Vendredi et samedi soir, 400 000 personnes (selon la police et les organisateurs de la manif ?) se sont précipités sur le Vieux Port de Marseille pour découvrir le spectacle mis en scène par la compagnie Carabosse et la société Karwan, « Le Vieux Port entre flammes et flots » qui lançait l’édition 2013 de la « Folle histoire des Arts de la rue », spécialement dédiée à l’Europe et la Méditerranée qui se tient jusqu’au 20 mai dans plusieurs communes des Bouches du Rhône.

Le clou de cet événement annoncé de longue date était la possibilité unique, de  « marcher sur l’eau » ou plus exactement sur un ponton éphémère, contrairement au jeune escroc manipulateur qu’était un certain jésus Christ devenu célèbre après avoir trompé le monde en marchant sur des pierres invisibles sous la surface de la mer…

Il fallait donc absolument voir çà et cela passait par une entorse au principe de base cher à Georges (Brassens…) qui dit que « dès qu’on est plus de quatre on est une bande de cons… »….

flammes01web.jpgC’est donc ainsi qu’après avoir laissé ma moto du côté du Pharo, je me suis laissé happer par une foule compacte de drôles de gens étrangement doués de patience alors que dans un embouteillage ils auraient été debout sur leurs klaxons. Dans cette ambiance de pèlerinage à La Mecque, il aurait suffi qu’un claustrophobe ait un malaise ou qu’un plaisantin crie « au feu » pour que des malheureux tombés à terre périssent piétinés…

Il était temps de trouver une ruse de marseillais, (ici les sioux ne sont pas à la mode…), une astuce vite trouvée grâce à la connaissance des lieux, l’enjambement d’un parapet et une désescalade de quelques mètres. L’obstacle était contourné sans que personne ne me dise rien… Même pas les trois CRS en patrouille sur lesquels je suis tombé alors qu’ils étaient en train de papoter, (de fraterniser… ?) dans l’obscurité avec des pompiers !

Après avoir court-circuité le goulot d’étranglement, j’ai pu enfin accéder à cette fameuse passerelle reliant le Fort Saint-Jean, à l’endroit même où se trouvait le fameux Pont Transbordeur détruit par l’armée allemande en 1944. Dès le franchissement du portique de flammes, l’ambiance était là, même si la vue sur le Vieux Port était somme toute photographiquement plutôt décevante.

flammes02web.jpgVu le nombre d’appareils photos exhibés ce soir là, la vitalité du marché de la photo ne faisait plus aucun doute, le plus étonnant étant de voir autant d’appareils fort coûteux entre des mains pas forcément expertes. L’idée saugrenue qui voudrait que le matériel ait un quelconque rapport avec la créativité du photographe semblait toujours aussi bien ancrée. Au milieu du pont, j’ai passé quelques instants à regarder le manège d’un groupe, peut-être un club photo, dont les membres faisaient un étalage indécent de leur matos. Malgré leurs âges plutôt avancés, on aurait dit des ados jouant à celui qui à la plus longue… Mais qui semblaient ignorer que le talent est très souvent inversement proportionnel à la focale utilisée !

Après avoir constaté qu’un ponton flottant oscille au gré du clapotis des eaux, la balade qualifiée quasi-unanimement par les commentateurs de « poétique » pouvait continuer sur le quai de la mairie ou un « tunnel de feu » rencontrait un énorme succès auprès des grands et des tout petits que les flammes semblaient fasciner… Provoquant, nous le saurons peut-être dans vingt ans, la naissance de vocations d’incendiaires !

flammes03webUn peu plus loin, d’étranges automates tournoyaient, se jouant de la lumière et du feu, les terrasses des cafés étaient littéralement prises d’assaut et des enfants jouaient sur des balançoires installées çà et là pour la circonstance. Il parait que le fond musical était plutôt sympa, mais curieusement, le « grand mélomane » (mdr..) que je suis n’en a pas conservé le moindre souvenir, ce qui signifie sans doute qu’il s’apparentait à ce que l’on peut entendre au rayon poiscaille d’une grande surface ou de la musique lounge jouée par le pianiste blasé d’un hôtel de luxe…

Vers 23h30, les flammes se sont lentement éteintes et l’éclairage public a été rallumé, montrant à quel point la mise en valeur nocturne du Vieux Port est mauvaise. La magie était cassée et les promeneurs ont commencé à quitter les lieux, zigzaguant entre des braseros dans lesquels du charbon de bois finissait de se consumer et sur lesquels tonton merguez aurait pu faire griller ses saucisses…

flammes04web.jpgLe passage sous l’Ombrière était l’occasion de découvrir comment l’environnement se reflète la nuit dans les miroirs et il faut reconnaître que le résultat est assez étonnant, très différent de ce que l’on peut voir en plein jour. Il ne manquerait plus que des matelas, des coussins et de la lumière noire pour avoir le cadre parfait de gigantesques partouzes estivales à succès… Un véritable concept qui n’a pas du échapper à l’architecte Normal Foster qui a conçu cette drôle de chose !

Il ne me restait plus qu’à marcher vers le Pharo, me frayant péniblement un passage au milieu de hordes de poivrots qui avaient réussi à se faire servir de la bière à la terrasse de bistrots surpeuplés qui ont du faire une de leurs plus belles recettes de l’année. Un peu plus loin, alors que je m’amusais de voir la démarche très aléatoire de jeunes filles saoules ou au minimum très éméchées, je suis tombé sur des pompiers qui n’avaient plus trop l’air de savoir où donner de la tête…

flammes05web.jpgLe constat étant fait que certains ne sachant toujours pas concevoir une fête sans y associer une bonne biture qui dégénère trop souvent, il était temps d’accélérer le repas et de rejoindre ma moto toujours garée à côté d’un barrage de police gardé par les mêmes agents qui devaient commencer à trouver le temps long.

Un peu plus tard, alors que je cherchais à éviter les grands axes toujours interdits par la police, je me suis faufilé dans des ruelles improbables et c’est ainsi que j’ai pu vérifier que si la nuit, tous les chats sont gris, les rats revenant sans doute d’un congrès qui ont détalé devant mes roues étaient bel et bien noirs…


Marseille, capitale européenne de la culture et ville propre… !

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