Cette nuit là, l'observatoire de Marseille avait invité tous les passionnés à observer une éclipse de Lune au travers de ses télescopes. La soirée avait commencé par une conférence animée par des astronomes hyper compétents qui avaient noyé leur auditoire sous une avalanche d'explications scientifiques qu'ils devaient avoir l'habitude de donner dans les amphis de la faculté. La démonstration faisait appel à des connaissances de la géométrie dans l'espace, de la physique, de l'optique et je m'étais demandé ce que comprenaient vraiment les gens, notamment les nombreux enfants qui étaient venus ici par simple curiosité et qui avaient été ébahis par la découverte des cieux au travers des lentilles de plusieurs télescopes. (Un lien intéressant : http://system.solaire.free.fr/lune1.htm#ecllunaire)

Savoir est une chose, savoir transmettre ses connaissances en est une autre et j'avais pensé à ce qui pourrait bien être l'illustration parfaite de ce qu'est une éclipse de lune.

Le soleil qui se lève tous les matins à Ténérife aux Canaries projette le cône d'ombre du volcan Teïde sur l'île voisine de la Gomera  qui disparaît pendant quelques minutes, comme si elle était happée par cette masse noire qui semble avaler le paysage. Cette petite démonstration qui a l'avantage de se reproduire tous les jours lorsque le sommet n'est pas envahi par les nuages permet de mieux comprendre et de visualiser ce phénomène dont certaines civilisations avaient peur.

Si le spectacle est magnifique, sa contemplation se mérite car la grimpette sur les flancs du volcan est particulièrement raide et éprouvante, surtout l'été aux heures les plus chaudes de la journée. Le point de départ de la randonnée se fait au pied de Montaňa Blanca à environ 2100m d'altitude. En quelques heures qui dépendront des capacités physiques des marcheurs, le sentier rejoint le refuge d'Alta Vista qui a été construit à 3270m d'altitude. L'endroit offre un point de vue extraordinaire sur la caldera mais il faut avoir réservé à l'avance pour pouvoir y séjourner. (Vous trouverez tout ce qu'il faut savoir là : http://vidadesol.blogspot.com).

 

Les randonneurs seront surpris de voir que dès que le soleil se couche, même  en plein été, la température chute très vite et qu'il peut même faire froid, ce qui est normal à une telle altitude sur une terrasse en plein vent. Il fait froid dans le dortoir et si des couvertures sont disponibles, il n'est pas idiot d'avoir emporté un petit duvet léger avec soi. Pour assister au lever du jour depuis le sommet à 3718m d'altitude, il faut se lever en pleine nuit et partir à la frontale dès 3h du matin. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il n'y a pas la foule. Cette fois là, nous n'étions qu'une poignée à monter jusqu'à la cime, emmitouflés dans nos coupe-vent. Enfin arrivés au sommet, il ne nous reste plus qu'à trouver un coin à l'abri de la bourrasque de vent et attendre une fois encore le grand spectacle de la nature. 

Enfin, l'astre solaire commence à apparaître. Il dévoile lentement des détails du paysage qui étaient plongés dans l'obscurité. Il suffit de regarder de l'autre côté du volcan pour se rendre compte qu'il y fait encore nuit. Alors que le soleil s'élève au dessus de l'horizon, ses rayons réchauffent la terre qui retrouve ses couleurs. Maintenant, le jour commence à se lever sur l'île voisine de la Gomera dont on devine les contours. Mais voilà que l'île disparait bientôt, comme si elle était happée dans un trou noir, un cône de pénombre qui n'est rien d'autre que l'ombre portée du Teïde. Quelques minutes plus tard, cette véritable éclipse est terminée et pour nous, il est temps de filer à la marseillaise, de nous éclipser avant l'arrivée des « tous-tristes » qui empruntent le téléphérique mais ne sont pas autorisés à grimper jusqu'au sommet dont la fréquentation est interdite après 9H du matin.

 

Sur le chemin de retour vers Alta Vista, j'en profite pour explorer un tube de lave envahi par de la neige, qui pourrait, sait-on jamais, se poursuivre très loin sous terre... Malheureusement, il devient trop étroit après quelques dizaines de mètres de parcours souterrain et je dois rebrousser chemin alors qu'il y a un courant d'ait très sensible dans le boyau... Dommage ! 

Compte tenu de la faible fréquentation du refuge en semaine, nous avons été autorisés à y passer deux nuits et dès la fin de la matinée, nous nous retrouvons quasiment seuls sur la montagne. Il ne nous reste plus qu'à attendre la fin de la journée à la terrasse du gîte en compagnie du gardien qui joue de la guitare. 

C'est un art de vivre, une autre manière d'éclipser les tracas de la vie quotidienne dont devraient s'inspirer plus souvent les hommes politiques... Surtout en ce moment !

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