Depuis la nuit des temps, les chauves souris suscitent des peurs irraisonnées qui sont alimentées par  une foule de mythes et de légendes. Même s’il est désormais prouvé que les vampires n’existent que dans l’imaginaire et que les chauves-souris ne sont pas des animaux maléfiques, certaines croyances perdurent de façon totalement irraisonnée. Le fait que ces souris ailées habitent au fond de grottes est loin d’avoir aidé à leur « popularité », bien au contraire… Depuis la préhistoire, le monde souterrain a toujours effrayé et fasciné les hommes qui s’y sont aventurés et ont laissé sur les parois l’expression d’un véritable art rupestre.

 

Partout sur la planète, les cavernes sont considérées comme le repère de dieux et surtout de démons assoiffés de sang. Ce genre de croyances moyenâgeuses a la peau dure et pour s’en convaincre, il suffit de regarder le tissu  d’inepties que la littérature et le cinéma continuent de colporter à l’heure ou l’homme est capable d’envoyer des fusées dans l’espace.

 

Les spéléos qui ont bien du mal à vulgariser leur activité favorite savent bien que les chauves-souris sont inoffensives, qu’elles n’attaquent pas l’homme, qu’elles ne portent pas malheur, qu’elles ne s’accrochent pas aux cheveux des femmes, que ce ne sont pas des vampires… (Liste non exhaustive à pimenter selon les gouts de chacun)

 

Et voilà que ce jeudi 31 juillet, les médias s’émeuvent d’une morsure de chauve-souris dans les bouches du Rhône. « L’affaire » a été jugée suffisamment grave pour qu’on en parle même au journal du soir de TF1 présenté par Harry Roselmack. A Marseille, « La Provence » titre : « Chauves-souris : un appel à la plus grande prudence » et évoque   la vaccination antirabique préventive de toute une famille de Saint-Zacharie.

 

http://www.laprovence.com/articles/2008/07/31/527983-Region.php

 

Si la chauve-souris est effectivement connue pour être un vecteur potentiel de la « rage » au même titre que le renard ou le chien, la transmission du virus à l’homme est tout de même rarissime. Même si la prudence en matière de santé doit toujours être la règle, il me semble néanmoins que nous nageons en plein sketch de l’humoriste Jean Marie Bigard…

 

Cette mésaventure ne peut que faire sourire les spéléos rompus aux expéditions en milieu tropical et en écrivant ces lignes, une foule d’anecdotes palpitantes me reviennent à l’esprit et je ne résiste pas à l’idée de vous en raconter une en provenance directe du cœur de la jungle de Bornéo.

 

Cette fois-là, nous venons de traverser un piton calcaire après avoir cheminé plus d’un kilomètre sous terre dans de grandes galeries ou la progression était plutôt facile. Comme d’habitude, la faune cavernicole était omniprésente et nous avons pu voir tout un tas d’araignées, de scutigères et autres serpents qui grouillaient littéralement sur les tas de guano de chauves-souris. Et c’est ainsi que guidés par le courant d’air, nous avons retrouvé la lumière par un petit orifice en pied de falaise. Cette exploration avait un goût de « trop peu » mais voilà que nous avons découvert que nous n’étions pas seuls. Un chasseur solitaire nous avait précédé en empruntant le même chemin et c’est bel et bien notre présence qui l’avait inquiété. En lui parlant en Indonésien, j’avais réussi à le rassurer et il m’avait dit qu’il y avait d’autres grottes dans les environs dont une à une demi-heure de marche d’ici.

 

Il avait proposé spontanément de nous y conduire et nous l’avions suivi en escalade au milieu de rochers acérés comme des rasoirs. C’est ainsi que nous avons grimpé plus de cent cinquante mètres de dénivelé pour nous atteindre un immense porche qui se terminait sur un puits apparemment très profond et aux dimensions impressionnantes. Ma mère m’a toujours dit que « si c’est trop profond, laisses mesurer les autres... », Un conseil qu’évidemment je n’ai jamais suivi… Mais ce coup-ci, il était clair qu’avec notre corde de 30m, nous n’avions aucune chance de descendre au fond d’un tel abîme ! Quelque peu frustrés, nous avons commencé à fouiner un peu partout et c’est ainsi que nous avons fini par découvrir un petit conduit en forte pente qui semblait plonger vers l’inconnu en s’agrandissant. Il n’y avait aucune trace de passage récent et nous avons dévalé de véritables dunes de guano pulvérulent comme de la farine.

 

Bientôt, nous avons commencé à entendre un curieux ronflement qui aurait pu être celui d’une puissante rivière souterraine… L’excitation a commencé à nous gagner mais nous avons très vite compris notre erreur. Il ne s’agissait pas d’un torrent mais de milliers de chauves-souris dérangées par nos puissants éclairages à leds. Nous étions visiblement descendus par la seule issue possible et nous avons vu la colonie foncer dans notre direction, nous frôlant de leurs ailes déployées, nous heurtant parfois violemment, comme si elles étaient prises de panique ou que leur radar était déréglé. En y repensant, je me dis que j’aurais bien aimé voir la réaction de certaines personnes, des « pipoles » et des « politiques » placées dans une telle situation…

La scène était digne d’un film d’aventure mais malheureusement, Lara Croft, Sydney Fox et leurs plastiques avantageuses n’étaient pas là pour égayer le spectacle…

 Les blondes rient jaune pâle, Les Chauves Sourient, Les Barbus Beaucoup Moins et d’ailleurs, le sérieux les tuera… Mais minuit, viendra... Vous savez, cette heure fatidique ou mes ailes se déploient pour une petite balade nocturne… !

 

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