrobatique pour une femme de s’accroupir, vêtue d’une robe longue et chaussée d’escarpins, au-dessus d’un « chiotte » à la turque… C’est d’ailleurs le moment de conseiller à ces dames de glisser dans leur sac à main ou leur « baise en ville », une « zigounénette », cette invention de spéléologues féminines qui leur permet de faire « pipi debout », « à la garçonne », sans même avoir à quitter leurs harnais et leurs combinaisons… Selon les utilisatrices, il paraîtrait même que c’est un grand pas vers l’égalité des sexes, mais c’est une autre histoire !

Retour dans le stade… Je pense à quelques concerts de grande envergure qui y ont eu lieu dans le passé… Notamment celui des Pink Floyd en 1989 qui avait été extraordinaire… Un énorme cochon avait traversé le stade en plein ciel, lancé sur un câble invisible tendu dans l’obscurité mais vingt ans plus tard, aucun porc, aucune truie n’a brillé au firmament…

Ce soir là, il y avait pourtant pléthore de «cochonnes» un peu grisées par l’alcool, prêtes à tout et à n’importe quoi… 

Mais çà aussi c’est une autre histoire… !

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