Ce mardi soir là, en rentrant de mon entrainement de judo en moto peu après 21h, j’ai emprunté comme d’habitude le boulevard de Sainte-Marguerite. Pour shunter le feu tricolore placé à l’angle du Boulevard Aguillon par lequel je dois continuer ma route, je me suis engagé sur la place Antide Boyer où se trouve l’église.  En principe, cette manœuvre me fait gagner environ 30 secondes, voire peut-être l’éternité lorsque l’on songe à tous ces chauffards qui circulent à tombeau ouvert dans le quartier dès que le soleil est couché.

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Mais ce soir là, mauvaise pioche… Voilà que j’ai déboulé tout droit au milieu d’une armada de voitures de police visiblement garées à la hâte… Avant qu’un flic aussi gracieux qu’une porte de prison ne me fasse « circuler », j’ai eu le temps de voir que des faisceaux de lampes torches fouillaient le jardin du presbytère dont le portail était ouvert.

Sur le moment, j’ai pensé que les SDF qui picolent souvent le soir sur le parvis de l’église avaient du se livrer à un cambriolage mais compte tenu du nombre de véhicules présents sur place, je me suis dit qu’il ne devait pas s’agir d’un vulgaire pillage de troncs au caramel mou. Un instant, j’ai failli demander si cette cohorte de « fliques » était là pour l’arrestation d’un curé pédophile, une plaisanterie qui en la circonstance que j’ignorais encore aurait assurément jeté un « froid »…

Ayant continué ma route, je n’ai su que le lendemain matin que le prêtre Hugues Madesclaire que j’avais souvent croisé venait tout juste d’être retrouvé égorgé dans la chambre qu’il occupait au presbytère. Tous les ingrédients étaient là pour faire de ce fait-divers sordide une affaire nationale qui fasse les choux gras de la presse et de la télévision.

Le décor étant planté dans ce quartier habituellement plutôt calme, la nouvelle s’est répandue comme une trainée de poudre, personne ne parvenant à croire l’information officielle qui disait que l’ecclésiastique se serait suicidé…

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Alors que la police menait son enquête dans la discrétion, les riverains bavards se sont livrés à toutes sortes de suppositions pour la plus grande joie des journalistes venus parfois de loin, caressant l’espoir de faire un véritable scoop. Habitant tout près depuis l’enfance, j’ai discuté avec pas mal  de voisins et c’est ainsi que je suis tombé sur une journaliste et un photographe (que je connaissais), qui travaillaient pour un grand magazine parisien de diffusion nationale dont le titre s’écrit en deux mots. Après avoir recueilli le maximum de témoignages d’habitants du quartier, le couple était en quête d’une jolie « raflette », (une pratique courante dans la presse), idéalement une photo du prêtre prise par un des paroissiens à l’occasion d’un office religieux ou d’un évènement qui aurait eu lieu dans le quartier…

Vendredi, le résultat de l’autopsie qui a été rendu public confirme, (patatras !), que le curé s’est bel et bien suicidé, ce qui élimine une grande part du mystère et ôte beaucoup d’intérêt à l’histoire. Malgré les preuves qui ont pu être apportées par la police scientifique, beaucoup se refusent à croire ce qui semble pourtant une évidence, arguant que dans la religion catholique le suicide est un péché inconcevable pour un prêtre…

Alors que certains restent dans l’émotion, d’autres se demandent ce qui a pu motiver un tel acte et même, ce que cache ce suicide, une suspicion qui en la circonstance constitue un véritable manque de respect au défunt.

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Un ami prêtre qui connaissait bien le père Hugues Madesclaire m’a dit qu’il était « bien affecté par ce drame qui reste incompréhensible vu son équilibre et sa joyeuse simplicité ».

Dans son communiqué de presse, Georges Pontier, Archevêque de Marseille a déclaré que si «  Devant de tels événements, la tentation est grande de vouloir tout savoir, tout expliquer », il souhaite que « l’on se tienne dans une sage réserve et qu’on respecte » le prêtre qui malgré son geste aura bien droit à des funérailles religieuses…

A moins d’un miracle ou d’une révélation de dernière minute, les journalistes qui ont fait le déplacement jusqu’à Marseille devraient pouvoir s’apprêter à regagner leurs pénates dès lundi après l’office religieux qui aura lieu à dix heures à la Basilique du Sacré Cœur.

Pour les vivants, la vie continue…

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