Lors de ma dernière expédition spéléologique à Bornéo à l’automne dernier, le hasard m’a conduit une fin d’après midi jusqu’à un modeste porche niché en pleine falaise dans un des innombrables pitons calcaires de la région. L’escalade avait été facile en grimpant le long de grosses racines qui couraient le long de la paroi comme de véritables main-courantes. Une trentaine de mètres au-dessus de la jungle, nous avons débouché dans une grotte tunnel qui avait visiblement été occupée par des chasseurs ou des ramasseurs de nids d’hirondelles…

Levant la tête, nous avons vu une première main en négatif, puis une autre et une véritable profusion de dessins variés. Sans le savoir, nous venions de prendre pied dans un nouveau sanctuaire jadis occupé par des hommes préhistoriques. Cette région où tout reste à découvrir sur un plan spéléologique venait de livrer un nouveau site archéologique majeur qui sera étudié prochainement.

Parmi la foison de dessins, de gravures et de mains en négatif, c’est une sorte de masque qui interpelle les regards… S’agit-il d’un hasard extraordinaire ou est-ce que le remarquable artiste de ces temps lointains a utilisé volontairement cette anfractuosité rocheuse pour créer ce mystérieux visage humain ? Je ne suis pas spécialiste de l’art rupestre et seul un archéologue pourrait répondre à cette question. Toujours est-il que l’effet est saisissant et que des pigments ocre semblent avoir été rajouté pour créer une chevelure…

Les jours suivants, nous avons commencé à reconnaître d’autres grottes, nagé dans des rivières souterraines peu engageantes. C’est ainsi que j’ai franchi en apnée un court siphon qui a arrêté mes amis indonésiens et que j’ai continué en solitaire l’exploration d’un réseau de galeries aquatiques qui doivent être extrêmement dangereuses en cas de crue. Plus loin, je suis arrivé dans un lieu qui aurait passionné Indiana Jones. Comme de longs cheveux, des racines pendaient du plafond et couraient sur le sol, à la recherche de l’eau. Passant précautionneusement sous cette chevelure opulente, je me suis rendu compte que je n’étais pas seul… D’énormes centipèdes venimeux  détalaient en trombe devant moi alors que des serpents plutôt antipathiques étaient lovés dans les moindres anfractuosités et qu’il fallait éviter de mettre la main sur de belles araignées noires et jaunes plutôt placides ! J’ai commencé à me dire qu’il devait y avoir une sortie quelque part et effectivement, c’est en me servant du courant d’air comme d’un fil d’Ariane que j’ai retrouvé la lumière du jour en me faufilant dans un minuscule trou encombré de branchages charriés par le ruisseau. Je venais de traverser un piton calcaire et visiblement, le petit cours d’eau provenait d’une nouvelle grotte qui reste à ce jour inconnue.

Avant de rentrer en France, j’ai eu l’occasion de survoler ce massif dans un hélicoptère volant à très basse altitude et j’ai pu me rendre compte du potentiel incroyable de découvertes qu’il reste à faire dans cette zone. Avec émotion, je me suis rendu compte que j’étais quasiment arrivé jusqu’ici en 1982 lors d’un improbable raid en jungle sans les moyens modernes et indispensables que sont devenus les GPS et autres téléphones satellites…

Ce soir, je suis content… Nous avons décidé d’organiser très bientôt une nouvelle expédition sur le terrain. Cette nouvelle mission vient de commencer sur Google Earth, ce fabuleux logiciel qui donne une vision extraordinaire du relief et nous permet d’affiner nos objectifs.

Pour les Dayaks de la région, le nom de « Lubang Dunia » résonne comme un lieu mystérieux et sacré qui serait à l’origine de notre monde… Cette simple phrase stimule nos imaginations et chacun rêve déjà de cette grotte mythique dont l’accès sera à lui seul une véritable aventure riche en émotions.

 Qui vivra verra… !

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