Bornéo

Mercredi 28 octobre 2009

Ce jour-là à Bornéo, nous avions pris place à bord d’un hélicoptère dont les portes avaient été démontées. Le but de l’opération était de reconnaître le parcours supposé d’une importante rivière qui s’engouffre sous terre et réapparait à plusieurs reprises  avant de disparaître une ultime fois avant de resurgir définitivement à la résurgence d’Ambolabong où elle devient « sungai binatang », (la rivière des animaux)…

C’est ainsi que nous avons été intrigués par un petit canyon qui se terminait par un grand bassin d’eau boueuse d’où la rivière semblait sortir… Il s’agissait vraisemblablement d’une source vauclusienne, ce qui en général laisse peu de possibilités d’explorations sans matériel de plongée subaquatique

Assis sur le patin de l’hélico, j’avais pris le point GPS à la volée et j’avais fait quelques photos de cet entonnoir niché au milieu d’une jungle dans laquelle il vaudrait mieux éviter de s’écraser

Quelques années plus tard, nous avons eu la surprise de déboucher à cet endroit même en explorant une grotte gigantesque qui abrite une des plus grandes salles du monde. Le GPS a apporté la confirmation de la position et nous avons compris qu’une observation aérienne ne donne qu’une idée approximative de la réalité du terrain.

La deuxième photo qui illustre cet article a été prise du point 2 et l’on se rends compte que la galerie par laquelle nous avons retrouvé la lumière du jour était totalement invisible depuis l’hélicoptère ce qui tends à prouver que l’exploration humaine est encore irremplaçable

Enfin, la troisième photo montre la vue que l’on a en provenant de l’intérieur du massif. Ce porche nous offrait la possibilité inespérée d’y installer un bivouac confortable et nous y avons passé plusieurs nuits… Sauf qu’après de violents orages, le niveau de la rivière s’est élevé de plus de six mètres, nous contraignant à déménager précipitamment vers une salle supérieure, une hypothèse que des traces de crues visibles sur les parois nous avaient fait envisager

 

Cette petite démonstration anecdotique montre que malgré les progrès extraordinaires de la robotisation et de la mécanisation, les explorateurs de terrain ont encore de beaux jours devant-eux… Envoyer une sonde sur Mars est un véritable exploit qui ne prendra toute sa valeur que lorsque le robot aura été imité par l’homme

Aller « là où la main de l’homme n’a jamais mis le pied » reste un puissant moteur de la vocation d’aventuriers en herbe et c’est très bien ainsi…

Par Jojomigrateur - Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Lundi 4 mai 2009

Cette nuit là à Bornéo, l’étrange bateau noir orné de dragons est resté prudemment au mouillage en pleine mer. Pour s’engager sur la Manumbar, une de ces grosses rivières qui naissent en pleine jungle, la jonque devra franchir une passe truffée de récifs dangereux et en raison de son tirant d’eau, elle ne pourra le faire qu’à marée-haute…

 

La baignade de la soirée autour du bateau a été écourtée par la présence détectée au sonar d’un « truc » de 5 à 6m de long qui se promenait sous la coque… Requin ? Crocodile de mer ? Personne n’a rien vu mais le chef de quart a préféré faire sonner la cloche synonyme d’embarquement immédiat…

 

Dans cette zone où la piraterie est une activité florissante, la présence d’un tel navire intrigue et plusieurs « speed boat » sont venus rôder dans les parages sans jamais s’approcher trop près comme l’on fait des pêcheurs à bord de leurs pirogues. Il faudra rester vigilants toute la nuit…

 

A l’aube, il semble que la situation se soit améliorée. Un zodiac chargé de sonder la profondeur en avant du bateau est mis à l’eau et il part en éclaireur, suivi par la jonque qu’il précède de quelques dizaines de mètres. Le passage n’est vraiment pas évident et il faudra plusieurs heures pour franchir l’estuaire et retrouver les eaux curieusement claires de la Manumbar qui est très différente de la Bengalon ou de la Sungai Baai… En avançant à toute petite allure au milieu de la mangrove, nous avons l’occasion de vérifier de visu que ces crocodiles d’estuaires ne sont pas une légende. Baignade interdite !

 

Après une journée de navigation, la jonque arrive à un gros camp de bûcherons qui exploitent la forêt de manière illégale, ce qui est assez fréquent en Indonésie. L’ambiance est électrique… Il y a de la musique, la bière coule à flots, il y a même une salle de billard enfumée et les inévitables putes à la gueule enfarinée, qui sont là pour distraire les ouvriers le soir venu.

 

Le chef de la police locale qui est venu contrôler nos autorisations officielles du gouvernement indonésien n’a pas l’air très content de nous voir débarquer dans le coin et il fait tour tenter de nos dissuader de quitter les lieux… Il y a des pirates, des ramasseurs de nids d’hirondelles armés qui font du trafic avec des philippins et des Chinois et même des « orang asli », des dayaks qu’il considère visiblement comme des « sauvages »…

 

Personnellement, c’est plutôt de ce type que je pense qu’il faut surtout se méfier et de toutes façons il est hors de question d’envisager de laisser la jonque sans surveillance. Comme d’habitude en Indonésie, il faut aller saluer le chef de village et signer le registre de passage qui ne montre aucune trace de passage d’un « orang putih », un homme blanc, ces dernières années… Chaque fois que nous entrons dans une maison, le flic s’empresse de préciser que je comprends l’indonésien, comme si il avait peur que j’entende quelque chose que je n’aurais pas du. Finalement, nous apprenons qu’il y a dans le coin quelques gouffres exploités par des ramasseurs de nids d’hirondelles et nous aurons la possibilité d’y aller à bord d’un 4x4 appartenant aux forestiers….


C’est ainsi que nous avons eu la faveur de rejoindre un étrange camp retranché truffé de pièges et d’astucieuses alarmes sonores confectionnées avec du fil de pêche passant aux travers de vieilles boites de conserves… Le moindre mouvement fait tinter ces cloches improvisées qui témoignent d’une présence humaine ou animale… Il y a effectivement des hommes armés qui surveillent des gouffres et non pas des grottes, ce qui est inhabituel dans la région. Un puits de 70m est équipé d’échafaudages en bambous branlants et nos apprenons qu’il y aurait déjà eu des morts parmi les ramasseurs pratiquant cette activité à hauts-risques…  Nous sommes bien contents d’avoir nos cordes mais malheureusement nous constatons qu’il ne s’agit que de grandes diaclases qui ne débouchent sur rien d’intéressant…

 

Pour corser l’affaire, la saison des pluies arrive et bientôt, il ne sera plus possible d’emprunter, même en 4x4 les mauvaises pistes qui sillonnent le massif. Entassés dans la benne d’un camion, nous avons d’ailleurs bien du mal à rejoindre le mouillage de la jonque au camp de bûcherons sur la Manumbar… La saison des pluies semblant vouloir démarrer en avance, nous décidons de retourner en mer et de mettre le cap vers de nouvelles aventures...

 

Si nous n’avons pas vu les pirates, ce n’est que partie remise mais nous ne le savons pas encore… De ce périple, je garderai le souvenir de ces deux dayaks aux longues oreilles traversant une clairière sous la pluie battante au milieu d’une meute de plusieurs dizaines de petits chiens de chasse…

 

Ultime vision fugitive d’un ancien monde appelé à disparaître inexorablement…

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Vendredi 6 mars 2009

Le samedi 28 février 2009, ARTE a diffusé le documentaire de Dominique Hennequin, Emmanuelle Grundmann et Thierry Somonete « Indonésie, le coût des biocarburants ». Cet excellent reportage consacré à un énorme business en pleine expansion  montre que cette recherche effrénée du profit à tout prix débouche sur une véritable catastrophe écologique  qui met en péril l'avenir même de la planète. Les gentils orang-utan qui partagent avec l'homme près de 97% de leur patrimoine génétique sont les victimes les plus emblématiques de cette déforestation aux effets incommensurables  et irréversibles si rien n'est fait pour y mettre un terme.

Je suis allé à Bornéo pour la première fois en 1982. Nous avions atterri à Balikpapan qui était déjà le fief des pétroliers prospectant dans le delta de la Mahakam. En montant vers le Nord, la mauvaise route tout juste asphaltée se terminait au bord du grand fleuve qu'aucun pont ne traversait encore. Pour rejoindre Samarinda, il fallait emprunter un bac ou embarquer sur des pirogues à l'équilibre instable. Au-delà, c'était l'aventure et il était très rare que des étrangers se risquent dans l'immense jungle qui était très difficilement pénétrable autrement que par les rivières...

L'imprévu était toujours au programme et c'est ainsi que j'avais eu l'occasion de naviguer en compagnie d'un « chargement » de prostituées « ravitaillant un camp de bûcherons et qu'une autre fois j'étais arrivé jusqu'à un campement d'émules de cow-boys. Alcool, Tripot, putes, flingues, flics véreux, tous les ingrédients d'un « western bol de riz » étaient là pour « garantir » de belles embrouilles...

27 ans plus tard, tout ceci n'existe plus que dans mes souvenirs. La construction d'un pont a permis à la « civilisation » de s'étendre vers le Nord, dans une totale anarchie et sans le moindre souci d'ordre écologique. La culture intensive du palmier à huile à laquelle nous assistons en ce moment est le résultat d'un processus extrêmement rapide et assassin pour l'environnement.
Dans un premier temps, des exploitations forestières se sont livrées à un véritable pillage des bois précieux comme le Meranti ou le Ramin. Il suffit de voyager au cœur de ce qui fut une grande forêt pour se rendre compte que ces entreprises ont très souvent été incapables d'évacuer tous les troncs qu'elles ont coupé et qui pourrissent sur place
.
De grands incendies naturels mais aussi très souvent criminels ont provoqué le départ prématuré de nombreuses compagnies forestières qui sont la cause d'une véritable catastrophe écologique...En empruntant des pistes abandonnées qui deviennent très vite quasiment impraticables, il est étonnant de retrouver les vestiges d'exploitations qui ont été visiblement abandonnées du jour au lendemain. Des baraquements, de vieux engins de chantier témoignent d'une activité effrénée qui en définitive n'aura duré que quelques dizaines d'années.

La suite est une hérésie totale. Le peu de végétation qui restait est brûlée volontairement en préalable à la plantation ultérieure de ces fameux palmiers à huile dont le rendement est excellent pour le porte-monnaie d' investisseurs.qui ont les moyens de leurs ambitions. La production d'huile de palme se fait d'une manière quasi-industrielle qui n'a plus rien à voir avec de l'artisanat local. Et comme il n'y a pas de « petits profits », l'exploitation intensive de tonnes de charbon de bois  produit par les incendies vient mettre un terme à tout espoir de réhabilitation de ce qui fut une des plus grandes forêts de la planète.
L' « homme de la forêt », l' « orang utan » est sans doute le dommage collatéral le plus « visible » de la destruction d'un écosystème qui disparait avant même qu'il ait été vraiment étudié. D'autres espèces animales et végétales moins emblématiques ont d'ores et déjà disparu, parfois même avant même d'être découvertes. J'avais eu la chance de voir en 1982 des « bantengs », ces énormes buffles qui ont vraisemblablement disparu depuis à l'état sauvage... La faune qui a pu le faire a tenté de fuir les incendies et les rares zones qui ont échappé au massacre deviennent des refuges où les animaux tentent de survivre. La remontée de rivières comme la Bengalon, la Sungai Baai ou la Manubar est édifiante. Il y a de l'activité partout et la moindre incursion sur les berges permet de voir des ouvriers en train de débiter tout le bois qui peut l'être. Si sur les petits cours d'eau, les « trains de bois » sont encore utilisés et mettent un temps très aléatoire pour rejoindre la mer,  l'utilisation de barges tirées par de puissants remorqueurs est désormais la règle sur les rivières les plus navigables autour desquelles l'activité devient particulièrement intense.


C'est ainsi que depuis quelques années, des charpentiers de marine construisent de gros bateaux en bois sur les berges de ces rivières où les marées sont sensibles à plusieurs dizaines de kilomètres des estuaires. Au détour de méandres, il est étonnant de tomber sur de drôles de « Fitzcaraldo » en construction autour desquels des hommes s'affairent. Le travail devra être terminé impérativement avant la saison des pluies et il probable qu'un autoritaire Klaus Kinski local chargé de l'avancement des travaux ne doit jamais être très loin...
Curieusement, il y a de plus en plus de crocodiles sur les rives de certaines rivières, ce qui donne lieu à de nombreux accidents mortels parmi des populations habituées à faire lessive et toilette sur des pontons flottants. Le jour où j'ai photographié le bateau en construction qui illustre cet article, un très gros crocodile faisait la sieste sur une berge à quelques centaines de mètres à peine du chantier, comme si il attendait le moment propice pour aller chercher son casse-croute. Si seulement il avait pu « attraper » un de ces « cheffaillons »  qui semblent se reproduire de manière hermaphrodite et sont là pour tyranniser un personnel totalement corvéable...!

Un peu plus tard, nous avions rejoint Pengadan ou un enfant et un grand-père avaient servi « d'apéricube à croco » en moins de quinze jours, une histoire tragique que j'avais raconté sur le blog.

http://jojomigrateur.over-blog.com/article-12158616.html

L'image ci-contre montre un des camions qui transportent les plants de palmiers à huile qui seront cultivés sur des terres gagnées sur la forêt qui recule inexorablement sans aucun espoir de retour.

Dans les prochains jours, j'inviterai les lecteurs intéressés à regarder sur le blog une galerie de photos qui illustrent ce désastre annoncé  depuis très longtemps sans que personne n'y fasse rien.
D'ici peu, il n'y aura plus grand chose à faire, ce qui somme toute apporte un éclairage très intéressant sur la capacité de l'homme à se remettre en cause...
Bientôt, l'argent aura tout détruit et il sera malheureusement trop tard pour corriger les erreurs du passé...
Les seules zones qui n'ont pas encore été dévastées par la folie de l'Homme sont celles qui lui résistent encore parce qu'elles sont très difficiles d'accès. C'est le cas des massifs calcaires qui sont truffés de grottes dont l'exploration commence à peine et qui témoignent d'un très lointain passé.

Des hommes préhistoriques y ont vécu pendant des millénaires et c'est à se demander s'ils n'étaient pas plus heureux que leurs lointains descendants... !

Par Jojomigrateur - Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mardi 29 juillet 2008

En 1982, Sangkulirang était un lieu improbable de côte Est de l’île de Bornéo,  un de ces endroits où il y avait bien peu de chance de croiser un « orang putih » un de ces hommes blancs qui puent le Dollar à cent lieues à la ronde. Seuls, quelques pétroliers en mission de recherche étaient arrivés jusqu’ici depuis Balikpapan et leurs bases avancées dans le delta  de la Mahakam. Au-delà de ce modeste village de pêcheurs construit sur pilotis sur la rive d’une petite île isolée au milieu de l’estuaire de l’énorme sungai Baai, c’était la mangrove et la jungle. Des compagnies forestières avaient commencé à se livrer à un saccage en règle de la forêt à partir des berges du fleuve qui charriait de monstrueux  « trains » de bois précieux.

A l’époque, l’ambassade de France à Jakarta nous avait vivement déconseillé de nous rendre dans une zone réputée dangereuse et sous la menace constante des pirates de Makassar qui ne se seraient pas qu’une légende et ne le sont pas, j’ai eu l’occasion de le vérifier quelques années plus tard… Toujours est-il qu’il pouvait paraître curieux de vouloir s’aventurer dans une jungle inconnue, à la recherche de l’énorme rivière souterraine dont nous avions deviné l’existence en étudiant une mauvaise carte qui était d’ailleurs la seule disponible… Cette idée saugrenue pour certains avait été excellente et nous avions mis en évidence l’existence d’un massif karstique exceptionnel qui recèle une profusion extraordinaire de grottes encore inexplorées.

Je ne le savais pas encore, mais ces découvertes allaient m’amener à revenir souvent par ici dans le cadre d’expéditions spéléologiques ou de tournages de télévision.

En 1982, atteindre Sangkulirang n’avait pas été une mince affaire. La mauvaise route qui a été tracée depuis Samarinda n’existait pas encore et nous avions du embarquer à bord d’un Pinisi, le « sinar benua baru », un de ces bateaux  locaux qui ravitaillent quelques villages de pêcheurs isolés sur la côte entre Samarinda et Tanjungredeb.   Nous avions pris place au milieu d’un chargement hétéroclite de marchandises diverses entassées dans les cales mais aussi directement sur le pont. Ne parlant pas encore Indonésien, le moindre échange se transformait en une imitation du mime Marceau  ponctuée de mots piochés dans de petits dictionnaires. En immersion totale parmi des gens qui ne savaient rien de l’Anglais, nous avions fait des progrès fulgurants, ce qui laisse entrevoir ce qu’il faudrait faire pour l’apprentissage des langues étrangères.

Malgré et peut-être à cause de « surat jalan », de « lettres de route » délivrées par le Ministère des sciences et par la police Indonésienne, nous avions eu beaucoup de difficultés pour arriver jusqu’au « kampung Sangkulirang ». Le moins que l’on puisse dire, c’est que nous n’étions pas passé inaperçu avec notre barda multicolore et nos tronches pâlichonnes. A peine débarqués sur le ponton de planches disjointes, nous avions été littéralement encerclés par une horde d’enfants qui avaient été chassés par des adultes tout aussi curieux. Après avoir trouvé à nous loger dans un « losmen », une de ces cahutes destinées aux Indonésiens de passage, nous avions rendu visite aux représentants des autorités locales qui nous avaient donné quelques informations sur l’amont du fleuve. Et c’est ainsi que nous avions embarqué à bord d’un « Taxi-boat » chargé du ravitaillement en péripatéticiennes de camps de bûcherons, quelque-part en pleine forêt. Pour se protéger du soleil, les beautés locales s’étaient largement tartinées le visage d’une poudre blanche à l’aspect farineux et elles s’intéressaient « de près » à ces étrangers et à leurs longs nez inhabituels en Asie. Malheureusement pour elles, nos chemins s’étaient séparés et nous avions pris le chemin de la jungle, entassés dans la benne d’un camion qui transportait des ouvriers.

La suite avait été très riche en émotions et ce n’est qu’un mois et demi plus tard que nous étions revenus à Sangkulirang où nous avions été contraints de patienter plusieurs jours avant de trouver un bateau qui nous ramène à  Samarinda. Personne, même pas la police n’avait d’information et le téléphone n’était pas encore arrivé jusqu’ici. Il avait fallu apprendre la patience, vivre au rythme du pays, ce qui ne posait aucun problème à un groupe parti pour plusieurs mois de reconnaissance. Isolés sur cette petite île, il avait fallu attendre qu’un bateau daigne arriver, puis il avait fallu encore attendre… Qu’il y ait un chargement à embarquer, que le vent cesse et que le mauvais temps se calme, que la marée soit favorable… Enfin, nous avions pris la mer… Un quart d’heure ! La barre avait cassé et la réparation allait prendre un certain temps… Deux jours plus tard, nous avions assisté aux essais du « Kapal Laut », (le bateau de mer) qui avait l’air de pouvoir enfin larguer les amarres… Espoir vite déçu car aucun bateau ne quitterait Sangkulirang vendredi, jour de prière !

 

Nous avions du patienter une semaine et depuis, cette anecdote me revient à l’esprit chaque fois qu’une attente menace de s’éterniser ou que je vois quelqu’un s’énerver parce que son train a dix minutes de retard…

 

Depuis, je suis repassé très souvent par Sangkulirang, y compris en pleine période de mousson et j’ai assisté à la lente mutation de la région vers un modernisme qui est loin d’être bénéfique pour l’écologie et l’environnement de la région. Le plus grand changement qui est intervenu est l’ouverture d’une route chaotique souvent impraticable qui permet de rejoindre Ronggang depuis Bontang et Sangatta en passant par Bengalon. Au début, ce n’était qu’une mauvaise piste en latérite que la saison des pluies creusait de fondrières dans lesquelles les camions s’embourbaient irrémédiablement. Il m’est arrivé de galérer vingt heures pour échouer comme une loque dans un warung où s’abritaient les naufragés d’une espèce de Camel Trophy sans spectateurs. L’itinéraire n’était en définitive pas plus rapide que le bateau mais il allait permettre à une noria de poids lourds d’acheminer des tonnes de matériel. La modernisation était en route mais à la vue du véritable désastre écologique qu’elle a engendré, il est légitime de se demander si ce progrès en était vraiment un… D’immenses incendies se sont succédés, détruisant totalement des milliers d’hectares de forêts déjà très abimées par un abattage totalement anarchique des bois précieux. Vingt cinq ans plus tard, le massacre se poursuit allègrement et tout laisse à penser qu’il était sciemment organisé. Sur des centaines de kilomètres carrés, des palmiers à huile remplacent la forêt alors que dans un même temps les indonésiens commencent à manquer de riz, ce qui ne s’était jamais vu…

 

Sangkulirang est devenu une plaque tournante, un lieu où les entreprises qui travaillent dans les environs viennent se ravitailler en denrées alimentaires et en équipements divers qu’il est désormais possible de commander grâce au téléphone portable qui se répand comme une trainée de poudre. Toute la zone côtière qui est aussi la plus facile d’accès est minutieusement mise en pièces et des exploitations forestières sauvages s’aventurent désormais dans des lieux reculés en empruntant des cours d’eau impraticables autrement qu’en pirogues.

 

Le voyage par la route jusqu’à Ronggang se termine sur un ponton qui permet aux véhicules d’embarquer sur des petites barges qui font la navette avec la petite île qui est juste en face à quelques centaines de mètres. Cette fois-là, nous sommes arrivés dans la nuit et nous avons du nous résoudre à bivouaquer sur place en attendant le lever du jour. Malgré la chaleur, la baignade est fortement déconseillée car d’énormes crocodiles de mer rodent dans les parages et s’attaquent de temps à autre à des nageurs imprudents, le plus souvent des enfants dont ils ne font que quelques bouchées. Jadis, le village de pêcheurs était quasiment entièrement sur pilotis mais désormais, il se développe sur la terre ferme où une grande mosquée a été construite. Les 4x4 qui nous ont amené jusqu’ici sont repartis sans attendre et nous avons dormi à la belle étoile en espérant qu’il ne pleuve pas.

 

Avant six heures du matin, du monde arrive, sorti d’on ne sais où… Ce sont des paysans qui vont au marché de Sangkulirang pour tenter de vendre quelques fruits et légumes frais. Plusieurs « Taxis-Boats » sortent de la brume et viennent se ranger bord à bord le long du ponton. A marée basse, le chargement est assez acrobatique et nous préférons rester sur le toit du bateau, d’autant plus que la navigation sera courte, moins d’une heure… Alors que l’astre solaire commence à monter dans le ciel, nous arrivons enfin en vue du village de pêcheurs, ou plutôt de ce qu’il en reste… Tout a brulé ou presque et il ne reste plus que les troncs humides enfoncés dans la vase qui servaient d’assise à un immense marché couvert.  Le « losmen » où nous avions l’habitude de séjourner a été réduit en cendres et les commerçants ont du s’installer sur la terre ferme.

 

Que s’est-il donc passé ?

 

« Ada masalah listrik... » Il y a eu un « problème » d’électricité ce qui n’est pas très étonnant quand on voit comment les installations sont faites… Mais en voyant certaines mimiques sur les visages des gens qui ont perdu leur outil de travail, je me dis qu’il y a un truc qui cloche… Et en parlant en Indonésien, voilà que les langues se délient lentement… Un homme me laisse entendre à mots couverts que le court-circuit n’est que l’explication officielle du sinistre et que la réalité est toute autre…

 

« Sekarang, tidak ada orang Cina lagi… ! » Avant, il y avait des Chinois et maintenant il n’y en a plus… ! Et voilà que tout s’éclaire, que ce pêcheur sans âge au sourire édenté vient de me faire comprendre que l’incendie est lié à un différent bassement ethnique…  « Tidak ada orang mati… ! » Par chance, n’y a pas eu de mort, ce qui est courant en Indonésie lors d’épisodes d’  « Amok »  qui peuvent être particulièrement sanglants. Ce fut d’ailleurs le cas en 2001 à l’Ouest de Kalimantan où des Dayaks avaient massacré au coupe-coupe  plusieurs centaines de colons Madurais venus s’installer sur leurs terres. « Transmigrasi », la politique Indonésienne de déplacement autoritaire des populations qui fut pratiquée pendant de longues années est source de tensions qui dégénèrent parfois en des affrontements violents et c’est bel et bien ce qu’il a du se passer…Le détroit de Makassar est un lieu de passage qui a vu les Chinois s’installer un peu partout sur les côtes pour y faire du commerce avec locaux. C’est ainsi que leurs affaires sont devenues prospères et qu’ils sont désormais perçus comme des nantis encore plus inacceptables qu’ils ne sont pas musulmans…

 

Cette affaire qui s’est déroulée très loin de la France en rappelle une autre, récente et bien de chez nous… A Marseille, le « marché du soleil », un souk très exotique situé à deux pas de la « porte d’Aix » est parti en fumée dans la nuit du 18 au 19 juin 2008 et curieusement, l’origine du sinistre serait ici aussi d’origine électrique, une explication qui ici aussi semble « arranger » beaucoup de monde… :

 

http://www.rue89.com/marseille/a-marseille-le-marche-du-soleil-rouvrira-t-il-ses-portes

 

Les « experts » de la police scientifique mènent l’enquête alors que plusieurs hypothèses tiennent la corde. Toujours est-il que les commerçants maghrébins sont de plus en plus « persona non grata » et que les emplacements de leurs boutiques sont très convoités… Par des asiatiques, (encore eux…), qui s’efforcent d’acheter le moindre local qui se libère, mais aussi et certainement surtout par des promoteurs immobiliers qui lorgnent sur les terrains  de la zone d’Euroméditerranée et de ses environs.

 

Que sortira t’il de cette affaire ? Probablement pas grand-chose, ce qui laisse à penser que les plus grands malfrats sont peut-être  chez nous et pas à l’autre bout du monde… Pas  non plus chez ces « sauvages » chez ces peuples ingrats jadis colonisés qui ont tout appris des occidentaux en commençant par l’art de la magouille, des escroqueries et des dessous de tables…

 

Après avoir battu des records de lenteur, je suis revenu à Sangkulirang en « coup de vent », à bord d’un hélicoptère, ce qui m’a donné l’occasion de voir l’ampleur du désastre et de regretter cette époque où le moindre déplacement dans la région était une véritable aventure. En moins de deux heures, nous avons survolé des zones qui étaient très difficiles d’accès il y a encore peu de temps. Le côté positif c’est que toutes ces infrastructures offrent désormais la possibilité de s’enfoncer plus loin dans le karst.

 

Je repasserai sans doute par Sangkulirang, mais c’est une autre histoire…

Par Jojomigrateur - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Lundi 2 juin 2008

Le Gunung Kinabalu est le point culminant de l’île de Bornéo. Situé dans la province Malaisienne du Sabah, près de Kota Kinabalu, il domine la jungle environnante du haut de ses 4101m d’altitude. Les Malais ont su en faire un magnifique parc national qui accueille des touristes venus de tous pays.  Le Jojomigrateur l’a gravi à plusieurs reprises et vous livre quelques souvenirs, pêle-mêle…

Le voyageur qui arrive de Kalimantan, (la partie Indonésienne de l’île) est très surpris de constater  la différence flagrante de développement économique. Les routes sont belles, il y a des hôtels destinés aux touristes un peu partout et tout semble plus moderne, plus conforme au modèle anglo-saxon. Les années de présence des Anglais sont encore sensibles et il est assez facile de trouver des interlocuteurs capables de manier correctement la langue de « chat qui expire ».

Le tourisme est en pleine expansion, plusieurs zones deviennent des parcs nationaux mais tout cela n’est qu’un emplâtre sur une jambe de bois. La Malaisie se livre depuis plusieurs décennies à un véritable massacre de sa forêt et les bois précieux sont remplacés par des palmiers dont l’huile sera transformée en biocarburants. Les Penans, les orangs utan et toute la faune voient se réduire inexorablement les terres indispensables à leur survie. Randonner dans un parc, c’est un peu visiter l’appartement témoin que présente fier de lui un promoteur immobilier qui a fait exproprier la quasi-totalité des premiers habitants du coin.


Après ce coup de projecteur salutaire sur la réalité, place à la balade sur les pentes du Kinabalu


Pour le « tout triste » moyen, l’ascension du Kinabalu commence par une baignade dans les eaux du « Tunku Abdul Rahman Park ». L’endroit est idyllique et l’on se régale à y faire du « snorkeling » dans des eaux peu profondes. J’ai toujours trouvé très amusant de me promener au milieu des baigneurs et de leur raconter qu’il y a dans les parages des méduses tueuses, que des requins rodent sournoisement  et qu’il arrive même parfois que des crocodiles marins barbotent à quelques mètres de la côte dans le pédiluve à marmots. Tout est vrai et d’ailleurs, quelques plages sont protégées par des filets destinés à empêcher un squale inopportun de venir grignoter un bambin… A quelques brasses de Pulau Mamutik, (l’île de Mamutik) s’étend celle de Gaya qui est fortement « déconseillée » par les guides touristiques car elle est peuplée de réfugiés Philippins et de Bajaus, ces nomades souvent qualifiés de « gitans de la mer ».  Ces « importuns » sont considérés comme des menaces pour les amateurs de bronzette qui dissimulent des bourses bien remplies sous leurs T-shirts et costumes de bains aux couleurs bariolées… Comme partout en ce bas monde, la mobilité effraie les sédentaires mais en allant à la rencontre des Bajaus, on s’aperçoit très vite qu’il ne s’agit que d’une idée reçue. Ces gens sont accueillants et ont une vraie culture liée à la mer.  Ils disparaissent lentement dans l’indifférence générale car ils ne sont pas générateurs de devises…

Sur ces considérations, nous voilà partis pour le parc du Kinabalu à 90km de là. En moins d’une heure et demi, nous arrivons au bureau du parc dans lequel nous avons loué un véritable chalet alpin. Rien ne pourrait laisser supposer que nous sommes à 6° au dessus de l’équateur. Un violent orage vient de tomber et il fait frais. Les cheminées du village dégagent des panaches de fumée qui dégagent l’odeur caractéristique du bois qui se consume. Les crêtes disparaissent dans les nuages et des roulements de tonnerre se font entendre dans le lointain. Il ne doit pas faire bon être égaré en haute montagne dans de telles conditions ! Des randonneurs préparent leur « expédition », comme s’il s’agissait de gravir l’Everest. Ils viennent le plus souvent en groupes, encadrés par le guide d’un tour-opérateur qui est aidé pour la circonstance par un des guides du parc.


J’ai eu l’occasion d’y venir en duo, puis j’y suis revenu en encadrant un groupe d’aventuriers du dimanche très soucieux de leur calendrier qu’il était impensable de bouleverser. Il n’était pas question pour eux de prendre le temps d’emprunter d’autres itinéraires qui permettent de découvrir une forêt luxuriante ou de rejoindre des sources d’eaux chaudes. C’est aussi sur ce chemin pourtant bien tracé que j’avais marché sur un morceau de bois noir qui avait roulé sous mon pied. Je m’étais vautré lamentablement sur les fesses avant de comprendre que ce qui avait roulé sous ma chaussure n’était autre qu’un serpent noir très vivace et agressif. Il s’était dressé et il était venu vers moi en sifflant avant de se raviser et de disparaitre entre des pierres. Le reptile était parait-il particulièrement venimeux… Comme d’habitude !


La montée vers le refuge de Panar laban et le sommet démarre au « Timpohon gate » (1824m), le terminus de la route carrossable.qui grimpe depuis les « Headquaters » du parc (1485m). Les dieux ont décidé qu’à partir d’ici le plat n’existerait plus et ils ont tenu parole… Le sentier grimpe tout droit dans la forêt dont le sol est souvent boueux et glissant. Certains passages qui pourraient devenir scabreux sous de violents orages sont équipés d’échelles de bois très « casse-gueules », même si elles sont parfois agrémentées de mains-courantes ou de rambardes. Tout au long de la montée, la végétation évolue sans cesse… On passe d’une jungle typiquement équatoriale à une forêt d’épineux que des mousses viennent recouvrir. Des plantes carnivores qui à Bornéo poussent exclusivement à cette altitude sont visibles un peu partout, ainsi qu’une vingtaine de sortes de rhododendrons. Si l’ascension ne présente aucune difficulté technique, elle demande une bonne condition physique. Nous sommes bien entrainés et à mesure que l’altitude s’élève, nous doublons de plus en plus de marcheurs exténués qui ressemblent de plus en plus à des épaves ruisselantes de transpiration. Alors que le temps à l’air de se gâter, nous voyons arriver des porteurs qui montent en courant, chargés de grosses bouteilles de gaz qu’ils portent sur une épaule comme un simple paquet encombrant mais léger. Une certaine incompréhension se lit sur les visages des épuisés qui ont l’air d’avoir du mal à reprendre leur souffle… « Jam tiga adah hujan »… La pluie est attendue pour trois heures et c’est bien dommage pour les trainards qui arriveront au refuge dans la soirée, trempés et transis de froid…


Partis à six heures du matin, nous avons rejoint le petit refuge « Gunting Lagadan Hut » (3351m) avant midi en nous étant néanmoins arrêtés plus de deux heures pour faire des photos. Nous avons bien fait de presser le pas car une pluie fine et glaciale s’est mise à tomber dès 14h et la température est descendue jusqu’à 5°C. La nuit sera fraiche !


Dans la soirée, nous descendons à Panar Laban pour diner au restaurant du refuge qui sert d’excellents « fish and chips » ! Soixante dix ados Finlandais participent à un briefing organisé par les guides malais qui les accompagneront jusqu’au sommet dans la nuit… Damned ! Il faut impérativement que nous partions avant eux cette nuit car on peut s’attendre à un bouchon sur les échelles et les mains-courantes. Dans le réfectoire, plusieurs personnes semblent souffrir de l’altitude et un Coréen assis à la table voisine de la notre nous inquiète car son visage a pris un teint cadavérique… Quelques secondes plus tard, il s’évanouit sans que cela ait l’air de trop inquiéter ses amis…  Un toubib, à moins que ce ne soit un karatéka tente de le ranimer à grands coups de « manchettes » aux vertus qui me semblaient plutôt soporifiques…Et voilà que le « médecin » s’approche de notre table et nous gratifie d’une courbette… Il parle très mal l’anglais mais il mime très bien l’aiguille à coudre… Cà tombe bien,  Babeth a un petit nécessaire de couture qu’elle part chercher en courant dans le dortoir… Et voilà que notre gourou plante d’un geste sur l’aiguille dans la paume d’une main de l’évanoui qui retrouve instantanément ses esprits en émettant un rôt tonitruant… Le Coréen est efficace !

Dès trois heures du matin, nous filons au pas de course, d’autant plus que les Finlandais ont l’air d’être prêts à partir… L’itinéraire est on ne peut plus simple à trouver… Il suffit de suivre un fil d’Ariane, une grosse corde qui permet de retrouver le seul passage dans les falaises, même en plein brouillard. Au-delà de 3500m d’altitude, la végétation ne se limite plus qu’à quelques arbustes rabougris accrochés dans le vent glacial qui balaie sans cesse le plateau sommital. A 3800m, nous laissons la cabane de Syat-Syat qui peut servir d’abri en cas de tempête. Il n’y a bientôt plus un brin d’herbe et nous continuons sur des dalles de granit gris qui ne sont plus très raides. A 4000m, après être passés près du « bassin du sacrifice », il ne nous reste plus qu’à gravir un empilement de gros blocs qui conduisent au sommet de Bornéo. Moins de deux heures après notre départ de Panar laban, nous sommes assis en plein vent au-dessus de Low’s Gully, ce ravin impressionnant qui est profond de plus de mille mètres. Cette nuit là, nous sommes les premiers à atteindre le sommet balayé par le vent. Il ne nous reste plus qu’à attendre les premières lueurs de l’aube, blottis dans les sursacs que nous avons pris soin d’emporter en plus de nos vestes en fourrure polaire. A cette altitude, une fine pellicule de glace s’est formée à la surface de la moindre flaque d’eau, ce qui donne une idée de la température ambiante.


Près d’une heure plus tard, nous voyons arriver  les premiers éléments d’une colonne d’éclopés qui cherchent leur souffle. « L’évanoui » de la veille est là et il a même l’air plutôt en forme… Et voilà que les Coréens sortent d’un sac un drapeau de leur pays et qu’ils se mettent à entonner leur « Marseillaise » à tue-tête ! Alors que le jour se lève, la tribu Finlandaise arrive enfin. Les guides comptent et recomptent fébrilement leurs ouailles… Apparemment ils en ont perdu en route, ce qui n’est pas très professionnel… ! Alors qu’il n’est pas encore huit heures du matin, tout ce petit monde repart précipitamment vers le refuge comme une volée de moineaux. Pour eux, le temps presse car leur planning est serré. Après un repas à Panar Laban, ils redescendront dans la vallée où ils arriveront dans la soirée, les orteils couverts d’ampoules qui pourraient illuminer des stades de football !


Et voilà que nous nous retrouvons seuls, personne d’autre n’étant resté au sommet avec nous…. Il est vrai que nous avons prévu de passer plusieurs jours en montagne et que nous avons pris le parti de flâner sur les cimes, de prendre le temps de profiter de l’instant présent et de faire des photos. Nous redescendons au refuge à la tombée de la nuit et nous sommes surpris de constater qu’il est quasiment désert. La déferlante de touristes est passée et nous apprenons qu’il y a peu de réservations pour les jours à venir… C’est un peu comme si nous étions tombés pile le jour de « croisement » des juillettistes et des aoutiens dans la vallée du Rhône… Un couple d’allemands sympas a eu la même idée que nous et nous passons quelques jours ensemble avant de reprendre nos routes respectives.

Quelques jours plus tard, nous voilà de retour à Kota Kinabalu. Nous avons atterri dans une espèce d’hôtel de luxe qui ressemble à un château fort. Tout y est… Des tours, des créneaux mais tout est en toc…  Dans la soirée, nous voilà installés avec nos verres de bière dans deux fauteuils du karaoké de l’hôtel… Une Chinoise chante en Chinois un truc exotique mais bientôt elle chante en Anglais un vieux standard Américain… Et voilà que la chanson qu’elle entonne est dédiée au Monsieur de la table n°12 et que le Monsieur de la table n°12 c’est moi… ! Les applaudissements fusent et tous les regards sont braqués dans notre direction… Un serveur m’apporte une pile de bouquins qui sont en fait un inventaire des titres en stock dans leur machine… Une chanson m’ayant été dédicacée, la politesse voudrait que je remercie la demoiselle en chansons… Mais si je chante, il va pleuvoir et peut-être même neiger… je me suis exprimé en Malais mais je ne suis pas sur que le barman apprécie mon humour…
D’ailleurs, il a surtout l’air très étonné que je lui réponde dans sa langue alors qu’il s’est adressé à moi en Anglais. Pour nous en débarrasser, je commande deux bières de plus et quelques minutes plus tard, le voilà de retour avec son plateau. Avec un sourire de merlan frit, il me tend une carte que dans un premier temps je prends pour la carte de visite du karaoké… Avant de me rendre compte qu’il s’agit de celle de la jeune Chinoise qui me propose tout simplement de la rejoindre dans sa chambre un peu plus tard… C’est ce qui s’appelle avoir de la suite dans les idées…

 

A moins que ce ne soit une « tepu » comme on dit en langage « djeun’s »… !

 

Babeth a flairé l’embrouille…

 

-« C’est quoi ce carton ? »…

-« Regardes… !»

-« Quoi ? Faire çà alors qu’elle voit bien que tu n’es pas seul ? »… « Cette salope ne manque pas de culot… ! »… « Je vais aller lui dire deux mots… ! »

 

-« Peut-être qu’elle veut faire çà à trois… ! »

 

Ma tentative de dédramatiser l’affaire fait un lamentable « flop » et nous quittons les lieux après avoir réglé l’addition. Demain, nous prendrons l’avion pour Kuala Lumpur… Mais c’est une autre histoire…

Par Jojomigrateur - Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Samedi 10 novembre 2007
Bornéo, été 2007. Nous avons suivi une équipe de chasseurs de nids d’hirondelles de Pengadan qui nous ont proposé de nous montrer les dernières grottes dans lesquelles ils travaillent. En véritables pillards, ils raflent en quelques mois tout ce qui peut l’être, mettant en péril la reproduction des salanganes qui délaissent les lieux et trouvent refuge ailleurs, toujours plus loin dans la jungle.
 
Si ce ne sont pas à proprement parler des spéléologues, ils font preuve d’une audace incroyable, n’hésitant pas à s’aventurer très loin sous terre. Ils sont capables de descendre des puits imposants à l’aide d’échelles en bambous et les seuls obstacles qui les arrêtent vraiment sont les rivières souterraines car ce sont de piètres nageurs et qu’ils ne sont pas équipés pour affronter de telles difficultés. C’est ainsi que nous les avons suivi jusqu’à leur campement installé dans le porche d’une caverne ouverte en pleine paroi. A partir de ce bivouac confortable qui offre une vue imprenable sur la jungle, nous avons entrepris l’exploration systématique de cet incroyable gruyère et les découvertes se sont enchaînées.
tarzoonblog.jpg  Ce jour là, nous sommes entrés sous terre par un petit trou moussu niché en pied de falaise. Sur le chemin, nous avons aperçu une forme noire qui s’est enfuie dans la forêt. Comme Bornéo n’est pas réputé pour son yéti et qu’il y a peu de chances qu’il s’agisse d’un curé en soutane, nous pouvons penser raisonnablement qu’il s’agissait d’un gibbon de belle taille. Après avoir parcouru quelques dizaines de mètres dans une petite galerie, nous avons eu la surprise de déboucher dans un grand canyon dont les voutes sont parfois percées par des gouffres qui laissent passer des rayons de lumière venus de l’extérieur. Enfin, nous avons découvert un passage qui semblait s’enfoncer dans le massif mais quelques centaines de mètres plus loin nous avons abouti dans un grand porche qui domine la jungle environnante.
 
« Prends le point GPS ! » a dit Bernard. C’est vite dit, mais l’opération est encore loin d’être instantanée. L’appareil cherche les satellites, ce qui sous cette latitude prend souvent un certain temps. En attendant, Filou, le singe de l’équipe se balance, accroché à une liane qui pend dans le grand surplomb qui nous domine… Au bout d’un quart d’heure, l’appareil livre enfin ses mesures et après avoir bu un coup, nous repartons dans la grotte où nous avons délaissé certaines possibilités de continuation. Cette fois-ci, nous tombons dans un véritable cloaque et nous pataugeons dans de la boue liquide qui s’insinue partout. Un violent courant d’air nous intrigue et comme cela était prévisible, nous finissons par déboucher une fois encore à l’air libre après avoir été percutés par de nombreuses chauves-souris affolées.
 
gpsblog.jpg Bernard en remets une couche : « Penses au point GPS ! » « Bien chef, oui Chef… » J’aime pas les chefs ! Surprise… Ce coup-ci, allez savoir pourquoi? Il ne me faut que quelques secondes pour obtenir un point avec une excellente précision… Bernard râle ! « Tu me donnes le même que tout à l’heure ! » Deuxième mesure, identique à la précédente. Il y a peut-être un bug… Encore un coup des « amerloques » ? En tous cas,  il est temps de retourner au camp si on veut être rentrés avant la nuit.
 
Quelques jours plus tard, le relevé topographique éclaircira le mystère du GPS en folie… L’autre galerie que nous avons explorée faisait une boucle et la deuxième sortie était « pile » à l’aplomb de la première… Les américains n’y étaient donc pour rien et les coordonnées en latitude et longitude étaient bel et bien les mêmes ! Si notre Tarzan en herbe avait osé grimper jusqu’au sommet de sa liane, Il aurait pris pied 20m plus haut dans cet autre porche qui était invisible depuis le bas…
 
Il se murmure même que depuis, il serait parti en stage intensif au pavillon des singes d’un grand zoo et que la prochaine fois, il sera un véritable «Tarzoon » !
Par Jojomigrateur - Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires

Jojomigrateur

Voilà un drôle d'exercice que de se présenter en quelques lignes! Alors, qui suis-je ? Georges Robert, un curieux de nature, railleur, frondeur et avant tout sportif depuis le plus jeune âge. J'ai commencé par pratiquer le judo et la natation à Marseille où j'ai découvert la spéléologie qui est devenue très vite une passion dévorante. C'est ainsi que j'ai commencé à participer à des explorations en Autriche dans des gouffres très profonds, avant d'être atteint par le virus des expéditions lointaines et du voyage, très souvent en Indonésie où j'ai multiplié les découvertes. 

L'hexagone était devenu bien trop petit pour moi, un peu "rastègue" comme on dit à Marseille...

Toujours intéressé par ce qui est nouveau et présente un certain danger, j'ai pratiqué d'autres activités comme la moto Tout-terrain, l'escalade, le parapente, la plongée sous-marine, la voile et autres activités ouvertes sur le plein-air et les voyages. Depuis quelques années, je suis devenu photojournaliste indépendant (carte de presse N°105 709) et je continue à m'intéresser au sport, à tout ce qui est insolite, aux combats pour la sauvegarde de la planète avec de plus en plus une conscience politique.

J'aime Marseille, cette ville cosmopolite et ensoleillée où je prépare mes prochaines escapades en allant courir, grimper dans les calanques ou encore en allant retrouver des amis sur le tatamis de mon club de judo.

Professionnellement, je suis libre de partir en reportage sur commande ou pourquoi pas, de rejoindre la rédaction d'un journal ou d'un magazine...

Avis aux amateurs!

Malin comme un singe...

Si la curiosité est un « vilain défaut », je suis sacrément mal-élevé… J’en suis resté aux « fondamentaux… « Il est interdit d’interdire »… Et il suffit qu’on veuille m’empêcher d’aller quelque part pour que cela déclenche chez moi une envie quasi-irrépressible de découvrir ce que cache cette interdiction…

L’investigation est une discipline noble qui donne libre cours à l’imagination, à l’improvisation, à la ruse et à la malice… Tout commence souvent par une enquête minutieuse digne d’un véritable espion et certains paparazzis sont passés maîtres dans l’art de tout savoir des faits et gestes d’une « personnalité » qui fera les choux gras de magazines « pipole » à gros tirages.

Personnellement, je préfère les véritables « enquêtes », celles qui mettent un coup de projecteur sur de véritables scandales qui éclateront un matin à la une d’un grand journal. J’ai un penchant tout particulier pour la découverte de ce qui dérange ou mériterait d’être connu alors que personne n’en parle… J’aime avoir une autre vision des choses, regarder par le petit trou de la lorgnette et comprendre comment les différents protagonistes d’une affaire envisagent les choses…

Dans un monde frileux où « Big Brother » nous regarde, je prends un malin plaisir à contourner les contrôles et je m’étonne toujours de la facilité de pénétrer dans certains lieux malgré un service d’ordre important voire une présence policière… Cela donne d’ailleurs à réfléchir sur l’efficacité des plans « vigipirates » et autres « usines à gaz » du même style…

Mais c’est une autre histoire…

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