Lundi soir à Marseille, Le Ravi, Marsactu et Médiapart ont réussi le tour de force de remplir la grande salle du théâtre de la Criée pour un débat consacré au rachat des journaux du Pôle sud du Groupe Hersant Médias (GHM) par Bernard Tapie dont le retour à Marseille dans des conditions qui paraissent suspectes serait une menace pour la liberté de la presse.

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Sur scène, François Bonnet, directeur éditorial de Médiapart a animé la soirée en présence de Michel Gairaud, rédacteur en chef du Ravi, de Pierre Boucaud, directeur de Marsactu et d’Edwy Plenel, directeur de la publication de Médiapart.

Pendant plus d’une heure, des intervenants de grande qualité parmi lesquels il y avait Laurent Mauduit, journaliste à Médiapart, auteur de « Sous le Tapie », Michel Samson, auteur de « Gouverner Marseille », Jean Kéhayan, président du club de la presse Marseille Provence, Philippe Foulquié, fondateur de la « friche de la Belle de Mai » se sont succédés « à la barre » de ce qui ressemblait furieusement à une sorte de tribunal populaire réuni pour condamner par contumace l’homme d’affaires longtemps adulé des marseillais ; Cet héroïque « Nanard » qui a le « mérite », (une véritable distinction honorifique) d’avoir séjourné en prison comme les plus « grands » voyous d’antan.

Alors que ces orateurs de talent qui ont la faculté de discourir pendant des heures sans que personne ne parvienne à les interrompre témoignaient de leur expérience de « Marseille sous Tapie », des quolibets ont commencé à fuser dans la salle. Un des trois dessinateurs du Ravi dont les œuvres étaient projetées en « live » au dessus de la scène s’est mis  à illustrer l’impatience de spectateurs qui avaient hâte de pouvoir prendre la parole et le ton est rapidement monté.

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Si c’est bel et bien Bernard Tapie qui était la cible de cette soirée, les journalistes de La Provence se sont sentis personnellement attaqués et le débat ne pouvait que dégénérer.

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Jean-Jacques Fiorito, le journaliste de La Provence toujours très apprécie pour sa plume humoristique et souvent caustique n’avait pas envie de rire et c’est le premier à être monté au créneau pour défendre la rédaction du journal. « Je vous montre mes mains, je n’ai pas de menottes » et à l’heure où je vous parle, même si « Tapie est ce qu’il est… », « Personne ne peut dire que l’on est un journal dépendant…. ».

Sophie Manelli a pris à son tour la parole, regrettant que cette soirée n’était pas un « débat » mais une « conférence », ce qui était une vision des choses partagée par une partie de la salle. Après avoir attaqué Pierre Boucaud, directeur de Marsactu sur le fait qu’un de ses actionnaires soit « un grand patron lobbyiste de la CCI », elle a annoncé la création d’une société regroupant 146 journalistes de la rédaction, « …La preuve que nous ne sommes pas prêts à nous coucher, ni aujourd’hui, ni demain… ».

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Laetitia Sariroglou a pris à son tour la parole, suivie par Serge Mercier qui est venu rajouter une couche de vernis en précisant que la société des journalistes de La Provence souhaite faire signer à Bernard Tapie la « charte de Munich » qui, entre autres choses, stipule que le journaliste doit « refuser toute pression et n’accepter de directives rédactionnelles que des responsables de la rédaction ».

(http://www.journalistes-cfdt.fr/charte-1918/la-charte-de-munich.html)

Vu la tournure des évènements et les huées provenant des gradins, il était clair qu’aucune idée divergente de celle proposée par les organisateurs de la soirée ne pourrait s’exprimer.

Parmi les élus présents dans la salle, il y avait Patrick Mennucci, député et maire socialiste du 1er secteur qui a demandé une enquête parlementaire sur les conditions du rachat par Bernard Tapie des journaux du Pôle sud du Groupe Hersant Médias. Il aurait été intéressant qu’il vienne exposer sur scène les éléments qui laissent supposer que cette cession serait empreinte d’irrégularités et qu’à ce titre elle devrait être remise en cause, mais il s’est contenté d’observer les débats, un rôle particulièrement difficile pour un bavard invétéré.

 

Un juriste et un expert-comptable auraient pu eux aussi apporter un éclairage plus technique sur la validité du montage financier qui a  permis ce rachat et sur les suites judiciaires qui pourraient être données.

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Si le constat de la difficulté de la presse à accéder à l’indépendance financière est fait depuis longtemps, ce débat a toutefois permis de mettre en évidence  l’inégalité flagrante des titres devant le subventionnement, l’accès aux recettes publicitaires et aux annonces légales, le taux de TVA appliqué à la presse en ligne (19,6% contre 2% pour la presse imprimée) devenant un obstacle supplémentaire à la rentabilité.

Seule, l’arrivée impromptue à la Criée du grand absent qui a du avoir des acouphènes aurait pu sauver la deuxième partie de la soirée mais le roi de la combine et de la provocation qu’est Bernard Tapie n’est pas venu…

Et sur ce coup-là, « Nanard » était plutôt décevant !

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