La numérisation des archives photographiques n’est pas sans rappeler le remplissage d’un certain tonneau des Danaïdes. Le débat revient régulièrement sur le tapis, chacun vantant les mérites de « sa » méthode qui est bien évidemment la meilleure. Une chose est sure, l’investissement matériel est assez lourd mais il n’est rien en comparaison du nombre d’heures effroyable que ce travail fastidieux impose. Personnellement, j’en suis à me demander si je ne devrais pas opter pour l’ultralibéralisme et embaucher deux ou trois esclaves mignonnes qui seraient chargées de ces scans (mais pas seulement), sans le moindre salaire…, comme de vulgaires stagiaires  d’une boite de production audiovisuelle… !

La frénésie de classement me reprend de temps à autre de manière totalement imprévisible, un peu comme une sournoise crise de paludisme. C’est ainsi que je suis tombé sur cette vieille photo qui date d’une douzaine d’années et dont l’histoire vaut son pesant de cacahuètes.

Ce soir là, nous sommes partis grimper de nuit à trois dans la falaise du « Roy d’Espagne » qui domine les quartiers Sud de Marseille et offre un point de vue remarquable sur la cité phocéenne. A la frontale, nous avons escaladé la paroi jusqu’à un relais aérien où nous avons prévu de faire des photos  imaginées quelques jours plus tôt. La mise en scène est plutôt délicate, je dois pouvoir évoluer à l’écart de l’action, tout en pouvant me déplacer verticalement en sécurité le long d’une corde qu’il faut commencer à aller amarrer au-dessus.

Pendant près de trois heures, mes flashes ont crépité,  Laurence, la jolie grimpeuse a accepté volontiers de poser « Topless » sur un fond de ville inondée de lumière… Nous sommes sur le point de redescendre en rappel lorsque nous voyons les phares de voitures qui se garent sur le parking en faisant crisser leurs pneus. Des portières claquent et un groupe se lance au pas de course sur le sentier qui mène au pied de la falaise. Les mystérieux coureurs sont équipés de puissantes lampes torches dont les faisceaux balayent les éboulis et la paroi. Bientôt, nous entendons distinctement la sonorité caractéristique d’un Talkie-walkie… « Les keufs » ! Voilà autre chose… !. Je descends le premier et à peine ais-je les pieds posés à terre que je suis entouré par des policiers en uniforme et qui ont visiblement souffert de surchauffe dans la montée au pas de course…

-« Vous avez eu un accident ? »

-«  Non, on vient de prendre des photos pour un magazine… »

L’homme essoufflé semble aussi à l’aise qu’un poisson hors de son bocal. Il a l’air d’un parfait ahuri et je ne comprends pas encore pourquoi... Guy qui est guide de haute-montagne arrive bientôt, suivi de Laurence et une  discussion surréaliste commence… « Vous rendez-vous compte que vous troublez l’ordre public ? Nous avons reçu plusieurs dizaines d’appels signalant la présence d’un OVNI qui crache des éclairs sur les hauteurs du « Roy d’Espagne… ! Devant le nombre d’appels, nous ne pouvions rester sans rien faire… ! ». Je trouve la situation tout à fait cocasse, j’ai du mal à rester sérieux mais mon ton « plaisantin » tombe comme un cheveu sur la soupe. Après avoir rangé notre matériel, nous sommes priés de redescendre sous escorte policière jusqu’au « panier à salade » pour une audition qui n’a rien à voir avec un casting de la « Star’ac ».  Bon gré mal gré, nous signons le procès verbal alors qu’il n’y a toujours pas moyen de détendre l’atmosphère. Les fonctionnaires de police finissent par nous dire qu’ils sont tenus de justifier de leur déplacement, même s’il ne donne lieu à aucune poursuite... Après un contrôle d’identité nous devons décrire minutieusement notre soirée à un officier qui rédige le rapport que nous acceptons bien volontiers de signer… Nous n’avons rien fait de répréhensible et il n’y aura pas de poursuites à notre encontre !

Mulder, Scully et leurs renforts peuvent rentrer au bercail, la « guerre des mondes » n’aura pas lieu, du moins, pas cette fois-ci !

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