Samedi après midi dans le Vieux Port de Marseille, les jouteurs de la « Fine lance Estaquéenne » se livraient à une démonstration de cette activité nautique ancestrale et rafraîchissante qui se perpétue depuis plusieurs siècles dans le sud de la France. A cette occasion, les enfants étaient invités à tenter l’expérience et à se confronter à un adversaire tout aussi novice que lui.
La joute provençale, la « Targa » est un combat sur l’eau entre deux « preux chevaliers » perchés sur la « tinteina », armés d’une lance en bois et protégés par un plastron contre lequel viendra buter celle de l’adversaire… Pour éviter que les jouteurs ne soient tentés de s’accrocher à la lance de l’adversaire avec leur main libre, ils tiennent dans celle-ci un témoin qu’ils ne devront pas lâcher, jusqu’au moment de la chute. Pratiqué de mai à septembre, ce sport de passionnés demande beaucoup de force, d’adresse et d’équilibre. Si à l’origine c’était un sport d’hommes, les féminines sont de plus en plus nombreuses à se risquer sur les plans d’eau.

 

Jogam à la Targa,

Bravei Martegaus,

Se tombam dins l’aiga,

Si farèm pas mau,

Ei sus la tinteina,

Qu’un marin adrech,

Coma la polena,

Dèu se tenir drech !

Le premier couplet de cette vieille chanson provençale, « la Targue de Martigues » décrit parfaitement cette activité ludique mais je ne vous le traduirai pas, histoire de faire travailler un peu vos neurones engourdis par la chaleur ambiante… Comme c’est mon jour de bonté, je  vous donne néanmoins quelques éléments de vocabulaire…:

- La « Targa », (les joutes),
- « L’aiga », (l’eau),
-La « Tinteina », (l’échelle sur laquelle se tient le jouteur),
-La « Polena », (le mat).

Avec ce petit lexique, même les « ch’tis » devraient parvenir à déchiffrer ce qui n’est autre qu’une « langue », une « vraie », avec une grammaire, une orthographe et tout ce qui va avec…

A quelques mètres à peine de là, ce sont d’autres joutes qui se préparent… Les chars qui vont participer au défilé de la « Gay-Pride 2008 » se mettent en ordre de marche sous les ordres des organisateurs perchés sur le plateau d’un camion bariolé qui diffuse à tue-tête de la musique « techno ». Après une série de discours des représentants des associations et des « politiques » de service ce week-end, (Pêle-mêle, Jean Luc Roméro, le Docteur Bourgat, Sylvie Andrieux…), la caravane peut enfin s’ébranler pour le plus grand plaisir des « Targaires » qui avaient peur de devenir sourds, les tympans « pétés » par une « sono » pas faite pour être discrète…

Tout ce petit monde s’est « ignoré » superbement, comme si « l’autre » n’existait même pas. Somme toute, une bien curieuse manière d’accepter les différences et de concevoir la société…

Sur la Canebière, c’est la cohue des grands jours. Les spectateurs se pressent sur les trottoirs et les commentaires vont bon train…

 Un jeune homme : « Moi si j’étais une nana, je serais « nympho » ou lesbienne… », (Il aurait pu rajouter « pute » !)…

Une jeune femme s’adresse à son compagnon du jour et sans doute de la nuit :
« Le char distribue des « capotes », vas en prendre… ! ».

La réponse ne se fait pas attendre…
- « Tu rigoles…, si je vais au milieu du défilé, je vais me faire mettre les mains partout… ! » (Gloussement de la nénette…).

Un peu plus loin, des nonnes plutôt « curieuses », des espèces de « sœurs de la miséricorde » posent volontiers pour les photographes… Même qu’il paraitrait que si leurs robes étaient des cloches, on entendrait battre le tocsin… Pourquoi pas après tout ?

Enfin, voilà venu le moment de la phrase ultime, de la phrase qui tue… « Et Sylvie Andrieux ? Tu crois qu’elle est « gouine » ? »  Personnellement, je ne vois pas quel serait le problème mais j’ai assez entendu d’âneries pour aujourd’hui… !

Il est temps de filer..

De retour sur le quai, je fais une nouvelle série de photos des jouteurs… Et je me prends à rêver… A imaginer un spectacle haut en couleurs qui rencontrerait à coup sur un énorme succès… Des « drags queen » perchés sur la « tinteina », luttant dans la bonne humeur avec des adversaires aux looks totalement improbables… !

Sur ces considérations, j’ai repris la route en moto, évitant soigneusement la cohue du centre ville. Arrivé du côté du « pont de la fausse monnaie », un ado a traversé la route en courant, juste sous mon nez....

Et voilà que je l’ai vu bondir sur le parapet comme un yamakazi avant de sauter dans le vide sans la moindre hésitation sous les yeux ahuris des promeneurs… ! Ce n’était pas un suicide mais un jeu dangereux qui reste à la mode bien qu’il ait été formellement interdit suite à des accidents très graves.

Ce jour-là, le jeune garçon en bermuda a parfaitement réussi son plongeon de plus de 15m et les baigneurs l’ont vu remonter à la surface, visiblement très content de la décharge d’adrénaline qu’il venait de s’offrir pour pas cher…

Les touristes avaient pu voir un véritable « fada » en action et l’apéro allait leur donner l’occasion de disserter à propos de l’influence de la chaleur estivale sur l’inconscience et la folie…

 Marseille, ville de contrastes...!

 

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