De passage à Paris entre le 10 mai et le 21 juin, une visite du Grand Palais qui cet année a été investi par Daniel Buren dans le cadre de MONUMENTA qui chaque année propose à un artiste de mettre en valeur l’architecture imposante de la nef et les verrières de ce bâtiment exceptionnel.

Pénétrant par une porte qui ne laisse pas deviner le gigantisme et les volumes de l’espace qu’il y a derrière, le visiteur étonné s’engage sous une canopée de disques colorés créant un éclairage multicolore qui évolue sans cesse au fil de la journée en fonction du déplacement du soleil, des nuages qui viennent le masquer et de la position du promeneur qui se déplace au gré de son inspiration de l’instant.

panoburen1blog.jpgDes hauts parleurs très focalisés  viennent cueillir le flâneur intrigué, l’accompagnant sur quelques mètres avant de devenir parfaitement inaudibles. Les sons qu’ils diffusent sont en fait un mixage de musique douce avec les voix de 37 personnes qui comptent dans 37 langues différentes.

Très vite et instinctivement, les visiteurs comprennent qu’ils ne sont pas simplement des spectateurs mais qu’ils deviennent aussi des acteurs lorsqu’ils se déplacent minutieusement pour découvrir que le moindre de leur mouvement va leur permettre d’avoir une vision différente du lieu.

Les gens qui déambulent sous l’immense verrière forment une faune très diverse qu’il est amusant d’observer :

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-         Il y a les « connaisseurs », ceux qui affichent une culture artistique, commentant entre amis dans des termes d’initiés la beauté du lieu et l’originalité du travail de Daniel Buren….

-         Il y a les touristes émerveillés, notamment des asiatiques qui toutes façons trouveront que c’est génial parce qu’ils sont à Paris et que la capitale française est le berceau de tout ce qui touche à l’art au luxe et à la mode…

-         Parmi les français, il y a, il fallait s’en douter, des râleurs qui trouvent que tout cela ne mérite pas tant d’éloges, des « perplexes » qui ne trouvent aucun intérêt à cette installation et même des apprentis psys qui se posent des questions sur la santé mentale de l’artiste…

-         Un peu plus loin, des élèves des beaux arts ou d’une école d’architecture sont installés, tentant de rendre par leurs dessins l’ambiance particulière du lieu…

buren2blog-         L’homo « photographicus » quand a lui mériterait un reportage complet. Chacun y va de son cadrage, n’hésitant pas à se mettre à quatre pattes, à se coucher sur le dos, à se pencher pour obtenir les images de leurs rêves. Certains sont équipés comme des pros, les plus créatifs ne disposant pas forcément du matériel le plus sophistiqué…

Plus loin, voilà qu’un grimpeur rêve d’escalader l’immense surplomb, défiant les lois de l’apesanteur et que l’auteur de ce billet se verrait bien descendre en rappel en fil d’araignée au centre de la nef…

Sous la nef justement, un vaste espace apparaît comme une clairière au milieu d’une forêt de parasols colorés. De grands miroirs disposés au sol, permettent d’observer les détails de la coupole qui s’y reflète. Les gens se risquent dans l’art de l’autoportrait qui ne s’avère pas aussi simple qu’il n’y parait. Une certaine Martine Aubry s’est d’ailleurs aperçue devant les caméras du Petit Journal de Canal + que si elle montait sur un miroir, la France entière allait découvrir qu’elle ne porte pas de culotte sous sa jupe…

buren4blog.jpgCe jour-là, des gamins d’une école primaire encadrés par des médiateurs artistiques étaient justement assis sur un de ces miroirs, discutant à bâtons rompus de ce qu’ils voyaient. Il suffisait de les écouter quelques minutes pour se rendre compte qu’ils avaient beaucoup plus de questions à poser que le commun des adultes…

 

« C’est beau ! »

« Oui c’est beau mais çà sert à rien ! »

« Ce qui est beau n’a pas besoin de servir à quelque chose… »

 

Cet échange capté au hasard de la visite était plutôt réjouissant mais le meilleur était encore à venir. De tous petits enfants d’environ trois ans accompagnés de leurs parents ouvraient de grands yeux émerveillés. Instinctivement, ils avaient saisi que ce lieu qui devait leur sembler immense avait quelque chose d’exceptionnel. Il suffisait de les voir se regarder dans les miroirs et se déplacer pour observer les changements de couleur pour comprendre que la magie du lieu agit dès le plus jeune âge, ce qui à l’heure des jeux électroniques est réjouissant…

buren5blogSi l’art donne soif, une buvette installée sous des parasols multicolores permet aux visiteurs de se désaltérer et même à de gros rougeauds venus du nord d’ingurgiter quelques bières avant de se précipiter vers les toilettes qui à certaines heures ne doivent pas désemplir…

Dans un coin ce jour là, un photographe l’air inspiré avait installé son studio, faisant poser des jeunes filles devant ce décor original. Il était toutefois permis de se demander si les modèles étaient là pour mettre en valeur le fond ou si c’était l’inverse…

buren3blogLe moment était venu de quitter les lieux, sans oublier de passer par la librairie spécialisée qui tends les bras aux visiteurs conquis qui veulent en savoir plus sur les travaux de Daniel Buren et d’autres artistes…

Dernière réflexion d’un philosophe entendue avant de quitter les lieux :

« Le mec s’est cassé le cul pour trouver le moyen de mater sous les jupes et voilà que les nanas sont toutes en pantalon… »

Une preuve de plus qu’il n’y a pas que des artistes qui visitent cette exposition !

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