La plateforme pétrolière Deepwater Horizon de la British Petroleum qui se trouve à 70km au large de la Nouvelle-Orléans a brulé suite à une explosion avant de sombrer le 22 avril dernier. La marée noire qui s’en échappe menace désormais la Lousiane, la Floride, l’Alabama et le Mississipi. Ce dramatique accident laisse craindre une catastrophe écologique d’une aussi grande ampleur que celle qui avait été provoquée par le naufrage de l’Exxon Valdez en 1989.

platform3.jpgEn suivant l’évolution de la situation à la télé, je me suis souvenu que j’ai eu l’occasion à plusieurs reprises de me rendre sur des plateformes de pétrole en mer. La première qui remonte à près de 30 ans mérite d’être racontée car elle vaut son pesant de cacahuètes…

Cette année-là, j’étais membre de la toute première expédition de reconnaissance spéléologique sur la partie indonésienne de l’île de Bornéo où le moindre déplacement était une véritable aventure. Après plusieurs semaines de pérégrinations bureaucratiques à Jakarta, nous avions enfin pu nous envoler pour Balikpapan où une grande compagnie pétrolière dont je vous laisse le soin de deviner le nom nous accueillait…

Enfin sur place, le Boss nous avait reçus, chapeau texan sur la tête, gros cigare aux lèvres, les pieds en éventail sur son immense bureau. Sur une carte sommaire destinée à l’aviation, nous lui avions montré les zones que nous espérions reconnaître et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il avait été séduit par notre esprit aventureux...

Alors que nous lui avions parlé de nos passions, il s’était énervé dans un langage particulièrement « fleuri » contre les institutions et le gouvernement Français. Voyant notre surprise, il nous avait expliqué qu’il venait tout juste de recevoir pendant plusieurs jours une mission parlementaire française... Des « enc--- » totalement inutiles dont il lachait les noms en souriant, qui seraient venus jusqu’ici pour se dorer la pilule sur le compte des contribuables.

platform1Continuant sa diatribe en des termes vraiment pas reproductibles ici, il décida de nous accueillir dans les mêmes conditions de confort que les « connards » qui nous avaient précédés quelques jours plus tôt…

C’est donc ainsi que nous avions été logés pendant plusieurs jours dans le plus grand hôtel de la ville, que des repas pantagruéliques nous étaient offerts et qu’il y avait même un « plus » au programme...

Une petite « surprise  » du chef qui avait justifié que le Boss insiste lourdement pour s’assurer qu’il n’y ait pas de femmes dans notre petite équipe...

Pour faire simple, disons qu’il aurait suffi de demander à la réception un deuxième « oreiller » pour voir débarquer une jolie demoiselle asiatique en tenue affriolante dans une chambre, un « cadeau » traditionnel qui aurait ravi plus d’un parlementaire... Jouant le jeune « étonné », j’avais eu droit à un commentaire plus que jamais d’actualité :

« Il n’y a pas que les footballeurs qui ont le droit de se « taper » des putes… ! »

Présentés comme des VIP, nous avions été invités à faire le tour des installations pétrolières de la compagnie... C’est ainsi que nous avions rejoint en hélicoptère des plateformes de pétrole en mer, que nous avions sillonné le delta de la Mahakam à bord de puissants hors-bords et que nous avions pu faire quelques incursions en jungle à bord de 4x4. Au terme de ce périple au demeurant très intéressant, le boss omniprésent avait tenu à rajouter que nous avions posé des questions beaucoup plus précises que la « bande de cons » « officielle » et que notre rapport n’aurait pas eu beaucoup de difficultés à être meilleur que le leur…

platform2Avant de partir pour la jungle, un cocktail avait été donné en notre honneur et le soir venu, des ingénieurs nous avaient dit, la voix pleine d’excitation que nous ne pouvions pas quitter Balikpapan avant d’avoir fait un tour par la « vallée de la joie »…

C’est ainsi qu’après avoir bu une bière dans un établissement « mi-Pub, mi-Bordel », (plus simplement, un bar à putes…), notre guide visiblement habitué des lieux nous avait conduit jusqu’à la prison...

Un pénitencier  très « spécial » dont l'existence n'a mystérieusement quasiment  jamais été dénoncée dans la presse internationale. Ici, les détenues purgeant de courtes peines se prostituaient sous la « protection » de leurs gardiens, des policiers à qui il suffisait de glisser quelques biftons dans la poche pour pouvoir pénétrer librement dans les lieux…

Accompagnés par un de ces « orang polisi », (un flic), nous avions déambulé entre les « cellules » qui n’étaient que de vulgaires cahutes sur pilotis devant lesquelles les jeunes femmes étaient assises, attendant les clients qui n'étaient pas que des « orang putih » (des blancs). Si l’évasion aurait été facile, elle était parait-il rarissime car ces prisonnières sans doute rackettées par leurs gardiens n’étaient plus là pour très longtemps, qu’elles avaient très souvent des enfants en bas âge avec elles et que leur vie était parait-il « moins misérable » qu’à l’extérieur…

Près de trente ans plus tard, cet « établissement » qui a été démantelé dans la discrétion a disparu sans faire de vagues. En France, il est sidérant de constater que certains membres de cette fameuse mission parlementaire ont toujours des mandats électifs et tout va pour le mieux dans ce petit monde qui semble bien loin de ceux qu'il représente...

Moi je vais relire un bouquin de Claude Lévi-Strauss, « Tristes Tropiques »...!

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