tunnelstjean03blogA Marseille, le fort Saint-Jean qui domine l’entrée du Vieux-Port doit son nom à la commanderie des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem qui s’était installée sur cet éperon vers la fin du XIIe siècle. Au milieu du XVe siècle, la tour carrée a été construite pour garder la passe du port, la construction des fortifications ayant été ordonnée par Louis XIV.

Toujours intéressé par les ouvrages souterrains, j’ai eu l’occasion de parcourir un curieux petit tunnel aux parois finement empierrées qui a été creusé à l’intérieur même de l’épais mur d’enceinte du fort. A une époque où il était courant de tenter d’investir un château en creusant un passage sous les fortifications, il a dû servir de chemin de ronde et à l’heure actuelle, il se trouve en parfait état. A plusieurs endroits, des lucarnes permettent de surveiller le pied des remparts qui dans le passé étaient totalement isolés de la ville par un large fossé qui a une époque a même été un chenal qui transforma le fort Saint-Jean en véritable île reliée à la côte par deux ponts tournants.

tunnelstjean02blogDans une salle désormais ouverte sur l’extérieur par une brèche en hauteur dans un rempart, il est étonnant d’y retrouver encore en fouillant le sable pendant quelques minutes à peine, les vestiges de la débâcle des allemands en août 1944. tunnelstjean01blogIl semble que des soldats se sont débarrassés à la hâte de leurs uniformes, de leurs casques et même de leurs chaussures avant de peut-être tenter de fuir en se fondant dans la masse comme de vulgaires civils. Il est étonnant de retrouver des journaux d’époque et de quelques années après guerre, en excellent état de conservation, ce qui peut laisser supposer que le lieu a été squatté après la libération de Marseille ou qu’il a servi de « planque » à quelques malfrats.

Continuant la balade, nous avons rejoint la partie supérieure du fort qui abrite les anciens baraquements d’une caserne et offre une vue magnifique sur Marseille et sur l’entrée du port. Il est étonnant qu’un tel lieu chargé d’histoire n’ait jamais été aménagé pour des visiteurs qui à l’heure actuelle et à défaut de travaux de réhabilitation de l’ensemble de l’édifice pourraient bien tomber accidentellement dans une chausse-trappe mal signalée en se promenant dans le jardin supérieur…

tourfanal02blogSignalons au passage que la mise en valeur de ce patrimoine historique fait partie intégrale du « projet MuCEM », le fameux « musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée » qui devient une véritable « arlésienne »...

Alors qu’il devrait être livré en 2013, l’année où Marseille sera « capitale européenne de la culture », de nombreux recours devant la justice administrative ne font que retarder l’avancement des travaux. A terme, cela ne peut malheureusement que nuire à l’image de la cité phocéenne qui est déjà pas mal écornée par des problèmes récurrents de propreté et de grèves à répétition. Comment d’ailleurs ne pas se souvenir des organisateurs suisses de la tourfanal01blogCoupe de l’América qui avaient finalement préféré prendre la poudre d’escampette vers Valence en Espagne après une visite catastrophique de la ville envahie par des tonnes d’ordures…

Après cet aparté important, il ne fallait pas rater l’occasion de grimper au sommet de la « tour ronde du fanal ». C’est ainsi que nous avons gravi l’escalier en colimaçon qui permet de rejoindre le balcon circulaire protégé par une rambarde rouillée sur laquelle le gardien des lieux nous a demandé, en insistant lourdement, de ne pas nous appuyer… :

« E pericoloso sporgersi »… Ou, de manière plus imagée, « si tu tombes c’est la chute, si tu chutes c’est la tombe… ! ».

C’était aussi l’occasion de jeter un œil sur les cellules frisquettes et plongées dans l’obscurité dans lesquelles ont moisi des prisonniers jusqu’à une époque pas si ancienne comme en témoigne la photo de ce graffiti laissé en 1948 par un trio de « vacanciers » un peu spéciaux comme ils l’ont eux-mêmes écrit…

tourfanal03blog

 

 

 

 

 

 

Avant de terminer la visite, j’aurais bien jeté une corde dans une oubliette dont on ne devait pas ressortir vivant et qui ne doit pas aller bien loin, à moins qu’elle soit en relation avec la mer... Mais il était déjà temps de quitter les lieux...

Une prochaine fois, il faudra que je vous parle d’une étonnante invitation de la police marseillaise à explorer un caveau sans croix ni aucune inscription funéraire qui trônait dans le jardin d’une villa alors que ce genre de pratique est formellement interdit… Une tombe qui n’était en fait qu’un « couvercle » bâti sur un gouffre mystérieux « peut-être  habité par le Diable ou par un fantôme… »…

J’y avais fait descendre les « fliques » afin qu’ils fassent leur constat et je n’avais pu m’empêcher de leur reprocher, sur un ton goguenard, de ne pas avoir convié un exorciste à notre petite escapade qui avait commencé...

Comme un bon film d’épouvante !

Tag(s) : #Marseille