Le mercredi 2 juin, à l’Espace Ecureuil du 26 rue Montgrand à Marseille, un débat  organisé à l’initiative de l’Union des Photographes Professionnels (UPP), de Freelens, en partenariat avec le Club de la Presse de Marseille-Provence a eu lieu autour de la « Proposition De Loi relative aux photographies d’images corporelles retouchées », le projet étant présenté par son auteure, Valérie BOYER, députée des Bouches du Rhône à une assemblée de photographes professionnels, le débat étant animé par le photojournaliste Pierre CIOT  et Ghislain GAUTHIER, juriste de l’UPP.

vboyer02blog.jpgAprès un long préambule et beaucoup de pommade tartinée par Pierre CIOT qui a tenu à préciser que  Madame Valérie BOYER compte parmi les députés les plus actifs de l’assemblée nationale, un échange très animé mais toujours courtois à pu avoir lieu entre les photographes et la députée toujours très souriante.

Tout au long de la soirée, la députée qui propose qu’une  mention précise qu’une photo a été « modifiée par un logiciel de traitement d’image » n’a cessé de marteler que le but de la loi n’est pas d’interdire aux photographes de retoucher des photos et qu’elle ne cherche en aucun cas à être « attentatoire à la liberté de création et d’expression ».

Les photographes qui sont très souvent enclins à défendre l’idée qu’il est « interdit d’interdire » étant une fois encore prêts à se battre pour leur liberté d’exercer leur métier comme ils l’entendent, Valérie BOYER a tenu à les assurer qu’ils ne sont en aucun cas la cible de cette loi qui selon elle pourrait même les protéger de toutes contrefaçons et d’utilisations frauduleuses de leurs photographies. 

La possibilité technique de déceler toute manipulation d’image étant parait-il garantie à 100% et de manière automatique depuis l’apparition du logiciel « Tungstène » développé par l’équipe du Docteur en informatique Roger Cozien, fondateur de la société Exo makina. Cette technologie étant 100% française, l’occasion était trop belle pour Valérie BOYER  de lancer un tonitruant « cocorico » teint de patriotisme bêlant.

L’affirmation de l’infaillibilité de ce logiciel qui serait utilisé par des services de renseignements et qui est actuellement testé par l’Agence France-Presse (AFP), n’est pas de nature à convaincre les photographes qui ont plutôt tendance à ne croire que ce qu’ils ont vu ou testé eux-mêmes. Valérie BOYER qui a volontiers reconnu qu’elle n’a pas les compétences techniques pour discuter de cet aspect des choses a préféré rester sur un plan plus philosophique, promettant néanmoins d’inviter prochainement les photographes intéressés à assister à une présentation du logiciel  par un spécialiste de la société Exo makina.

vboyer03blogValérie BOYER qui aborde les problèmes posés par la retouche photographique au travers du kaléidoscope de l’anorexie, de l’obésité et plus largement de la santé publique s’insurge contre le fait que le traitement d’images peut « conduire des personnes à croire à des réalités qui très souvent n’existent pas », comme le montrent des photos qui sont devenues la règle dans les plus grands magazines de mode.

Les photographes goguenards qui savent très bien que toute photo est l’interprétation d’un fichier fourni par un capteur numérique peuvent logiquement se demander à partir de quel moment une photo peut être considérée comme une manipulation de la réalité. La retouche, souvent légère étant une étape incontournable de la publication d’une photo dans un magazine, la législatrice devrait plutôt se demander s’il ne serait pas plus judicieux d’exiger plutôt la présence d’une mention signalant les « photos non-modifiées par un logiciel de traitement d’images ».

A ce stade de la réflexion, les plus hostiles aux lois, quelles qu’elles soient se marrent déjà en songeant que sans retouche, certaines photos, (c’est le moins que l’on puisse dire), ne sont pas vraiment à l’avantage des personnes photographiées… Plus drôle, il se pourrait même que certaines images habituellement mises au rebut pour cause de grimaces disgracieuses ou de « sales gueules »  soient publiées parce qu’elles ridiculisent un personnage public, qu’elles rendent antipathiques de « vieux-beaux » gominés ou qu’elles mettent l’accent sur la décrépitude annoncée de pimbêches snobinardes qui ne ressemblent plus à rien sans une tonne de gouache…

vboyer04blog.jpgLe projet de loi ne prévoyant pas d’interdire la retouche photographique, des images publiées conformément à la future loi avec la mention « photo modifiée par un logiciel de traitement d’image » pourraient bientôt fleurir dans les magazines…  Sauf que des rides pourraient se creuser prématurément le visage des vieilles rombières aux poitrines subitement affaissées unilatéralement, que des hommes pourraient « gagner » quelques bourrelets voire un certain embonpoint, qu’un petit chef d’état  pourrait être atteint de nanisme impromptu,  qu’une bosse témoignant du priapisme supposé du boss d’une grande institution financière mondiale pourrait même apparaître sous un pantalon très « classe »... 

En voulant protéger les citoyens malgré-eux d’une vision erronée du corps de la femme, Valérie BOYER pourrait bien avoir ouvert une curieuse boite de Pandore laissant échapper des images transpirant l’horreur et le mauvais goût alors qu’elles sont pourtant parfaitement « correctes » au regard de la loi…

A ce stade du débat, il devient urgent  de considérer que trop de lois tuent  la loi et qu’il faudrait peut-être mieux commencer par faire appliquer celles qui ne le sont pas…

Mais c’est une autre histoire !

http://www.exomakina.com/eXo_maKina/Tungstene.html

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