Le samedi 3 mars à la salle Vallier de Marseille, Jean Marie Le Pen donnait son « concert » habituel pour les élections présidentielles. Vingt ans plus tôt, il était venu s'agiter à deux pas de là, au cinéma Madeleine et les affaires avaient tourné au grabuge. Les manifestants anti FN avaient affronté les forces de l'ordre et j'avais pu voir mes premières charges de CRS.

Cette année, l'inoxydable borgne étant de retour dans le quartier, la police craignait des débordements et tout le périmètre a été ceinturé par une cohorte de CRS équipés pour un match de football américain. Quelques nostalgiques des bastonnades d'antan avaient fait le déplacement, mais il étaient en nombre très insuffisant pour espérer autre chose que des coups de matraque...

Des représentants de plusieurs partis politiques de gauche étaient là, semblant avoir oublié que Monsieur Le Pen a acquis une grande notoriété et qu'il y a cinq ans, il s'est même qualifié à la surprise générale pour la « finale » face à Jacques Chirac. Dans un pays démocratique comme la France, un parti officiel véhiculant des idées, aussi scandaleuses soient-elles doit pouvoir s'exprimer librement et se présenter aux différentes élections. En tentant de s'y opposer, les adversaires de JMLP ne réussiront qu'à en faire une victime dont la « côte » dans les sondages montera inéluctablement.  

 Sur ces considérations, me voilà bloqué par deux valeureux CRS fringués comme des « Robocop »...

 - « On ne passe pas ! » 

 - « Je suis journaliste en carte de presse ! »

- «  Il fallait venir plus tôt ! On ne passe pas ! »

 Le ton est si véhément que j'ai cru un instant qu'ils portaient un casque à pointe...

Je leur montre ma carte en disant que c'est scandaleux, que c'est une atteinte à la liberté, que le ministère de l'intérieur ne doit pas vouloir qu'il y ait de pub pour ce candidat qui « pique » des voix au Ministre et ils se réfugient derrière leur sacro-sainte hiérarchie !

 - « On est pas au courant, on applique les ordres »

Inutile de continuer à parler à un mur, d'autant plus que je connais un moyen de contourner l'obstacle... Et voilà que des gens chargés de volumineux sacs de courses effectuées au supermarché voisin se présentent devant les barrières.

 - « On ne passe pas ! »

 - «  Mais Monsieur, on habite là ! »

 Les « baudets » en uniforme restent inflexibles, disant qu'il faut attendre la fin du meeting prévu vers 19h pour pouvoir emprunter cette rue ! L'heure du Pastis est passée depuis longtemps et l'histoire plonge dans l'absurde. Une mère de famille sort son téléphone portable et appelle son domicile. Deux minutes plus tard, ses enfants et des voisins sont  derrière les policiers, de l'autre côté du barrage. Cela devient carrément cocasse. On ne passe toujours pas, mais la colère monte dans le voisinage. Les clients d'un bar viennent prêter main forte aux gens qu'ils ont l'air de bien connaître. A une cinquantaine de mètres de là, un groupe de jeunes se veut provoquant et lance des bordées d'injures vers les policiers qui restent stoïques devant la provocation.

Au comble du délire, un officier accepte que les familles fassent passer les sacs de victuailles à leurs parents par-dessus les épaules des CRS qui s'obstinent à vouloir les empêcher de rentrer chez elles alors qu'elles n'habitent qu'à 20m de là.

Atterré par tant de bêtise, je préfère filer en me disant qu'après tout, quoi de plus normal que des ânes soient bêtes à bouffer du foin !

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